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La filière hauturière à la reconquête de son label pêche durable, suspendu « au pire moment »


Depuis la fin mai, le thon polynésien n’est plus estampillé « MSC » à l’export. La filière a dû « auto-suspendre » ce label de pêche durable obtenu en 2018, et qui constitue aujourd’hui un sésame « indispensable » pour vendre sur des marchés étrangers. Pourtant les pratiques des palangriers ne se sont pas dégradées : la pêcherie a seulement pris du retard sur certains engagements environnementaux, notamment en matière de lutte contre les prises accidentelles d’oiseaux. Armateurs et administration se renvoient la balle sur les causes de cet échec, mais rament ensemble pour reconquérir le label, suspendu « au pire moment », alors que l’export est déjà en chute de plus de 30% et la filière sous tension. Malgré des initiatives déjà lancées, les certifications pourraient prendre six mois à un an.

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C’est une suspension qui tombe au « pire moment » pour la filière pêche. Alors que les exportations de poissons sont déjà en berne « d’au moins 30% », en grande partie à cause des barrières douanières imposées par l’administration Trump aux Etats-Unis, alors que les armateurs constatent un effritement des chiffres d’affaires, s’inquiètent de l’arrivée d’un « Super El niño » et combattent un projet d’Aires marines protégées qui, selon eux, va leur enlever des marges de manœuvre dans leur campagne, la pêcherie polynésienne a temporairement perdu son label MSC depuis la fin du mois de mai. Cette reconnaissance du caractère durable de la filière, accordée par le « Marine Stewardship Council » avait été obtenue en 2018, après plusieurs années de travail et d’évaluation par des organismes certificateurs, et concerne aujourd’hui trois des principales espèces de poisson pêchées dans la ZEE : le thon germon, le yellowfin et le meka (espadon).

« Un élément indispensable pour nos exportations »

Le label avait été renouvelé sans accroc en 2021 et 2024, mais avec à chaque fois des rappels sur des obligations d’évolution de certaines pratiques. Cette suspension – ou plutôt cette « auto-suspension », précisent les professionnels, qui ont préféré l’acter eux-mêmes lors du signalement des organismes certificateurs pour ne pas perdre entièrement le label -, découle justement du non-respect de certains de ces engagements. En clair, les pratiques de la pêche polynésienne « ne se sont pas dégradées », insiste Vatea Moarii, « mais il y a eu du retard sur certaines évolutions ». Or dans le contexte actuel, le label MSC est des plus précieux, explique le dirigeant d’Ocean Products, et référent du label MSC au sein de l’association des armateurs hauturiers. « Ce label permet de véhiculer les bonnes pratiques de notre filière, de faire reconnaître son caractère durable, jusqu’au consommateur, explique-t-il. On s’en rend pas trop compte ici localement, parce que toute notre filière est labéllisée mais c’est un élément indispensable pour nos exportations. C’est devenu une sorte de barrière à l’entrée : pour accéder à certains marchés, on est obligés d’avoir ce label ».

Des portes qui se ferment, donc pour la pêche polynésienne, depuis l’entrée en vigueur de cette suspension, le 27 mai. Au port, beaucoup pointent la responsabilité de la Direction des Ressources Marines dans ce dossier, accusée par le président de l’association des armateurs Yann Ching de n’avoir « pas assez accompagné » les professionnels, dans un article du magazine spécialisé Le Marin sur le sujet. D’autres estiment que les responsabilités sont partagées que le Pays, « au courant depuis longtemps » des risques sur la labellisation, n’a pas mis le sujet au devant des priorités dans son travail avec les pêcheurs et trainé dans le financement de certaines actions.

Côté Pays, on rappelle au contraire que la DRM, si elle a été la référente du label MSC « pour permettre de le lancer » les premières années, a transféré cette responsabilité début 2025 à l’association des armateurs hauturiers. Et ne peut quoiqu’il arrive pas reprendre le dossier, certaines de ses contraintes – notamment la passation d’appel d’offres publics pour les prestations de certification – n’étant pas adapter aux processus mis en place par le MSC.  « Ce sont les professionnels qui doivent se prendre en main, s’organiser et faire vivre cette labellisation », rappelle-t-on du côté de l’administration, qui reste toutefois un soutien important des pêcheurs pour financer les études, certifications et actions nécessaires. Au delà des accusations croisées, les discours sont, des deux côtés, déterminés : il s’agit de réactiver le label « au plus vite » pour ne pas pénaliser trop longtemps les exportations qui, même s’ils ne représentent qu’une petite partie du chiffre d’affaires par rapport à la consommation locale, sont capitales pour la rentabilité de la filière.

Nouvelles techniques sur la préservation des oiseaux de mer

Opération reconquête, donc. Et la tâche n’est en soi pas insurmontable, estiment les professionnels. Au centre de la suspension : la préservation des oiseaux marins, qui se prennent parfois dans les palangres quand elles sont remontées avec le poisson. Les solutions existent : des lignes d’effarouchement qui peuvent être déployées à la remontée des lignes, les pêches de nuit peuvent être priorisées pour éviter la présence des oiseaux, ou des plombs peuvent être installées pour éviter que les hameçons ne trainent à la surface, une option jugée dangereuses par certains marins. L’application de ces techniques – associées à une plus grande vigilance des équipages sur la présence ou non d’oiseaux – ont déjà commencé. Et les résultats sont déjà là. « Le programme observateurs sur le dernier mois, depuis la mise en place de certaines pratiques supplémentaires, c’est simple, l’impact en termes d’oiseaux, c’est zéro. Donc pour nous c’est un peu ‘tout ça pour ça’. Mais la réalité, c’est qu’il y a des objectifs administratifs qui doivent être tenus. Les priorités n’ont probablement pas été les bonnes, en tout cas pas pour la filière. Et aujourd’hui on est obligés de vivre avec une suspension de label à un moment où nos exportations sont déjà en train de s’effondrer ».

Les armateurs et mareyeurs, qui dépensent eux-mêmes des millions pour faire certifier leur partie de la chaîne de production, ne doutent pas du retour du label MSC. Mais le fait est qu’il ne suffit pas de mettre en place les « bonnes pratiques » demandées, il faut surtout démontrer leur effectivité et leur efficacité. Et cela peut prendre du temps « 6 mois au minimum, probablement près d’un an » d’après l’Association des armateurs hauturiers qui travaillent aussi, avec la DRM, sur d’autres sujets liés à la labélisation, comme le « e-monitoring » des campagnes.

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Jt Vert 16/06/2026

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