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Aérien : la guerre en Iran s’éloigne, pas les surcoûts carburant

Après l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, les cours mondiaux des hydrocarbures ont chuté ce lundi. Mais pour les compagnies aériennes polynésiennes, l’heure n’est pas encore au soulagement. Car le prix du kérosène, acheté à l’avance et pas immédiatement livré, va encore peser pour de longues semaines sur les résultats et les prix des billets. Chacun s’y est préparé : la semaine dernière, Lionel Guérin parlait de « surcoûts de 3 milliards de francs » en 2026 pour ATN, heureusement aidée par une subvention du Pays. Édouard Wong Fat les estimait au même moment à 835 millions « sur l’année » pour Air Tahiti. La paix au Moyen-Orient, si elle est durable, devrait bien sûr alléger la note. Mais ces secousses n’aident pas des opérateurs déjà fragilisés, et qui maintiennent toutefois leurs projets. 

Les États-Unis et l’Iran ont signé un accord-cadre ce lundi pour mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient, entamées à la toute fin du mois de février. Dès l’annonce de cette porte de sortie au conflit – même si le protocole en question n’a pas toujours pas été détaillé, et qu’il doit encore être suivi d’un réel accord de paix, qui sera négocié dans les deux prochains mois – les cours mondiaux des hydrocarbures ont plongé, passant sous la barre des 83$ le baril de brent ce lundi soir. C’est plus que les 60 à 70 $ d’avant crise, mais bien moins que les 120$ qu’avaient atteints les cours, sur un marché très volatil ces dernières semaines.

Un soulagement pour de nombreux secteurs d’activités touchés par cette flambée pétrolière qui a atteint, outre le fret international, l’industrie chimique, l’agriculture, gourmande en carburant et en engrais, l’industrie ou encore le BTP. le transport aérien, première victime de la crise iranienne devrait de son côté prendre davantage de temps à se réjouir. Notamment en Polynésie où la baisse des cours du brut ne s’observera pas avant de longues semaines dans les comptes des compagnies locales comme internationales. Aux délais de livraison du kérosène au fenua s’ajoute celui des contrats d’approvisionnement signés parfois plusieurs mois d’avance. Les opérateurs aériens du pays, déjà fragilisés par un contexte concurrentiel intenable et plusieurs années de déficits avant la guerre au Moyen-Orient, devrait donc en souffrir encore un moment.

« Choc majeur » mais actionnaire au rendez-vous pour ATN

Leurs dirigeants, eux, ont depuis longtemps sorti la calculette. Ainsi Lionel Guérin, directeur général d’ATN avait rappelé dans le Le Journal du dimanche, le 7 juin que le budget de la compagnie avait été calculé pour l’année 2025 sur la base d’un baril de jet fuel à 90 dollars. En pleine guerre au Moyen Orient, « il fluctuait entre 150 et 200 dollars », ce qui a fait monter la partie carburant de « 25% à 40% » sur le prix de revient des vols. Ce surcoût, le DG nommé en début d’année l’évaluait alors à 3 milliards de francs pour l’année, une estimation qui incluait les tarifs dans les différentes escales desservies par Air Tahiti Nui et qui tablait sur une baisse progressive des cours dans les mois à venir. La fin du conflit pourrait faire dégonfler la note qui restera tout de même, comme l’annonçait le DG au JDD, « un choc majeur » pour la compagnie du Pays, en pleine réflexion sur ses destinations (fermeture de Seattle, réouverture de Sydney…), sur sa flotte et toujours à la recherche d’un partenaire international.

Dans la même interview, Lionel Guérin se veut rassurant, expliquant que le Pays joue « son rôle d’actionnaire », avec l’adoption dans le collectif budgétaire du mois de mars, justement consacré à l’amortissement de la crise au Moyen-Orient, d’une subvention de 2,4 milliards de francs pour Air Tahiti Nui. Une partie du surcoût kérosène de la crise a donc été pris en charge par la collectivité et une autre amortie par la « couverture carburant » d’ATN et par l’augmentation des prix des billets, explique le dirigeant, aussi président d’Air Moana. La jeune compagnie locale est pour l’instant restée discrète sur les conséquences des caprices pétroliers pour son activité.

« Vents contraires » mais trajectoire intacte pour Air Tahiti

Édouard Wong Fat, en revanche, s’est exprimé sur ces nouveaux « vents contraires » pour Air Tahiti, auprès du site spécialisé Tourmag, le 8 juin dernier. Le directeur général de la compagnie domestique historique estimait alors à 835 millions de francs le surcoût du carburant « d’ici la fin de l’année ». Là encore, la trêve entre l’Iran et les États-Unis n’a pas d’effet immédiat mais la note devrait tout de même être moins salée si les cours mondiaux s’apaisent.

Le dirigeant, avant même la signature d’un accord de paix, se montrait quoiqu’il arrive optimiste, parlant de « difficultés ponctuelles » pour une compagnie qui « entend poursuivre résolument sa trajectoire de développement », et qui compte, dans ces turbulences mondiales, sur « l’image de la Polynésie comme destination refuge » pour maintenir son activité. Le directeur général de la compagnie aux 1600 collaborateurs confirme au passage la réception du premier ATR 72 100% business, qui devrait être faite au Bourget fin septembre.

Deux projets d’avenants pour la DSP d’Air Tahiti

Édouard Wong Fat note, dans son interview à Tourmag, que la capacité des opérateurs locaux à répercuter les hausses de coûts sur les tarifs sont « limitée, ceux-ci étant aujourd’hui encadrés par les pouvoirs publics ». Notamment sur les 32 petits aérodromes couverts par la Délégation de service publique accordée à Air Tahiti depuis 2021. Et cette situation est confirmée par la publication, il y a quelques jours d’un projet d’avenant à la convention de DSP dans laquelle le Pays constate officiellement que la surcharge carburant prévue au contrat n’a pas suffi à répercuter les surcoûts de ces dernières semaines. Une nouvelle grille tarifaire y est donc attachée et d’autres discussions doivent avoir lieu et des discussions sont en cours pour « une revalorisation formelle des plafonds tarifaires et permettre la génération de recettes supplémentaires ». Pas d’indication à ce stade, sur la date d’entrée en vigueur de cet avenant, qui était accompagné d’un autre au Journal officiel. Ce deuxième projet, pas encore signé, prolonge la DSP d’Air Tahiti d’un an. Une volonté affichée depuis plusieurs mois par le gouvernement, mais sur laquelle la compagnie domestique a posé des conditions claires depuis tout aussi longtemps. Reste à savoir si ces demandes seront honorées à temps : la DSP actuelle arrive à échéance le 30 juin.

 

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