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Pays « téléguidé », pêche « handicapée »… Le Tavini demande un coup de frein sur les AMP


Alors que l’assemblée doit être consultée, pour avis, sur la création de deux nouvelles AMP au Nord des Marquises et au Sud des Australes, le Tavini s’est dit ce matin « fermement opposé » au projet. Tony Géros juge ces réserves inutiles au regard de la faible pression de pêche de la flotte locale, mais aussi handicapantes pour le développement économique et la souveraineté alimentaire. Le Tavini et son président Oscar Temaru, convalescent, voient derrière ces décisions l’ombre de l’État, pourtant pas associé et peu consulté par Moetai Brotherson sur ce dossier. Le président de l’assemblée pointe aussi, comme les pêcheurs, vers une influence des ONG.

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Après la levée de bouclier des pêcheurs, c’est sur le terrain politique que s’exporte le débat sur les aires marines protégées (AMP). Le Pays entend toujours ajouter aux 1,1 million de kilomètres carrés de la ZEE mis sous protection élevée l’année dernière deux AMP totalisant 500 000 km2, le long des frontières de la ZEE, au Nord des Marquises et au Sud des Australes. Un projet qui doit passer, pour avis seulement puisque le gouvernement peux l’acter par arrêté, par Tarahoi. Et le Tavini, plus important groupe de l’assemblée lui prépare un accueil des plus froids, comme l’a confirmé ce mercredi matin Tony Géros, « résolument opposé » a ces nouvelles zones de protection. Le président de l’assemblée et vice-président du parti demande au gouvernement de suspendre toute décision et de lancer de nouvelles consultations, notamment auprès des professionnels et des élus locaux.

« Pas logique du tout »

Le Tavini partage pour l’essentiel l’avis des armateurs et marins hauturiers, qui ont d’ailleurs rencontré des cadres du parti ces derniers jours. Pour Tony Géros la ZEE, « absolument pas surexploitée » en matière de thonidés, par une pêche palangrière locale aux volumes limités, n’a tout simplement pas besoin de grandes Aires marines protégées, qui seraient même, à l’entendre, contre-productives. « À côté nous avons certains États qui ont passé des traités de pêches avec certains pays, et certaines entreprises, dont les senneurs tournent autour de notre ZEE, rappelle le vice-président du parti. Donc nous, on protège notre zone, mais s’agissant de pélagiques hautement migratoires, une fois qu’ils auront traversé, ils vont être prélevés par les senneurs qui sont autour ». Le président de l’assemblée préférerait donc que le gouvernement, au lieu « d’handicaper » le développement économique », avance sur les objectifs d’autosuffisance alimentaire fixés de longue date. « Et notre ZEE est un terrain de prélèvement idéal pour avancer vers cette autosuffisance. Le fait de restreindre les zones de pêche dans cette ZEE n’est pas logique du tout et pas conforme à cette politique », pointe-t-il.

Tony Géros regrette au passage « l’ouverture de quotas sur les pastèques, les choux ou les œufs », et dresse un parallèle avec les pêches. Ces productions locales, d’après lui, sont perturbées par des initiatives de protection de l’environnement, notamment l’interdiction de certains pesticides. « Et ce sont des pesticides qui sont utilisés pour faire produire les aliments qu’on se retrouve à importer », regrette-t-il. La priorité pour le parti indépendantiste, c’est d’identifier auprès des pêcheurs et agriculteurs les moyens d’augmenter la production.

Le Pays « instrumentalisé » par l’État… 

Mais le Tavini attaque aussi les AMP sous l’angle de la souveraineté. Pas une surprise, puisque le parti, qui avait réussi à faire reconnaitre, dans les résolutions prises annuellement par l’ONU depuis la réinscription, les « droits inaliénables du peuple de la Polynésie française à la propriété, au contrôle et à l’utilisation de ses ressources naturelles », s’était déjà montré très critique envers la participation du Pays à l’Unoc de Nice. Une conférence des Nations-Unies sur les Océans organisée par la France, taxée à l’époque par le mouvement indépendantiste d’être un simple exercice de « bluewashing » des « grandes puissances », et où Moetai Brotherson avait annoncé le changement de statut de l’aire Tainui Atea qui couvre toute la ZEE. Les créations d’aires marines des mois suivants – sur lesquelles l’assemblée, alors dominée par le Tavini, avait pourtant émis un avis favorable – s’inscrivait dans cette lignée, comme les nouvelles AMP annoncée ces derniers jours pour l’anniversaire de l’Unoc.

Et comme il y a un an, le Tavini voit derrière ces démarches l’ombre de Paris. « Le gouvernement se laisse bercer d’illusions par l’État dont il se fait le porte-parole », lit-on ainsi dans un communiqué signé par Oscar Temaru, « en convalescence » dans sa famille, comme l’a précisé Tony Géros, après une hospitalisation. Le maire de Faa’a, toujours président du parti, estime que « l’État instrumentalise Maohi Nui pour apparaitre aux yeux de la communauté internationale comme le fer de lance en matière de protection des océans » tout en préparant une « appropriation progressive de notre territoire maritime et de ses richesses sous-jacentes ». Aucun doute pour l’ancien président du Pays, l’État, dans une « stratégie prédatrice », vise à terme une exploitation « avec ou sans notre consentement » et « pour son seul bénéfice » des ressources minières des profondeurs, mises sous cloche dans les AMP le temps que la technologie avance.

… Ou par les ONG ?

Une théorie qui a de quoi laisser perplexe. D’abord parce que l’État, s’il avait salué les annonces de l’année dernière, n’est pas impliqué dans la création des nouvelles AMP au sein de Tainui Atea, n’en a pas fait la demande et ne montre aucun signe d’adhésion à ce développement du réseau de réserves jugé trop rapide par beaucoup d’acteurs. Ensuite parce que Moetai Brotherson, qui a affiché de longue date ses propres ambitions en matière de zonage de la ZEE, accuse justement l’État de ne pas mettre suffisamment de moyens dans la surveillance de la zone et la gestion des AMP… Et se félicite au contraire du travail avec les ONG environnementales avec qui le Pays a formé un partenariat autour de la protection de l’Océan ces dernières années.  Ça n’empêche pas Tony Géros de reprendre à son compte l’analyse d’Oscar Temaru et l’idée d’un gouvernement « téléguidé », qui joue les « danseuses » pour Paris, là où le Tavini « veut exploiter » les ressources du Pays.

Mais le président de l’assemblée pointe aussi dans un sens bien différent : vers les ONG environnementales, déjà accusées par les pêcheurs de « phagocyter les administrations et les associations » et « d’influencer », par leurs idées conservationnistes, les décisions des autorités dans un sens « contraire aux intérêts de la Polynésie ». « Ces aires marines protégées, elles étaient déjà proposées par Pew il y a plus d’une dizaine d’années », relève Tony Géros, qui, comme les pêcheurs, s’interroge sur la présence « d’agents de Pew à l’intérieur des ministères ». « Si c’est le cas on est en plein conflit d’intérêts », lance l’ancien vice-président :

Des interrogations et des accusations qui ont été adressées, ce mercredi midi sur notre plateau, par Terena Hargous. La cheffe de projet à la Direction de l’Environnement a rappelé que ces nouveaux tracés d’AMP étaient nés d’un compromis entre les demandes anciennes des communautés des Australes et des Marquises, qui revendiquaient une protection bien plus large des eaux environnant leur archipel, et les intérêts des palangriers, qui n’ont que très peu pêché dans les zones retenues ces dernières années. La responsable a aussi démenti toutes ingérences extérieures : oui le Pays travaille avec des ONG environnementales, dont Pew Bertarelli et le Te Moana Collective, qui finance des projets, des missions ciblées, et même, effectivement, certains postes de chargés de mission. Mais aucun agent de Pew n’est intégré au ministère et la collectivité définit et applique elle-même sa politique, a-t-elle insisté.

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Jt Vert 11/06/2026

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