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Lionel Guérin : Air Tahiti Nui « a un cap clair », et « tout le monde est derrière »


Pour son directeur général, ATN a « montré toute sa résilience » dans la crise pétrolière, qui s’apaise sans complètement s’éloigner. Certes la compagnie a engrangé d’importants surcoûts, mais la « mobilisation des équipes », les réorganisations internes, qui ont fait gagner en « agilité », « l’accélération de la prise de décision », vont permettre, selon le dirigeant, qui salue aussi l’aide financière du Pays, un atterrissage sans encombre des comptes 2026. Les ambitions – reconquête de 50% du marché et rentabilité sous trois ans – sont maintenues, les projets aussi : en plus du rétrofit des cabines, et de la préparation de la réouverture de Sydney, ATN veut « sauver » la ligne de Narita, qui sera désormais exploitée à l’année.

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« ATN a montré toute sa résilience » dans la crise des carburants. Alors que les cours mondiaux des hydrocarbures ont arrêté de flamber, et même si le feu couve toujours au Moyen-Orient, Lionel Guérin a pu rassurer, lundi, son conseil d’administration, sur « l’atterrissage » des comptes 2026 de la compagnie. Le directeur général nommé en février estime ce jeudi au micro de Radio 1 que, malgré la volatilité du prix du « jet fuel » ces derniers mois, Air Tahiti Nui devrait réussir, sauf nouvel embrasement pétrolier, à « compenser » les effets de la crise cette année. Le dirigeant, qui a fait valider à l’unanimité, lors du conseil d’administration, un retrofit complet des cabines des Dreamliners à partir de fin 2028 et l’achat de quatre appareils neufs pour la filiale Tahiti Nui Helicopters, confirme donc, malgré les turbulences de ces derniers mois, le « cap clair » de la compagnie vers un retour à la rentabilité « sous trois ans maximum ».

« Année de transition »

Certes, ATN avait tablé, dans son budget 2026 sur un baril de jet fuel à 90$, là où la moyenne observée ces derniers mois, dans les différentes destinations où s’approvisionne l’opérateur polynésien, est plutôt proche des 140$. Certes le surcoût de carburant, comme le dirigeant l’avait déjà expliqué dans les pages du JDD, devrait se chiffrer à « environ 3 milliards de francs » sur l’année, toujours en comptant sur une fin des hostilités autour de l’Iran. Mais alors que les « crises font toujours des gagnants et des perdants », plusieurs facteurs permettent à Lionel Guérin d’espérer placer la compagnie dans la première catégorie. ATN a d’abord pu amortir les hausses de cours par d’importantes couvertures carburants – des achats en avance, à prix négociés – actées par l’ancienne direction. Ensuite, la compagnie a profité d’une activité plus marquée que prévue de ses Dreamliner, entre autres grâce aux six allers-retours vers Nouméa, pour le compte d’Aircalin, qui a traversé d’importants ennuis techniques ces derniers mois. Des prestations rendues possibles, pointe Lionel Guérin, par un gain « d’agilité » et de « réactivité » commerciale et opérationnelle, grâce à une « mobilisation des équipes » et une série de réorganisations permettant des décisions « beaucoup plus rapides ».

S’ajoutent, côté financier, des hausses tarifaires « limitées », d’après le DG, qui se coordonnent avec un effort promotionnel sur la classe économique. La subvention à 2,4 milliards de francs de Pays, votée en avril à Tarahoi, mais que ATN ne touchera que plus tard dans l’année, va bien sûr aussi peser. Lionel Guérin salue un Pays qui a « joué son rôle d’actionnaire » largement majoritaire, avec environ 85% du capital de la Sem. Cette « année de transition », dans le plan fixé à son arrivée, devrait donc, au final, retomber peu ou prou sur les prévisions du début d’année. Et le directeur général est donc en mesure de réaffirmer les objectifs posés en février. « Un, l’objectif, c’est de repasser au-dessus de 50% de parts de marché sur notre territoire (contre 43,8% en 2025, ndr). Deuxièmement, c’est de préparer l’avenir en étant toujours en avant sur notre immersion polynésienne et sur notre qualité de service, ce qui est le cas, mais avec des cabines adaptées. Et troisièmement, c’est de redevenir rentable. C’est-à-dire que c’est une compagnie qui appartient aux Polynésiennes et aux Polynésiens. Mais il s’agit qu’elle soit rentable pour l’avenir, qu’elle puisse se développer et réinvestir à nouveau sur de nouvelles machines, pour nos clients ».

Unanimité du CE

Un horizon de rentabilité toujours fixé à trois ans. « Bien sûr, on est pas à l’abri d’une nouvelle crise », précise tout de même Lionel Guérin, et « cela demandera plus d’exigence et de réactivité », mais « c’est toujours le cap ». Pour le tenir, la direction compte surtout sur un bon fonctionnement de ses services, qui rassemblaient, fin 2025, 729 collaborateurs. « J’ai pris mes fonctions il y a un peu plus de quatre mois maintenant, et on a déjà procédé à trois réorganisations – exploitation, fonction centrale et commercial – pour rendre beaucoup plus réactive la compagnie, beaucoup plus agile dans le ‘time to market’. Et ça a été fait, j‘en suis vraiment satisfait, à l’unanimité du comité d’entreprise. Tout le monde est derrière. Tout le monde est motivé par ce cap clair : reconquête de part de marché, reconquête de la clientèle et des troupes hyper motivées et très professionnelles ».

Des équipes qui devraient participer, ces prochains mois, à la définition des besoins sur le chantier de « retrofit » des cabines prévu pour débuter fin 2027 et dont une partie est déjà engagée sur la préparation de l’ouverture de la ligne de Sydney, toujours prévue pour le 14 décembre. Une tournée promotionnelle baptisée « Tahiti Looks Nice ! » a été lancée avec Tahiti Tourisme dans les grandes villes australiennes fin juin et la direction travaille dans le même temps à des codeshares pour permettre des liaisons supplémentaires, notamment avec Qantas pour accéder à d’autres aéroports australiens et régionaux.

Narita à l’année en 2027

Des discussions sont en cours avec d’autres compagnies australiennes mais aussi chinoises, pour des codeshares envisagés sur Sydney et sur Narita. Car côté Asie, les doutes sur le maintien de la desserte du Japon semblent s’être dissipés. « On veut sauver cette ligne », insiste Lionel Guérin, « elle contribue quand même au résultat, puisqu’elle a une marge sur coût variable positive. On la poursuit l’année prochaine, et c‘est une grande nouvelle aussi, on ne fermera plus la ligne en juillet et août, comme c’était fermé cette année. Donc on la poursuit sur 12 mois. Et on investit en termes de marketing, d’alliance avec les compagnies chinoises, notamment, qui transitent par Narita ».

Parmi les autres propositions de l’étude de route livrée l’année passée que Lionel Guérin « garde en tête » : la réouverture d’un deuxième hub américain. Dallas, San Francisco, retour à Seattle, fermé en janvier pour cause de déficit ? Toutes les options restent ouvertes, mais le directeur général rappelle que « beaucoup de chantiers ont déjà été lancés ». « On ne peut pas lancer toutes les études en même temps », tempère le dirigeant. « Mais on est en train d’avancer ».

 

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