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« Pas du tout influencé par les ONG », le Pays défend le « compromis » trouvé sur les AMP

Saluée à l’international, l’annonce du classement de 500 000 km2 supplémentaires de la ZEE est au centre d’un brûlant débat localement. Gouvernement « sous influence », pêcheurs « sacrifiés »…. Terena Hargous, cheffe de projet à la Diren, défend au contraire protections issues de « compromis » entre les revendications des Marquises et des Australes, les intérêts économiques du pays et l’objectif de « pérennité de la pêche ». Elle assure surtout que le Pays n’est en rien un « pantin » des ONG, qui choisissent de financer ou pas des actions décidées au sein de l’administration. Le Pays reste « le capitaine du va’a », même quand les ONG comme Pew financent des postes au sein même de l’administration, assure-t-elle. D’autres embauches de ce type sont d’ailleurs prévues du côté de la Direction des Ressources marines.

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Depuis l’annonce du gouvernement de créer deux nouvelles aires marines protégées au Nord des Marquises et au Sud des Australes, de nombreux acteurs économiques et politiques ont réagi. D’abord les pêcheurs, capitaines et armateurs hauturiers qui s’estiment « sacrifiés » par la multiplication des zones d’interdiction des thoniers – qui couvrent désormais plus de 35% de l’aire Tainui Atea. Des professionnels qui confient aussi leur incompréhension : l’activité des palangriers est durable, contrairement à celle des grands senneurs qui pullulent à l’extérieur de la Zone économique exclusive. C’est ensuite le Tavini qui s’est exprimé, dénonçant un atteinte aux capacités de développement économique et d’autosuffisance alimentaire du Pays.

Pour le parti indépendantiste, et notamment son président Oscar Temaru, convalescent, mais qui s’est exprimé par communiqué, le gouvernement est « instrumentalisé ». Par l’État, dont les bleu ciel voient toujours l’ombre derrière toutes annonces concernant les ressources marines, bien que les créations d’AMP émanent du Pays et ne sont pas, pour celles de ces derniers jours, particulièrement applaudies par Paris. Mais « instrumentalisé », voir « téléguidé », aussi par les ONG conservationnistes comme Pew, installées depuis 2013 en Polynésie et rejoint ces derniers mois par un Te Moana Collective qui regroupe plusieurs fondations liées à des grandes fortunes européennes ou américaines, comme le Bezos Earth Fund. Tony Géros, comme les pêcheurs, s’interroge même sur la présence « d’agents de Pew à l’intérieur des ministères » et parle de « conflit d’intérêts ».

« Trouver un équilibre entre la protection et l’exploitation »

Des accusations auxquelles Terena Hargous, cheffe de projet à la Direction de l’Environnement a répondu point par point, sur notre plateau mercredi. Cette spécialiste du sujet des Aires marines protégées a d’abord rappelé que les nouvelles AMP proposées au Nord des Marquises et au Sud des Australes, le long des frontières de la ZEE n’ont pas été choisies par hasard. Les communautés de ces deux archipels revendiquent depuis de longues années la création de larges réserves – bien plus larges que les AMP finalement tracées, rappelle la responsable – estimant nécessaire de réserver des ressources à leur pêche côtière, mais les intérêts des pêcheurs ont été pris en compte. Bref, un « compromis », qui engendre comme souvent des frustrations. L’année dernière, alors que Moetai Brotherson annonce un changement de classement pour la ZEE, désormais aire marine protégée, les maires des archipels s’étaient émus du manque de protection autour de leurs îles et au large de leurs côtes. Aujourd’hui, ce sont les pêcheurs hauturiers qui expriment leur colère. « L’objectif du gouvernement, c’est de trouver cet équilibre entre la protection et l’exploitation » assure Terena Hargous.

La représentante de la Diren insiste sur le fait que les zones choisies étaient plutôt délaissées des thoniers ces dernières années. « On a fait une analyse de données géographiques, à laquelle on a superposé l’effort de pêche des palangriers des dix dernières années. L’objectif du gouvernement, c’est bien de limiter l’impact de ces aires marines protégées sur notre filière de pêche hauturière », précise-t-elle. Aux pêcheurs qui rappellent que les migrations thonières sont difficiles à prévoir, surtout en ces temps de « Super El Nino », elle assure que des études doivent justement être menées, dans le cadre du travail de Tainui Atea, sur l’impact des changements et variations climatiques sur la ressource halieutique.

« On souhaite être un peu le moteur » régional

Mais si ces zones n’étaient pas pêchées, pourquoi les protéger ? La Diren reconnait « anticiper les pressions futures ». « On crée finalement un refuge pour l’ensemble des espèces. C’est aussi un moyen pour nous, en Polynésie, de montrer la voie aux autres pays du Pacifique et du monde. On souhaite être un peu le moteur pour faire en sorte qu’on atteigne cette protection de l’océan de 30 % d’ici 2030. » 

Les objectifs mondiaux, que la France s’applique aussi, sont donc bien au centre des décisions du Pays, mais seulement parce qu’ils sont « assis sur des études », qui montrent d’après Terena Hargous que cette conservation « bénéficie au pêcheries ». Là où les pêcheurs mettent en avant des travaux scientifiques qui concluent à l’inutilité des AMP pour les thonidés migrateurs, la cheffe de projet assure que les grandes aires hawaiiennes ont déjà porté leurs fruits en augmentant les prises à ses abords. Ce débat, n’a visiblement pas vraiment eu lieu avec les armateurs et pêcheurs hauturiers, dont la Diren regrette l’absence lors de certaines réunions où ils étaient invités. D’autres échanges doivent suivre puisque chaque AMP a un conseil de gestion qui doit adopter un plan de gestion. Des plans qui doivent permettre « faire de la conservation mais également de développer des activités durables dont la pêche ».

Et l’exécutif compte bien réussir à réunir tous les acteurs de la mer dans ces comités : communautés locales, pêcheurs côtiers et hauturiers, administration… Et ONG.

« Totale neutralité »

Face aux interrogations, et même aux accusations « d’ingérence », concernant ces Organisations non gouvernementales, Terena Hargous le martèle : ni la Diren ni le gouvernement ne travaillent « sous influence ». Elle explique pourtant, comme le ministre Taivini Teai l’avait déjà fait sur nos antennes au début de cette année, que des personnes travaillent à ses côtés à la Diren, sont payées par des ONG conservationnistes, en l’occurrence par Pew, présent depuis 2013 en Polynésie, et aujourd’hui associée à la fondation Bertarelli dans son action. Mais comme le ministre, elle assure que c’est bien le Pays qui définit et applique lui-même sa politique, reste « capitaine du va’a ».

« Je sais que ça peut soulever des questions. Mais je garantis, là aujourd’hui, qu’il y a une totale neutralité et qu’on n’est pas du tout influencés par les ONG. Elles nous accompagnent techniquement. Elles nous font du benchmark, nous financent. Quand on a besoin, par exemple, de faire venir les membres du comité local de l’aire marine protégée des Gambier pour une formation. Le financement du déplacement de ces personnes et des ressources humaines, c’est dans le même principe. »

À entendre la fonctionnaire, ces agents ne répondent pas aux ordres des ONG, n’en sont pas issus, sont recrutés localement et choisis par le Pays – même si l’ONG Pew avait diffusé elle-même des appels à candiatures pour un poste « intégré à l’administration » l’année dernière – et « ne sont pas du tout en lien avec les ONG »… « Si ce n’est pour faire du reporting de ce qui se passe, pour qu’ils puissent être informés ». Nul doute que ce montage continuera à interroger. 

Après la Diren, des agents de l’administration payés par les ONG à la DRM

« C’est nous qui gardons la main », répète Terena Hargous. Le pays a des objectifs, depuis longtemps d’ailleurs annoncés par Moetai Brotherson de créer des zones de protection forte dans la ZEE et si des ONG ou des fondations souhaitent financer ces projets et bien « allons-y ! ». Cela permet une meilleure réactivité, assure-t-elle. « Il faut cadrer et c’est cadré. Ce sont nos objectifs qui priment et ce sont les ONG qui viennent financer nos objectifs et pas dans l’autre sens. »

« Les ONG ne sont jamais venues me dire ‘il faut faire comme ci comme ça’ «  continue la responsable. « Nous, on s’aligne pas aux objectifs de ONG, on définit notre feuille de route et elle vont nous dire sur quelles actions elles souhaitent contribuer ». Le Pays semble donc à l’aise avec ce mode de fonctionnement qui interroge beaucoup les professionnels. Et il va même se développer. Après la Diren, d’autres agents payés par des ONG conservationnistes, au travers du Te Moana Collective, doivent être placés à la Direction des ressources marines, entre autres pour accompagner la pêche hauturière et renforcer « l’acceptabilité » des mesures de protection.

Le partenariat avec le Te Moana Collective, qui a promis 1,5 milliard de francs d’ici 2027 pour aider à la protection, au développement et à la gestion des AMP polynésiennes, se poursuit donc. Et ce même si le « véhicule juridique et financier » qui doit permettre le pilotage de ces fonds, entre le Pays, qui ne les encaisse pas directement, et les ONG, ne semble pas avoir été encore précisé. Outre le « renforcer les ressources humaines », ces aides privées doivent financer « des études, la surveillance des rahui, le suivi des captures de la pêche, des missions de concertation et à la mise en œuvre des plans de gestion ».

Le débat sur les aires marines protégées devrait continuer à l’assemblée où le gouvernement a déposé un projet de délibération portant avis sur ces arrêtés créant les nouvelles zones aux Marquises et aux Australes.

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