EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

« Y a-t-il une vie après la Polynésie ? » – Edito 20/05/2016

Hier soir Lionel Beffre avait invité le tout Tahiti à un cocktail d’au revoir.

Son discours était émouvant et s’est conclu par cette question qui selon lui, et non sans humour, pourrait presque être un sujet de philosophie au bac : Y a-t-il une vie après la Polynésie ? A écouter Johny, s’il s’était fait muter à Maubeuge, sans aucun doute l’aurait il eu mauvaise. La survie plus que la vie. Non, au lieu de ça il va atterrir à Grenoble, chef lieu de l’Isère dont il deviendra le nouveau préfet le mois prochain. C’est charmant comme ville, si vous aimez la montagne, les bâtisses chargées d’histoire, le froid. C’est certain que ça va leur faire un peu de changement à Lionel et son épouse Nathalie. Moins de lagons, moins de cocotiers, moins de sable, et pour tout vous dire, évidemment, moins de joie de vivre spontanée. Si le farniente et autres douces particularités des îles étaient accessibles sur le continent, ça se saurait.

Il a un peu répondu lui-même à sa question hier soir, oui il y a une vie, mais fatalement ce n’est pas la même. Et son sujet de philo improvisé devrait sonner dans notre tête comme une alarme pour nous faire réaliser certaines choses importantes. J’ai en effet la conviction que plus que dans une majorité d’endroits sur cette planète nous avons toutes les raisons de nous dire que nous sommes des privilégiés. Nous les médias, nous faisons tous les jours les relais de ce qui ne vas pas bien, de ce qui inquiète. On interroge les puissants sur la manière dont ils gèrent notre quotidien, qui nous apparaît dur, et comment ils préparent notre futur. Mais là, d’où que vous m’écoutiez, regardez autour de vous, ou juste un peu plus loin. Par exemple, vous êtes dans les embouteillages ? Jetez un œil vers la mer, vers la montagne, vers le ciel. Prenez conscience que vos tracas du quotidien, votre stress, sont bien plus faciles à vivre que dans la grisaille d’une cité HLM en banlieue. Que la RDO c’est les Champs Elysées par rapport au périphérique parisien. Qu’ici même si nos enfants sont parfois terribles, ils ne poignardent pas aussi facilement qu’à Barbes, et que nos mutoi ne craignent pas réellement de se faire incendier leur voiture. Lorsque vous achetez votre baguette de pain en souriant spontanément à celui ou celle qui vous la vend, dîtes vous que lorsque j’étais à Paris je me suis demandé s’il ne fallait pas que j’achète la boutique pour qu’on me considère.

En Polynésie, nous sommes encore dans une sorte de refuge où l’on se sent vivant. Prenons conscience de notre chance, râlons peut-être un peu moins.  Dans quelques semaines quand nous nous réjouirons de la grâce du Heiva, de la chatoyance des couleurs des costumes, de la beauté des corps qui ondulent, y compris la taille 42 qui a des amateurs, Lionel et Nathalie materont les Delphinales de Grenoble ou des bergers affublés de gilets en peau de moutons farandoleront aux côtés de dames en oripeaux d’époques notés -1000 sur l’échelle du sexy.

Evidemment qu’il faut de tout pour faire un monde, mais merci à notre Haut Commissaire sur le départ de nous faire réaliser ce que nous avons, et qu’il a larme à l’œil de quitter. Faitoito à son épouse et lui.

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