EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Vers un « autonomisme » qui tire la tronche – Edito 01/02/2021

Comme j’avais pu vous le dire il y a quelques semaines lorsque la question d’un deuxième confinement en Polynésie se posait, la meilleure chose qui pouvait arriver à l’exécutif politique local aurait été que la décision soit prise et imposée depuis le plus haut sommet de l’Etat. Là-bas on a en effet pris l’habitude de prendre des décisions impopulaires au bénéficie de ce qu’on a la conviction d’être le bien commun, mais surtout au nom du fameux principe de précaution. La crise sanitaire inédite que nous connaissons depuis bientôt un an, qui au surplus n’a jamais été immuable dans sa forme, notamment avec les derniers développements de variants qui effraient à juste titre, impose plus que jamais d’assumer une posture, quelles que soient ses effets sur le long terme à titre politique, pourvu qu’elle soit sur le moment destinée à nous protéger le plus possible.

Ainsi il devient perturbant de voir des soi-disant autonomistes verser dans une systématique flagrante défiance envers les décisions nationales, même si elle reste molle dans la forme, tout en feignant de s’y résoudre à contrecœur.   Cela participe à amplifier un sentiment anti-français nauséabond dont on se passerait bien, parce que ça en plus du reste on n’en a pas besoin en ce moment. La démagogie sous-jacente qu’implique cette attitude est non seulement dangereuse pour des échéances plus lointaines mais aussi pour la cohésion immédiate des composantes de notre société déjà fragilisée par ailleurs.

Politiquement parlant c’est au demeurant totalement à double tranchant. Je ne sous-entends pas qu’être autonomiste c’est devoir jouer les béni-oui-oui face à un État qui n’a pas le même rapport avec le fait de devoir composer au quotidien avec tous les particularismes polynésiens. Cependant, il y a un temps pour tout.  Par ricochet, apporter de l’eau au moulin à la fois des indépendantistes, mais aussi des complotistes de tous bords dans le contexte actuel, c’est se tirer une balle dans le pied … avec une arme achetée dans l’une des armureries déjà installées au Fenua.

La grille de lecture devient en outre elle aussi pour le moins troublante, malaisante même. Sincèrement, depuis quand l’économie se doit-elle à ce point d’être privilégiée au détriment d’une urgence sanitaire en train de muter et de s’aggraver partout ailleurs ? Les quelques dérisoires poignées de touristes qui seraient passés entre les mailles du filet des restrictions de déplacement de leur propre pays pour se dorer la pilule sous le soleil polynésien, méritent-elles que l’on parie sur notre capacité à faire face à une nouvelle épidémie d’un variant du Covid-19 ? Doit-on faire fi, et continuer de se croire plus intelligents que le reste de la planète, de toutes les inconnues qui subsistent encore à ce jour y compris dans les plus grands pays qui eux-mêmes se barricadent ? C’est fou de se rendre compte à quel point notre époque est révélatrice encore un peu plus d’une démagogie toxique mais surtout d’un manque de courage politique qui vicie les principes de sa philosophie.

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