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Venezuela: l'opposition mobilise en masse et défie le président Maduro

Caracas (AFP) – Des centaines de milliers de partisans de l’opposition défiaient jeudi le gouvernement en marchant dans les rues de Caracas en faveur du référendum anti-Maduro, nouveau bras de fer dans cette crise qui secoue le pays depuis des mois.

Vêtus de blanc, agitant des drapeaux jaune, bleu et rouge du Venezuela, et des pancartes où l’on pouvait lire « changement » ou « Référendum, maintenant », une foule d’antichavistes, du nom de l’ex-président Hugo Chavez (au pouvoir de 1999 à 2013), remplissait en fin de matinée trois larges avenues de l’est de Caracas.

« Soit on sort défiler, soit on meurt de faim, le gouvernement ne nous fait plus peur », a déclaré à l’AFP Ana Gonzalez, 53 ans, qui a fait 12 heures de bus pour venir manifester.  

« Il va tomber, il va tomber, ce gouvernement va tomber ! » et « Le Venezuela a faim ! », scandaient les partisans de l’opposition, réunis au sein de la coalition de la Table de l’unité démocratique (MUD, centre droit). Des indiens vénézuéliens, arborant plumes et peintures traditionnelles, étaient également présents.

Selon les calculs de plusieurs médias, dont l’AFP, le niveau de mobilisation des antichavistes était très élevé, avec plusieurs centaines de milliers de manifestants.

A la « prise de Caracas » des antichavistes, les soutiens du chef de l’Etat socialiste répondaient par la « prise du Venezuela », une contre-mobilisation dans le centre de la capitale, qui semblait moins massive. 

Habillés en rouge, les chavistes attendaient l’intervention de Nicolas Maduro en criant « le peuple est avec toi ». « Nous sommes là pour répondre à l’appel de notre président et défendre la révolution », a assuré Carolina Aponte, femme au foyer de 37 ans.

La ville s’est réveillée jeudi quadrillée par la police. Sur les réseaux sociaux, des manifestants de province affirment avoir été empêchés de monter dans des bus, tandis que des barrages policiers filtraient l’accès à Caracas. On pouvait également voir les photos et les vidéos de dizaines de personnes marchant le long des autoroutes menant à la capitale.

Quelques heures après le début des manifestations, quelques affrontement sporadiques et jets de gaz lacrymogène étaient à noter.

Cette journée sous haute tension doit permettre à l’opposition de compter ses soutiens, alors que huit Vénézuéliens sur 10 veulent changer de gouvernement, selon l’institut Datanalisis.

Lors des précédentes manifestations, les antichavistes n’avait pas réussi à mobiliser en masse. Une faible participation expliquée, selon les experts, par les craintes sur la sécurité, dans un des pays les plus violents du monde.

En 2014, des manifestations antigouvernementales avaient fait 43 morts.

– fébrilité du gouvernement –

Le Venezuela fait face à une récession économique liée à l’effondrement des prix du pétrole, pourvoyeur de 96% des devises du pays. Faute de dollars pour importer, la pénurie d’aliments et de médicaments atteint un niveau dramatique : 80% sont manquants, selon Datanalisis.

S’y ajoute une crise politique et institutionnelle depuis la victoire de l’opposition aux législatives fin 2015. 

Depuis des mois, les antichavistes réclament la tenue d’un référendum révocatoire en 2016, et l’objectif de cette marche est d’accroitre la pression sur le gouvernement pour accélérer le processus. 

Les autorités électorales ont en effet dévoilé début août un calendrier qui rend quasiment impossible l’organisation cette année du référendum, évitant ainsi au parti socialiste au pouvoir d’éventuelles élections anticipées. 

L’opposition accuse le Conseil national électoral (CNE) d’être à la solde du pouvoir.

Or cette question du calendrier est cruciale. Si le vote est organisé avant le 10 janvier 2017 et couronné de succès, comme le prédisent les sondages, de nouvelles élections seront organisées. Mais s’il se tient après cette date, et que le président est révoqué, il pourra être remplacé par son vice-président.

« Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est montrer que nous sommes organisés, que nous luttons pour une solution pacifique, démocratique, électorale et constitutionnelle », a assuré le leader de l’opposition Henrique Capriles, qui attend un million de personnes.

De son côté, M. Maduro a menacé d’emprisonner les dirigeants de l’opposition en cas de violences, accusant les antichavistes de planifier un « coup d’Etat » au lendemain de la destitution de Dilma Rousseff, avec qui il établit un parallèle.

Mercredi soir, il a menacé de demander la levée de l’immunité de certains parlementaires « pour combattre toutes activités putschistes ».

Ces derniers jours, les autorités ont déjà arrêté plusieurs leaders antichavistes, dont l’ancien maire de Caracas Daniel Ceballos.

Autre signe de fébrilité du gouvernement : l’expulsion de plusieurs correspondants de médias étrangers arrivés au Venezuela pour couvrir la manifestation, dont ceux du quotidien français Le Monde.

La "prise de Caracas", manifestation de l'opposition vénézuélienne pour réclamer le départ du président Maduro, le 1er septembre 2016 à Caracas. © AFP

© AFP FEDERICO PARRA
La « prise de Caracas », manifestation de l’opposition vénézuélienne pour réclamer le départ du président Maduro, le 1er septembre 2016 à Caracas

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