EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

Violence en famille au Fenua : les chiffres qui font honte – Edito 23/05/2016

Des chiffres de violences intrafamiliales ont été communiqués vendredi par nos confrères de Tahiti Infos. Franchement ça fait honte. On apprend ainsi que que le taux national pour 1000 habitants de coups et blessures volontaires dans la sphère familiale est de 1,4, au Fenua nous atteignons les 3,9. Pour l’ensemble l’outre mer il est de 2,4. En Polynésie il y a donc quasiment trois fois plus de violence au sein de la famille qu’en métropole.

Notez que ces résultats sont ceux recensant les violences sur personnes de 15 ans ou plus. C’est certes déjà suffisamment abject comme ça, il manquait plus que l’on ait les chiffres qui auraient permis de faire chanceler le mythe de l’enfant roi. J’ai bien dit le mythe.

La violence est le plus souvent le fruit de la décompensation. En gros, en raison d’une somme conséquente de problèmes et de frustrations, et parce que l’on n’a pas les moyens de communiquer, de dialoguer, il y a pétage de câble. On se met sur la figure parce que ça défoule. Quand au surplus vous rajoutez les facteurs aggravants que sont la surconsommation d’alcool et de paka vous favorisez le stade industriel de l’usine à baffe à la maison.

Ces chiffres ont aussi cela de calamiteux qu’en plus, ils sont assurément sous évalués. Ils sont établis à partir des plaintes reçues par les autorités. Evidemment que dans ces conditions on est en droit de se dire qu’il ne s’agit, notamment sous nos latitudes, que du sommet visible de l’iceberg qui ne fond pas.

Lorsque vous avez une vue d’ensemble du Fenua, de ses lagons, de sa végétation, de ses habitants que vous croisez tout sourire, vous êtes donc loin de vous imaginer la détresse réelle au sein de trop nombreux fares. Du coup on comprend mieux certaines choses. C’est un véritable cercle vicieux. Si on subit ou l’on est témoin de violences chez soi, il y a le risque que celles-ci soient reproduites à l’extérieur. Qu’au moment de quitter le foyer pour fonder le leur, les plus jeunes reproduisent des schémas car ils n’ont connu aucune alternative dans leur quotidien.

C’est un véritable défi, un énorme chantier face auquel les pouvoirs publics sont mis. Œuvrer de plus en plus pour donner des clés aux polynésiens afin que la violence ne soit plus perçue comme une fin en soi. Mais ce concept il faut être en mesure de le comprendre, et cela passe notamment par la résorption de l’illettrisme, la relance de notre économie pour résorber la fracture sociale ou encore une réglementation plus dure pour l’achat et la consommation d’alcool, notamment le week end. Il y a bien d’autres pistes bien entendu, et c’est tous ensemble qu’il nous faut travailler sur le sujet, car des coups, on ne retient rien de bon. Une quantité trop importante de polynésiens mérite d’avoir le goût du lait de coco dans la bouche, et non pas celui du sang.

En attendant la vie n’est donc manifestement pas automatiquement plus belle au soleil …

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