ACTUS LOCALESPOLITIQUE Odette Homai : les décisions du Tavini, « On les prend à chaque fois en pleine figure » La rédaction 2026-01-23 23 Jan 2026 La rédaction Au lendemain de sa démission du groupe Tavini, Odette Homai explique que ce sont les multiples « changements de cap » non concertés du parti qui l’ont poussé vers la sortie. Sur la décolonisation, de plus en plus pressée plutôt que d’être « préparée », sur les ressources profondes, sans cesse mises en avant, alors que leur exploitation risque de « bousculer des générations ». Et surtout sur la place des jeunes dans le mouvement. « On en parlait comme d’un nouveau souffle de vie, et aujourd’hui les évince » dénonce-t-elle en même temps que le soutien d’Oscar Temaru à Tauhiti Nena plutôt qu’à Tematai Le Gayic. Odette Homai ne veut pas « parler pour les autres », mais elle suggère tout de même que la fracture au sein du groupe pourrait amener à de nouvelles démissions… Rendez-vous après les municipales ? Elle faisait partie des figures de la « nouvelle génération » du Tavini lors des dernières élections territoriales. Odette Homai a déposé jeudi au secrétariat général de l’assemblée sa lettre de démission du groupe Tavini, comme l’avait appris Tahiti Infos dans la soirée. La veille, l’élue des Tuamotu, candidate à la mairie de Takaroa, avait suivi l’homologation de Tomite bleu ciel à Papeete qu’Oscar Temaru et Vito Maamaatuaiahutapu avaient choisi d’organiser au QG de Tauhiti Nena à Tipaerui. Même si le président et le secrétaire général du parti n’ont pas voulu officialiser leur soutien à l’ancien ministre qui s’est écarté du Tavini depuis près d’une décennie, leur choix est désormais clairement affiché. Et il se fait au détriment de Tematai Le Gayic, pourtant annoncé comme tête de liste lors du congrès du motu Ovini. Pour Odette Homai, c’est l’incompréhension de trop. « Les décisions sont prises en interne, on est pas au courant, on est au courant des fois la veille, on est même pas pris en considération. C’est nous imposer des choses ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/ODETTE-HOMAI-on-nous-impose-de-schoses.wav À la prochaine séance de l’assemblée, programmée, pour l’instant, lors de la session administrative d’avril, elle sera donc dans les rangs des non-inscrits, aux côtés des trois élus A here ia Porinetia et de Hinamoeura Morgant-Cross, évincée fin novembre après de longs mois de tensions. Le groupe Tavini ne devrait plus compter que 36 élus sur 57. Place des jeunes, ressources profonde, décolonisation… Odette Homai faisait justement partie avec Tematai Le Gayic, des figures de la nouvelle génération du Tavini lors des dernières territoriales. Et elle le rappelle avec amertume : le parti s’était engagé à mettre en avant la jeunesse pendant cette mandature. Elle regrette aujourd’hui une fracture de génération – plus qu’une division entre les « pro-Moetai » et les « pro-Tony », d’après elle – née de la non prise en compte par les cadres du mouvement de la « nouvelle vision » de certains membres. « On parlait de la jeunesse comme un nouveau souffle de vie, et aujourd’hui les évince », regrette la représentante qui n’en est pas à sa première opposition, jusque là plus discrète, à une décision du parti. Elle cite notamment les initiatives multiples du parti pour presser le pas sur la décolonisation. « Dans le programme on parlait d’une décolonisation préparée au long terme », rappelle-t-elle. Elle cite aussi la question des ressources marines, sur laquelle Oscar Temaru, en opposition frontale avec Moetai Brotherson sur ce sujet, a beaucoup communiqué ces derniers mois. L’ancien président assure régulièrement que les potentielles richesses minière des profondeur permettraient de financer l’indépendance, voire même de « supprimer les impôts », comme il l’avait affirmé sur Polynésie la 1ere. « L’exploitation, fermement, on était contre, rappelle-t-elle. Environnementalement, ce n’est pas possible. Ça va bousculer des générations. Je pense à mes enfants et tout. Aujourd’hui, on est en train de le précipiter, on est en train de nous imposer ». Pourquoi ne pas avoir fait remonter ces oppositions en interne ? « À aucun moment, ils nous ont conviés pour qu’on puisse discuter de ce changement de cap… et toutes les décisions, on les prend à chaque fois en pleine figure », explique-t-elle. Des comités de majorité devaient se tenir sur cette question mais ils ont sans cesse été repoussés, précise la représentante : « À quel moment peut-on discuter de tout ça ? » « Je suis née dans le Tavini » Le soutien à Tauhiti Nena plutôt qu’à Tematai serait donc une goutte d’eau dans un vase déjà bien rempli. Mais quitter le groupe Tavini, et à l’avenir, le parti lui-même puisque cette décision « s’impose » aussi pour la représentante, n’a pas été choix évident. « Je suis née dans le Tavini Huiraatira, j’avais à peine 6 ans lorsque je manifestais avec mes grands-parents, mes parents, j’ai grandi à Tavararo, qui est le fief aussi du parti, puis à Punaauia jusqu’en 1995, où j’ai décidé de quitter Tahiti pour rejoindre les Tuamotu où étaient mes grands-parents. Là-bas, je n’ai pas abandonné le groupe. Il y avait un membre fondateur là-bas qui m’a prise sous son aile, et qui a fait grandir mon enseignement au sein du Tavini Huiraatira. Mon pito a été coupé au sein du Tavini Huiraatira, et c’était ma famille politique. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/ODETTE-HOMAI-nee-dans-le-Tavini.wav « Je n’ai jamais fermé ma bouche en ce qui concerne les Tuamotu » Odette Omai fera donc campagne sans le soutien du Tavini aux élections municipales de Takaroa, où elle était déjà première adjointe. Une question de cohérence, explique-t-elle. « Aujourd’hui, je me sens capable de me lever et de dire ‘non stop, ça suffit’. Il faut que j’avance sereinement, parce que j’ai des objectifs quand même à atteindre. C’est vrai que les gens appréhendent un peu le fait que je sois seule : comment elle va faire, comment elle va porter ses projets ? Mais il faut pas oublier que quand tu es une élue, il faut avoir un certain dynamisme pour porter ses dossiers. Je ne serai pas seule en commission, et ne vous inquiétez pas, je n’ai jamais fermé ma bouche en ce qui concerne les Tuamotu ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/ODETTE-HOMAI-pas-seule.wav D’autres élus, au sein du groupe pourraient-ils suivre ce mouvement ? C’est ce qui se dit dans les couloirs de l’assemblée, certains donnant plusieurs élus proches de Moetai Brotherson, et notamment Tematai Le Gayic sur le départ. Pas la première ni la dernière rumeur sur la fracture du groupe Tavini. Odette Homai, elle, ne s’avance pas « pour les autres ». Mais elle dit tout de même avoir « ouvert la porte »… Reste à savoir qui la franchira.