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Venezuela : le camp anti-Maduro maintient la pression dans la rue

Caracas (AFP) – L’opposition vénézuélienne, forte de sa manifestation « historique » la semaine dernière, maintenait mercredi la pression sur le gouvernement en mobilisant ses partisans en faveur du référendum révocatoire contre le président socialiste Nicolas Maduro.

« Il faut faire quelque chose, le vote et la manifestation pacifique sont les seules armes que nous avons », confiait à l’AFP Rosmina Castillo, 52 ans, à Los Teques, près de Caracas, où environ 500 personnes s’étaient réunies pour défiler.

« Le gouvernement contrôle presque tous les pouvoirs et ne sait plus quoi inventer pour éviter le référendum révocatoire », ajoutait-elle.

Dans d’autres villes du pays, la mobilisation se déroulait dans le calme, avec quelques centaines de personnes à chaque fois, face aux délégations régionales – fermées pour l’occasion – du Conseil national électoral (CNE), accusé par l’opposition de ralentir le processus pour aider M. Maduro.

Les partisans du dirigeant, élu en 2013 et dont le mandat s’achève en 2019, étaient eux aussi appelés à défiler « dans tous les Etats » du Venezuela « en faveur de la paix ».

« Les violents, les fascistes, les putschistes (sont) de plus en plus isolés. Nous, nous sommes de plus en plus unis », a clamé mardi soir le président à la télévision.

Dans un climat politique tendu, les deux camps affichent des positions irréconciliables : les chavistes (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) crient à la tentative de coup d’Etat contre M. Maduro, très impopulaire dans un contexte de grave crise économique.

L’opposition – qui contrôle le Parlement depuis janvier – se dit elle seule capable de sortir le pays pétrolier de cette crise, qui a fait exploser son inflation – le FMI prévoit 720% cette année – et vidé les rayons de ses magasins.

Ce qui est jeu, c’est un possible changement de modèle après près de 18 ans de socialisme au Venezuela. 

« Ils se moquent de la patience du peuple », a assuré le leader d’opposition Henrique Capriles. Mais « que va-t-il se passer s’ils continuent de se moquer ainsi? Une explosion sociale ».

Après une manifestation dans Caracas le 1er septembre ayant rassemblé 1,1 million de personnes selon les organisateurs, 30.000 selon le gouvernement, « nous voulons accélérer la solution politique et électorale à cette crise », souligne le porte-parole de la coalition de la Table pour l’unité démocratique (MUD, centre droit), Jesus Torrealba.

– Fissures dans le camp Maduro –

Le temps presse : si le référendum a lieu avant le 10 janvier 2017 et est couronné de succès comme le prédisent les sondages, de nouvelles élections seront organisées.

S’il est organisé plus tard et que le « oui » l’emporte, alors Nicolas Maduro serait simplement remplacé par son vice-président.

Pour apaiser le mécontentement populaire, l’exécutif a récemment accéléré l’approvisionnement en produits de première nécessité, grâce à l’armée.

Et pour ralentir l’opposition, il a déposé plusieurs recours en justice.

« Le référendum révocatoire n’a pas la moindre chance de se tenir cette année. (…) S’il est organisé, ce serait vers mars » 2017, a affirmé le numéro deux du chavisme, Diosdado Cabello.

A Caracas, la MUD a appelé ses partisans à protester symboliquement en stoppant à 12H00 (16H00 GMT) toute activité et circulation automobile pendant 10 minutes.

« L’opposition a le défi de garder la population mobilisée, qu’elle ne tombe pas dans le désespoir. L’unique façon de pouvoir réaliser le référendum, c’est avec la pression de la rue », explique à l’AFP l’analyste Asdrubal Oliveros.

Mais le cabinet d’études Eurasia met en garde : « à mesure que le gouvernement deviendra plus nerveux, il répondra de manière plus agressive aux manifestations ». Donc « l’opposition aura du mal à garder l’impulsion populaire dans la rue ».

Prochaine étape dans la longue course d’obstacles vers un référendum : réunir quatre millions de signatures (20% de l’électorat) en trois jours, ce qui autorisera à organiser ensuite la consultation.

Le 13 septembre, le CNE communiquera la date de cette étape. Pour maintenir la pression, l’opposition prévoit une nouvelle journée de mobilisation dès le lendemain.

Dans le camp de Nicolas Maduro, on minimise l’importance du mouvement pro-référendum, mais des fissures apparaissent : dans un entretien à l’AFP, Ana Elisa Osorio, ex-ministre de Hugo Chavez, regrette, comme d’autres anciens responsables chavistes, que l’actuel dirigeant « tourne le dos » à la grave situation économique.

Mais elle doute aussi « que l’opposition puisse gouverner mieux ce pays ni résoudre ses problèmes ».

Des manifestants demandent le départ du président Nicolas Maduro à Merida au Venezuela, le 7 septembre 2016 . © AFP

© AFP FEDERICO PARRA
Des manifestants demandent le départ du président Nicolas Maduro à Merida au Venezuela, le 7 septembre 2016

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