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« Notre pêche n’a pas été impactée négativement par les aires marines protégées »

Un an après les annonces de l’Unoc de Nice, le Conseil des ministres doit se réunir ce lundi matin pour acter la création, au large des Marquises et des Australes, de deux nouvelles Aires marines protégées (AMP). Ces 500 000 km² s’ajoutent au 1,1 million déjà interdits à la pêche palangrière. Incompréhensible pour les armateurs et marins hauturiers, qui entendent dénoncer, au moment même où le gouvernement se réunira ce lundi, la surenchère de zones de protection et les menaces qui pèsent sur leur activité. Difficulté d’export, perte du label MSC, baisse de rentabilité… Pour les président Moetai Brotherson, pourtant, ce ne sont pas les AMP qui sont responsables de ces difficultés, mais un contexte économique sur lequel le Pays veut « travailler » avec les professionnels.

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Il y a un an, le président Moetai Brotherson réunissait un conseil des ministres extraordinaire en visioconférence depuis Nice où s’ouvrait la Conférence des Nations unies sur l’océan (Unoc). La Polynésie, très représentée et décidée à s’ériger en « exemple » dans ce sommet mêlant états, collectivités, scientifiques, entreprises et ONG, annonçait alors que l’aire marine Tainui Atea, créée en 2018 et couvrant l’ensemble de la zone économique exclusive (ZEE) — soit près  de 5 millions de km² — allait être classée en aire marine protégée (AMP) de catégorie 6, intégrant ainsi la classification internationale. Avait suivi, après un passage par l’assemblée la création, au sein de ce vaste espace, d’aires marines protégées à plus haut degré de protection : 210 000 km² de protection côtière  autour de chaque archipel – où seule la pêche artisanale est autorisée – 220 000 km² de réserve intégrale à l’Ouest de la Société, à la limite de la ZEE des Cooks, et 680 000 km² de parc marin au large des Gambier.

Un effort de protection que le gouvernement a toujours affirmé vouloir poursuivre, malgré les discussions de plus en plus tendues avec une partie du monde de la mer. Et la Journée mondiale des océans de ce 8 juin fêtée un peu en avance ce weekend lors du festival Tainui Atea, était déjà depuis l’année dernière dans le viseur pour faire de nouvelles annonces. C’est désormais chose faite : depuis le parc Paofai, où étaient réunies associations environnementales, ONG partenaires et institutions, Moetai Brotherson a annoncé « qu’environ 500 000 km² » de zones de protection forte allaient être créés à l’intérieur de la ZEE, s’ajoutant aux 1,1 million de km² existants. Les nouvelles surfaces classées le sont au travers « de deux AMP supplémentaires : l’une au nord des Marquises et l’autre aux Australes » et une extension des protections côtières autour de certaines îles de ces archipels. Ces nouveaux tracés, qui englobent aussi des monts sous-marins au large des Marquises dont l’intérêt écosystémique est de plus en plus reconnu et créé un corridor de protection entre différentes zones classées des Marquises, étaient en discussion depuis plusieurs mois, avec les scientifiques, ONG, professionnels de la mer, mais surtout avec les élus locaux, notamment aux Marquises où les Hakaiki demandaient la création d’une vaste zone protégée tout autour de l’archipel. En mars, le ministre des Ressources marines Taivini Teai parlait, pour calmer les tensions, de « projets à l’étude », mais avait confirmé la création dès deux AMP la semaine dernière, comme s’en étaient fait écho nos collègues de Tahiti Infos. Elles seront actées ce lundi dans un nouveau Conseil des ministres extraordinaire, un an après celui de l’Unoc.

« Les choses bougent autour de nous, on ne peut pas rester immobile »

Le gouvernement met bien sûr en avant l’enjeu écologique de ces nouvelles zones de protection où la pêche industrielle est par principe exclue, mais qui devront faire l’objet de mesures de gestion spécifiques. Il sait aussi que les annonces de protection ont une forte résonance à l’international, et valorise l’image de la Polynésie comme une destination respectueuse de l’environnement. Mais les AMP ne font pas que des heureux, loin de là. Dès le mois de mars, les pêcheurs hauturiers étaient partis en campagne contre la « surenchère de zones protégées ». Et ils n’ont pas depuis désarmé : ce lundi matin les professionnels, au moment même où le gouvernement se réunira pour acter ces nouvelles aires, ont prévu de prendre la parole depuis le port de pêche de Papeete pour dénoncer les menaces qui pèsent sur leur activité. Difficultés à l’exportation, suspension depuis la fin du mois d’avril du label MSC, qui certifie la durabilité des pêcheries, baisse globale du chiffre d’affaires… Les professionnels n’ont pas changé de discours : vu l’effort de pêche plus que modeste dans l’immense ZEE et les pratiques durables des palangriers locaux, loin de celles des senneurs actifs dans les pays voisins et les eaux internationales, ce n’est pas à la Polynésie de s’imposer des contraintes. Ces AMP, taillées pour rester fixes pendant des décennies, vont handicaper le développement d’une filière pourtant régulièrement au centre de beaucoup d’ambitions politiques.

Un discours auquel Moetai Brotherson répond d’avance. « On a déjà une certitude, c’est que depuis l’instauration des aires marines protégées l’an dernier, on n’a pas eu de diminution des captures, donc notre pêche n’a pas été impactée négativement par la mise en place de ces premières AMP », explique le président. « Aujourd’hui, il faut tenir compte de l’environnement mondial. Autour de nous, les choses bougent. Certains pays veulent s’engager dans l’exploitation des fonds sous-marins, d’autres ont rouvert. Par exemple, les États-Unis ont rouvert des zones de pêche dans ce qui était autrefois un sanctuaire, une AMP de classe 1 et 2″, poursuit Moetai Brotherson, qui estime que, du côté de la Polynésie, « on ne peut pas rester immobile »

Aider la filière, mais pas reculer

Concernant la baisse du chiffre d’affaires évoquée par les professionnels, « c’est quelque chose de différent », répond le président. « Un chiffre d’affaires ce sont des charges à mettre en regard de recettes. Il y a des choses qui ont augmenté au niveau des charges », précise-t-il en citant notamment les hydrocarbures et les tarifs qui ont été mis en place à l’importation par le président des États-Unis ont « beaucoup impacté notre capacité à l’export ». « Tout ça, on en est conscient », assure Moetai Brotherson. 

« Ce qu’on va faire dans les mois qui viennent, dans les semaines qui viennent, c’est qu’on va travailler avec nos pêcheurs pour voir comment on peut les aider. Parce que si le volume de pêche ne diminue pas, c’est vrai qu’on observe des difficultés en termes de recettes et donc c’est là-dessus qu’il nous faut travailler ensemble », rassure le président du Pays. 

En clair : le gouvernement veut bien discuter, mais ne reculera pas sur ces AMP. Les pêcheurs hauturiers auront l’occasion, à leur tour, de répondre, ce lundi matin, depuis le port de pêche où une conférence de presse est organisée par l’association des armateurs hauturiers et le syndicat des marins pêcheurs palangriers.

Alexandra Perrini et Charlie Réné

Quid du soutien financier à 1,5 milliard de francs du Te Moana Collective ? 

C’est un des arguments qui a été avancé par le gouvernement lors de la transformation de Tainui Atea en aire marine protégée : ce nouveau statut devait permettre d’attirer des financements internationaux. Et effectivement, en février, un collectif d’ONG environnementalistes internationales, parmi lesquelles Pew Bertarelli, la Bezos Earth Fund, la fondation Wyss et Oceans5, s’est engagé à accompagner les projets de protection du Pays à hauteur de 15 millions de dollars d’ici 2027. Devant les interrogations qu’a soulevées ce partenariat, à l’œuvre pour l’organisation du festival Tainui Atea, le gouvernement expliquait alors que les modalités de coopération avec ce Te Moana Collective, et donc d’utilisation de l’argent, qui n’est pas directement versé aux autorités, restaient à définir.

« Ces fonds sont effectivement bien débloqués et fléchés sur plusieurs types d’actions », assure aujourd’hui Moetai Brotherson. Le président du Pays cite « la mise en place des outils de monitoring », c’est-à-dire que ces fonds servent d’une part à financer les moyens technologiques et humains nécessaires à la protection des eaux. « Une autre partie est fléchée justement sur l’étude des modèles alternatifs économiques qui viendraient compenser les restrictions qui sont associées aux AMP ».

En exemple, le président évoque notamment l’absence de clubs de plongée au Gambier en raison du « manque des équipements très précis qui sont absolument nécessaires quand on veut développer une activité de plongée ». Une partie des budgets de ces ONG sont utilisés pour pouvoir mettre en place les infrastructures et le matériel, « qui permettront demain de voir émerger au Gambier, des activités nouvelles ». À noter qu’il ne s’agit pas d’un virement instantané reçu par le Pays. « On identifie des projets, on identifie des lignes de financement et donc les fonds sont débloqués au fur et à mesure », précise Moetai Brotherson. 

 

 

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