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Visières de protection : quand la « pression financière » ébranle un bel élan de solidarité

Raitini Rey, gérant de la société Matarai, dans son atelier à domicile. ©C.R.

Raitini Rey était le premier à importer au fenua l’idée de visières de protection imprimées en 3D pour limiter le risque de transmission du coronavirus. Face à l’explosion de la demande, il a même lancé une plateforme pour unir les forces des bénévoles, bien décidé à équiper les professionnels les plus exposés. Mais certaines entreprises privées font monter les prix pour s’accaparer la production et des institutions publiques jouent aussi des coudes. À l’entendre, la plateforme « Ensemble on va plus loin » serait en train de « s’effondrer ».

Une feuille transparente montée sur une armature plastique imprimée en 3D, sur un bandeau tressé, une casquette ou même des lunettes… Ces visières ne remplacent pas un masque ou des distances de sécurité, mais offrent une protection bien utile, en ces temps d’épidémie, à ceux qui continuent de travailler au plus près du public ou des malades. Depuis que Raitini Rey, le gérant de la société Matarai, a importé cette idée désormais répandue dans le monde entier, il a reçu plusieurs milliers de demandes de toute la Polynésie.

Autour de lui, un groupe de makers – entreprises ou bénévoles disposant d’imprimantes 3D ou d’instruments de découpe laser – s’est formé pour échanger les matériaux ou les plans de fabrication et répondre à la demande, la plupart du temps gratuitement. Débordé par les mails ou les appels, Raitini Rey, bien décidé à donner la priorité aux « professionnels en première ligne » a donc lancé, voilà quelques jours le groupe « Ensemble on va plus loin » et la plateforme web correspondante pour centraliser les commandes. Mais le mouvement, bénévole et solidaire, est d’après lui en train de « s’effondrer ».

Les grandes entreprises font monter les enchères
En cause : les entreprises qui essaient d’équiper tous leurs employés. D’après le fournisseur, certains grands groupes qui ne peuvent être servis via la plateforme contactent des fournisseurs en direct, et obtiennent de leur réserver leur production en faisant monter les enchères. 1 000, 2 000, voire 4 000 francs la visière… Plusieurs fournisseurs se sont donc retirés de la plateforme, qui a de plus en plus de mal à répondre aux commandes de ceux qui devraient être prioritaires. « La production est désorganisée et part vers des entreprises en tous genres plutôt que vers des infirmières, des caissières ou des policiers », explique Raitini Rey.

… Et les administrations court-circuitent la plateforme
Les entreprises privées ne sont pas les seules en cause : certaines administrations essaient de mettre la pression pour être servies les premières, quitte à court-circuiter la plateforme. Pour Raitini Rey, c’est la conséquence flagrante du déficit général en moyens de protection contre le coronavirus, qui touche « tous les secteurs » au fenua.

Le Pays appelé à la rescousse
Le maker a donc centralisé chez lui l’ensemble des matières premières disponibles. Et notamment 3 000 feuilles de plastique qui peuvent servir à fabriquer autant de visières. « Ça fait un potentiel de plusieurs millions de francs, explique-t-il. Forcément ça fait tourner des têtes ». Ce mercredi matin, il a contacté les autorités pour leur proposer de prendre la gestion de stock et de décider elles-mêmes des priorités.

À défaut d’intervention du Pays, Raitini Rey et le « noyau dur » des fournisseurs pourraient aussi avoir recours au financement collectif. L’idée : acheter toutes les productions et « tenir la ligne » d’une distribution aux professionnels les plus exposés.

Les « makers » polynésiens ont développé différents modèles de visière. Les plus complexes prennent 7 heures à fabriquer, alors que les kits casquettes sont beaucoup plus rapides. ©C.R.

 

 

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