
Vue schématique du terminal de commerce international étende à Motu Uta, avec le nouveau bâtiment des aconiers internationaux (avec parking et panneaux solaires sur le toit), le nouveau les nouveaux locaux des sociétés de cabotage du quai numéro 5 et les espaces dégagés autour du futur quai numéro 6, en haut à droite. ©Port autonome
Le Port autonome de Papeete lance les grandes manœuvres pour l’extension du Terminal de commerce international. Un terminal qui approche de la saturation et qui, avec 3 hectares de plus gagnés sur Motu Uta, verra sa capacité augmenter de 50 000 conteneurs par an. Il faudra pour ça raser toute la zone centrale d’entrepôts de Motu Uta : les activités non essentielles au port devront partir, les aconiers bénéficieront, eux, de nouveaux bâtiments plus grands, plus modernes, et mieux organisés. Les locaux actuels des douanes, des affaires maritimes et du Port autonome lui-même vont aussi être détruits, pour faire de la place pour le transport interîles, et son nouveau quai livrable en 2028.
Les chantiers s’enchaînent autour de la rade de Papeete, et le rythme n’est pas près de fléchir. Alors que le quai au long a entamé la deuxième partie de sa grande rénovation, que l’appel d’offres a été lancé pour le creusement de la passe, que l’armée poursuit la construction de son nouveau quai des patrouilleurs ou que la promenade de la digue, usée de façon précoce après son ouverture en 2022, doit être remise en état, c’est sur la partie centrale de Motu Uta que le Port autonome de Papeete (Pap) a les yeux rivés. L’établissement public du Pays cherche actuellement un assistant à maîtrise d’ouvrage pour réaménager cet espace et pour étendre le Terminal de commerce international. Un terminal conçu voilà 50 ans, pour une population deux fois inférieure à celle du fenua d’aujourd’hui. Et qui est au bord de la saturation.
Du quai au long cours à la barrière actuelle de la « zone sous douane », ce sont 93 000 conteneurs – ou plutôt des « équivalents conteneurs de vingt pieds » – par an qui peuvent transiter. Le port, qui a vu passer 1,4 million de tonnes de marchandises en 2024, soit 99% du volume d’importation du pays, s’approche déjà des 85 000 conteneurs par an. Et son trafic continue d’augmenter. La marge, de « quelques années », est désormais trop faible pour poursuivre sereinement l’activité de ce poumon économique du pays. « L’idée c’est donc d’agrandir ce terminal en rationalisant les espaces, explique le directeur du Pap Jean-Paul Le Caill. C’est un peu l’idée maîtresse du schéma directeur, d’ailleurs : regrouper les activités par métier, rationaliser… Le terminal de commerce international va à terme s’étendre jusqu’au bâtiment actuel de Pharmappro et seront regroupés sur tout cet espace les aconiers qui sont chargés de la manutention des conteneurs. Il n’y aura plus personne d’autre que cette activité dans la zone ».
Vue satellitaire actuelle de Motu Uta sur Google Map. Les deux grands blocs centraux d’entrepôts, ainsi que l’entrepôt de stockage de la zone sous douane, juste au dessus, seront détruits, de même que les entrepôt des société interîles (en bas de l’image) les bâtiments de la rive Nord-Est (à droite), à l’exception du parking à voiture et de l’entrepôt à ciment.
Réduire le risque d’accident et améliorer l’efficacité
Un chantier à plus de 5 milliards de francs qui doit faire passer le Terminal de commerce international de 13 à 16 hectares, et lui permettre d’accueillir d’ici 2033, 145 000 conteneurs par an. « Voire 200 000 en organisant l’espace autrement » et en s’équipant de portiques automoteurs, comme le rappelle Laurent Goulet, chargé de mission du Pap en charge de plusieurs grands projets. Le Centre de recyclage et de transfert (CRT) de Fenua Ma ne bougera pas, pas plus que les sites de la flotille administrative et de la direction de l’Équipement, à l’Ouest. En revanche toute la zone d’entrepôt qui se trouve au centre de Motu Uta, entre la capitainerie et l’actuel terminal, devront être détruits. Soit 33 000 mètres carrés de bâtiment à désamianter et à mettre à terre, en deux phases, entre 2027 et 2031.
Les aconiers actifs dans la zone sous douane devront composer avec ce grand chantier, mais ils auront le droit à terme, à un nouveau bâtiment de 10 000 mètres carrés avec entrepôts pour dépoter ou charger les conteneurs, bureaux, et parking sous panneaux solaires sur le toit. Beaucoup d’autres entreprises aujourd’hui présentes à Motu Uta devront, elles, plier bagage. « Elles ont déjà été informées », précise Jean-Paul Le Caill. Certaines ont d’ailleurs déjà exprimé leur étonnement de ne pas se voir proposer de site de repli sur la zone portuaire. Mais vu le manque d’espace et la densité actuelle, le Pap estime qu’il ne peut pas se permettre d’accueillir sur ses concessions des « entreprises qui stockent de l’électroménager ou qui font d’autres activités qui ne sont pas essentielles au port ».
Le directeur explique surtout que cette grande transformation permettra de gagner en efficacité et en sécurité dans le traitement du flux international. « Entre les transporteurs qui viennent chercher leurs conteneurs, les aconiers qui sont obligés de traverser les deux voies qui sont réservées aux conteneurs, tout ça est accidentogène, reprend-il. Donc dans le nouveau projet, il n’y aura plus du tout ce croisement de flux puisque il y aura une zone, devant les bureaux des aconiers, essentiellement réservée aux chargements de conteneurs qui doivent être embarqués et amenés au centre-ville ou ailleurs ».
Le port autonome voit passer 99% du volume d’importation du pays.
Le siège du port détruit pour construire un nouveau quai interîle
C’est cette même logique de « séparation des flux » qui gouvernera le réaménagement, et au passage l’extension, du quai de cabotage numéro 5, au Nord de la zone. Là aussi, les entrepôts actuels des compagnies maritimes qui desservent les archipels – dont la SNP – seront détruits. Avant un relogement dans un bâtiment neuf de 4 500 mètres carrés, qui sera relié, par une passerelle à celui de la zone internationale pour profiter de son parking. Ce bâtiment, qui sera construit entre 2028 et 2032 pour 1,7 milliard de francs supplémentaires, jouxtera un nouveau parc à conteneurs domestiques – le trafic interîles augmente lui aussi, doucement mais sûrement, chaque année – , et accueillera aussi Pharmappro (la pharmacie d’approvisionnement de la Direction de la Santé), la biosécurité, les douanes et le service d’état des affaires maritimes.
Autant d’administrations dont les bâtiments seront eux aussi détruits… Comme ceux du port autonome lui-même. Car côté Est, dans le prolongement du quai de l’Aranui, c’est un nouveau quai de cabotage, le sixième de Motu Uta, qui commence à être construit. Un autre chantier, à plus de 4 milliards de francs celui-ci, et qui doit être terminé d’ici début 2028. Il est rendu nécessaire par le cycle de modernisation de la flotte interîles : les goélettes sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus large, et pour certaines mixtes : le quai numéro 6, construit sur pieux sur 260 mètres, doit notamment accueillir le futur Aranoa. Qui dit quai, dit besoin de place pour l’activité, d’où la démolition de l’essentiel des locaux de cette zone : le siège du port et de la capitainerie, qui attendent un nouveau bâtiment à construire au pied du pont de Motu Uta côté Fare Ute, les douanes et les affaires maritimes d’état qui traverseront la rue dans les futurs nouveaux bâtiments. Seul le parking à voiture de la zone sous douane sera conservé, de même que les entrepôts à ciments, qui bénéficieront d’ailleurs d’une partie du nouveau quai.
Des contacts avec la Banque européenne d’investissement
Le Port autonome a déjà dû réaliser d’importants emprunts ces dernières années pour construire le terminal de croisière, lancer la reconstruction du quai au long cours, ou le creusement de la passe de Papeete. La création du quai de cabotage n°6, est elle aussi déjà financée, à hauteur de 4,2 milliards de francs, dont 35% sur fonds propres et 65% d’emprunts auprès de l’AFD, de la Banque des Territoires et d’un pool bancaire local. Reste donc à trouer les partenaires pour les autres opérations de la zone : entre l’extension du terminal de commerce international, le réaménagement du quai numéro 5 et les travaux de terre pleins près du quai numéro 6, c’est plus de 7 milliards qui sont à trouver. Une partie sera couverte par les capacités d’autofinancements du port, qui dépassent les 1,2 milliard de francs chaque année. Le reste sera emprunté, et Jean-Paul Le Caill n’est pas inquiet. « L’étude qu’on confie aujourd’hui à un assistant de maitrise d’ouvrage comporte ce volet financement, précise le directeur. Quoiqu’il arrive, nous aussi, en interne, on a déjà des contacts avec les plus grandes banques françaises : la Banque des Territoires, l’Agence française de développement, en Polynésie la Socredo, la Banque de Tahiti ou la Banque de Polynésie… Et nous avons ouvert en début d’année des relations avec la Banque européenne d’investissement qui est assez intéressée par les projets de réorganisation du port de Papeete ».
Des contacts qui vont resservir, car les chantiers du port autonome, qui suivent scrupuleusement le programme du schéma directeur 2022 – 2032, ne sont pas terminés. En parallèle du réaménagement de motu Uta, et outre la construction du nouveau siège du Pap près de l’ancien site de la Sopom, les autorités portuaires travaillent sur le réaménagement et l’extension du port de pêche, sur la création d’un vaste pôle de réparation navale à la place des vieux dépôts de carburant de Fare Ute, et sur la réfection des autres entrepôts dédiés au cabotage interîles, le long de la digue. En y ajoutant des travaux externes – la nouvelle marina de la ville de Papeete, près du pont de Motu Uta elle aussi, ou la construction d’une passerelle au dessus de la Tipaerui par le Pays, il est clair que les engins de chantiers ne sont pas près de quitter la rade de Papeete.
Programme de démolition et de construction prévu par le Pap : en jaune les opérations de désamiantage, en rouge les opérations de démolition et de construction neuve, en vert les chantiers terminés, en gris les bâtiments qui n’existeront plus.