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Violence conjugale : quand l’homme est la victime

Le juge unique du tribunal correctionnel a traité ce matin une affaire peu commune de violence conjugale. Pour une fois, c’est homme qui est venu faire entendre son statut de victime face aux violences physiques et verbales de son épouse. Un procès parole contre parole qui s’inscrit dans un contexte de divorce et de bataille pour récupérer la maison du couple.

L’habit ne fait pas le moine. Le juge appelle le prévenu et la victime dans une énième affaire de violence conjugale. Une quinquagénaire fine et élégante s’avance. Tirée à quatre épingles, le corps moulé dans une belle robe locale, une manucure parfaite et un chignon soigné, difficile de croire que cette vahine purotu soit l’auteure de violences. Et pourtant. L’homme trapu qui la rejoint est bien la victime.  « C’est un dossier pas banal », prévient le juge, lui aussi étonné de cette inversion des rôles, « la qualification est banale, mais la configuration ne l’est pas. » Denise* est jugée pour « violences habituelles » commises à Moorea de janvier à mai 2020. Au total deux épisodes de violences doivent être jugés, mais Pierre*évoque un lourd passif, plusieurs plaintes et plusieurs mains courantes. « Les gendarmes n’en peuvent plus de lui, ils refusent de prendre ses plaintes », commente l’avocate de Denise. Pierre évoque ainsi la fois où il a été poussé dans les escaliers par sa conjointe alors qu’il voulait protéger la fille de Denise des coups de sa mère. Une autre fois, madame l’a « secoué jusqu’à ce que je la frappe. Je peux me retenir, mais cela devient vraiment insupportable. » Enfin, en mai dernier, Denise a arraché les lunettes de Pierre alors qu’il regardait la télévision puis tapé ses mains pour faire voler la télécommande en l’air. En 2019, Denise avait déjà été condamnée à une amende et un stage de sensibilisation contre les violences par le délégué du procureur.

« Comment a-t-il pu supporter ma mère ? » s’interroge le beau-fils de la victime

Pour Denise, tout a débuté avec la demande de divorce, déjà obtenue, mais surtout, selon elle : « Il cherche par tous les moyens à consolider le divorce. Il fait cela pour que je sorte de la maison, une belle et grande villa. C’est son but. Je ne suis pas une femme violente », assure Denise à la barre. Son avocate surnomme Pierre «Monsieur Cinéma », arguant que personne n’a été témoin des faits. « Elle sait qu’il ne faut pas de témoin », rétorque Pierre « Une fois j’ai fait venir sa sœur pour éviter d’avoir à subir ce qu’elle me faisait. » Si personne n’a été témoin des faits, tous les enfants du couple, ceux de Pierre, ceux de Denise mais aussi les deux que le couple a eu ensemble, ont pris parti pour leur père. « J’ai souffert durant mon enfance à cause de ma mère, j’ai subi des humiliations, des violences », a expliqué la fille de Denise, qui comme son frère, a quitté le foyer dès sa majorité. « J’ai été victime de violences verbales et physiques de ma mère. Mon beau-père a toujours été bienveillant avec moi et s’interposait quand ma mère devenait trop violente avec moi. Comment a-t-il pu supporter ma mère ? » s’est interrogé le garçon. Le procureur lui ne s’est pas posé de question, se réjouissant de voir le couple déjà divorcé, il a requis 50 000 francs d’amende contre Denise. Le juge rendra sa décision le 25 février.

*prénoms d’emprunt

 

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