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« Progressistes » contre « radicaux » : au Tavini, la « clarification » après les élections ?

Tematai Le Gayic s’est exprimé, ce jeudi, lors de l’officialisation de sa candidature à Papeete, sur les dissensions au sein du Tavini. L’ancien député est plus clair que jamais sur la fracture entre « progressistes » et « radicaux » qui s’est creusée dans le parti, il regrette que certains cadres remettent en cause le programme victorieux de 2022 et 2023, jugé contraire à la « doctrine historique » indépendantiste. Et il est forcément « déçu » par le choix d’Oscar Temaru de soutenir Tauhiti Nena, lui aussi taxé d’une « certaines radicalité ». Mais pas question de quitter le groupe à l’assemblée, comme Odette Homai, et encore moins le parti. Il demande plutôt, comme Moetai Brotherson, dit-il, une « clarification » politique après les municipales. Et espère ainsi remettre en selle la ligne bleu ciel « modérée » jusqu’à la fin de la mandature territoriale.

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« Je ne souhaite pas qu’il y ait de flou dans cette élection », explique Tematai Le Gayic à quarante jours des municipales. Le tête de liste Tutahi ia Papeete et élu bleu ciel à l’assemblée semble décidé à séparer hermétiquement une campagne « de proximité » et les enjeux politiques territoriaux et partisans. Mais difficile pour l’ancien député proche de Moetai Brotherson d’esquiver plus longtemps les questions sur les dissensions au sein du Tavini, dans lesquelles il trouve une place centrale.

Ainsi, quand Odette Homai a annoncé sa démission du groupe bleu ciel fin janvier, elle expliquait que c’était le revirement d’Oscar Temaru sur son soutien municipal à l’ex-député – dont elle avait été la suppléante aux législatives de 2022 – qui avait fait déborder un vase déjà bien rempli par les « changements de cap » et les décisions inexpliquées des cadres du parti. Dans les couloirs de Tarahoi, il se disait alors que d’autres démissions avaient « failli » être déposées dans la foulée, et que certaines attendaient juste le scrutin local pour l’être. Tematai Le Gayic, lui, l’a affirmé ce mardi matin : il n’a pas l’intention de démissionner, ni du parti, ni du groupe Tavini à l’assemblée. Et n’encourage personne à le faire. Mais le président de la commission de l’Économie et des Finances de l’assemblée pense en revanche qu’une discussion de fond, et probablement pas sans tension, est aujourd’hui nécessaire.

« De plus en plus on voit des différences de discours »

Ou plutôt demain : c’est après le scrutin des 15 et 22 mars qu’il situe cette « clarification », qui serait demandée par beaucoup d’autres au sein du parti. Les bases de cette discussion sont connues de tous, bien que rarement posées aussi clairement par un élu bleu ciel : « On le sait, depuis les élections d’avril 2023, il y a deux composantes à l’intérieur de la plateforme indépendantiste, un discours modéré, progressiste, et un discours plus radical », explique Tematai Le Gayic, qui se place, avec Moetai Brotherson, dans la première catégorie. Les « modérés », partisans d’une indépendance « dans la planification, et dans une valorisation des doléances de la population pour qu’elle adhère au projet indépendantiste plutôt qu’elle le subisse » comme le définit le candidat à Papeete, avaient réussi à peser sur le programme bleu ciel aux législatives de 2022 et des territoriales de 2023. Mais malgré les victoires dans ces élections – aussi largement dues à l’érosion de la popularité du Tapura – certains n’ont pas adhéré au changement de ton, et y préfère la ligne historique du mouvement. D’où les multiples actions sur la décolonisation lancés depuis l’assemblée par Tony Géros, les partenariats internationaux loin de faire l’unanimité développés par le parti, et l’intensification de la communication sur l’exploitation des ressources profondes par Oscar Temaru.

La fracture est donc de plus en plus visible. « Je fais partie de ceux qui pensent qu’il y a un besoin de clarification à la fois sur le programme et sur la ligne politique du Tavini du gouvernement et de l’assemblée, confirme-t-il. De plus en plus on voit des différences de discours entre le parti et le président du pays. Il y a des déplacements à l’international qui se font sont concertation entre le parti et le président du Pays. Pour en avoir discuté avec le président du Pays avant qu’il ne se déplace en France, il est d’accord avec moi sur ce besoin de clarification et ça se fera après les élections municipales ».

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« L’idée c’est de créer un rapport de force à l’intérieur du Tavini pour que nos idées progressistes, modérées, puissent être majoritaires »

À l’entendre, le premier objectif de cette « clarification » serait de fixer clairement le programme pour la fin du mandat territorial. « Quand des cadres du Tavini qui font partie du bureau exécutif qui viennent nous dire que nous avons été élus sur un programme qui est illégitime, qui ne sont pas en accord avec la doctrine historique du Tavini, je ne suis pas d’accord », dit-il. Exemple le plus parlant : sa campagne de consultation et de discussion sur la création d’une « citoyenneté maohi », un des points importants du programme de 2023, que le bureau exécutif du Tavini, Oscar Temaru et Tony Géros en tête, lui avait demander « d’arrêter ».

« À un moment, il va falloir dire clairement ce qui dérange », estime-t-il. Et ainsi avancer avec plus de cohérence dans les trois années à venir. Le représentant à l’assemblée espère que la ligne progressiste puisse être remise en selle. « L’idée c’est quand même de créer un rapport de force à l’intérieur du Tavini pour que nos idées, progressistes, modérées, puissent être majoritaires, continue-t-il. Je pense qu’on a réussi à le faire en 2022 et en 2023, grâce au poids qu’avait le président Moetai Brotherson au sein du Tavini. Son poids est assez contesté à l’intérieur du parti depuis depuis 2023. Mais nous dans un premier temps, on veut essayer que ce rapport de force soit maintenu pour que le programme 2022 et de 2023 soit maintenu jusqu’à terme ». Et donc jusqu’à 2028.

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Une demande de discussion, mais pas de menace de scission. Malgré le soutien de plus en plus affirmé d’Oscar Temaru à Tauhiti Nena, qui représente aussi « une certaines radicalité », Tematai Le Gayic dit espérer que les deux tendances du Tavini trouveront « des points de convergences ». Il continue d’ailleurs de revendiquer, à Papeete, la légitimité qui lui a été conférée par le tomite local du parti, qu’il préside toujours, et par l’annonce de sa candidature lors du congrès de mars.

S’il tient tête – avec « respect et amour » – à Oscar Temaru au président du parti, qui lui a encore demandé lundi de rejoindre Tauhiti Nena, c’est aussi parce qu’il ne compte pas mettre en avant le projet indépendantiste dans sa campagne locale. L’ancien président veut au contraire, d’après le jeune élu « faire de ces élections un référendum pour l’autodétermination ». Samedi le Tavini a d’ailleurs convoqué tous les candidats qu’il soutient, ainsi que les chefs de tomite de quartiers et de communes. Au programme, la présentation de ce qui doit être le socle commun de la campagne municipales en cours : l’exploitation des ressources minière des grandes profondeur y figure en bonne place.