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« Certaines décisions des autorités ne sont pas en adéquation avec la réalité » des entreprises

Le 23 avril dernier, Terainui Hamblin-Ellacott était élue pour succéder à Kelly Asin-Moux, à mi-mandat, à la tête de la CCISM. Invitée sur Radio 1, elle dit avoir, depuis, multiplié les rencontres pour « repositionner » la CCISM en tant que « porte-parole de l’ensemble des entreprises ». La présidente pointe les lenteurs administratives qui « freinent » des projets et font « mourir des entreprises avant qu’elles ne naissent », et demande à ce que la chambre soit « sollicitée en amont » sur les projets affectant le monde économique, pour éviter un « décalage » entre les décisions publiques et la réalité du terrain. Elle regrette au passage le « flou » autour du RNS, qui « ralentit toute l’économie ».

Il y a encore quelques mois, la CCSM, elle était plutôt très masculine, avec peu de représentantes féminines. Votre élection change un peu la donne…

C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup de femmes aux commandes de la CCISM. Je fais partie de la même équipe que Kelly Asin-Moux, nous avons été élus pour cinq ans et en milieu de mandature, il y a cette possibilité de changer de président. Après une première phase de restructuration de la CCISM avec Kelly Asin-Moux, on m’a passé le relais pour la phase de mise en application.

« En tant que femme, il faut accepter et prendre certaines fonctions »

La question de passer le relais à une femme pour prendre la tête de la CCISM s’est posée ?

C’est vrai que ça a été un sujet. Le fait que je sois une femme était peut-être plus adapté au contexte. J’espère pouvoir honorer les femmes parce que ce n’est pas facile dans le milieu de l’entrepreneuriat. En tant qu’élues femmes, nous sommes en minorité à la CCISM. Alors qu’il y a beaucoup de femmes qui se lancent dans l’entrepreneuriat, mais je pense qu’elles ne sont pas suffisamment mises en avant. Je fais partie de celles qui disent aussi que c’est nous-mêmes qui ne nous mettons pas assez en avant. On refuse des postes parce que ce n’est pas forcément le bon moment dans nos vies de famille, dans nos vies personnelles. Mais à un moment donné, il faut accepter et prendre certaines fonctions.

Quand Kelly Asin-Moux vous a proposé de prendre la présidence, vous avez tout de suite accepté ?

Pour être honnête, non. J’ai mis un peu de temps à accepter. Ce poste de président de la CCISM, c’est du bénévolat et beaucoup de travail, de coordination. J’ai la chance de pouvoir travailler avec une directrice générale, en place depuis presque un an et demi, Taina Denis, avec qui on travaille très bien. Mais à côté de ça, j’ai des entreprises à gérer, je me dois d’être présente et de mettre la main à la pâte.

De manière générale, quels sont vos objectifs pour la CCISM ?

Mon engagement est avant tout de pouvoir aider les entreprises à faciliter la création d’entreprises et de les aider à perdurer. L’envie de lancer son entreprise est là, mais au bout de quelques années, les difficultés commencent à arriver avec des problèmes de gestion. J’ai rejoint la CCISM pour ça, mettre en place un système pour faciliter la création d’entreprises et permettre aux entrepreneurs d’avoir des formations pour assurer leur croissance et leur pérennité.

« Certaines décisions des autorités ne sont pas forcément en adéquation avec la réalité »

La CCISM peut vraiment faire la différence ? Certains la voit comme un vieil organisme un peu sclérosé, qui n’est pas trop en prise avec son temps…

Ce n’est pas la réalité. Mais c’est vrai que la CCISM doit prendre le virage de la modernisation. Et c’est exactement ce que l’équipe de direction fait avec la mise en place de la dématérialisation. C’est un gros chantier qui est en cours. Nous faisons en ce moment même des tests. Il y a également des formations aujourd’hui sur l’IA, des rencontres dédiées aux entrepreneurs qui ont lieu une fois par mois et puis les Journées de l’entrepreneur qui auront lieu du 5 au 7 octobre. Un événement qui nous tient à cœur, qui permet de faire une passerelle entre le public et le privé. Certaines décisions des autorités ne sont pas forcément en adéquation avec la réalité. Ce seront trois jours dédiés aux thématiques propres aux entreprises sur lesquelles parfois on a besoin des politiques.

Vous voulez parler des freins aussi dans l’administration ?

Quand on lance une entreprise, on a besoin de pouvoir démarrer maintenant. Quand on signe un bail commercial avec nos propriétaires, on commence à payer. Donc, le top départ, il est là. Et malheureusement, on attend peut-être une autorisation de l’hygiène ou que la direction de l’aménagement passe. Mais pendant qu’on attend, on ne fait pas rentrer d’argent. Il faut que l’administration soit plus efficace. Et qu’elle se rende compte que freiner une entreprise et la faire attendre un mois, deux mois, trois mois, c’est la faire mourir avant qu’elle naisse. Et ça, ce n’est pas tolérable.

Il y avait des problèmes concernant l’obtention du Kbis, beaucoup de retard mais tout ça est réglé ?

Ça va beaucoup plus vite. En fait, le seul souci qu’on a encore aujourd’hui, c’est le rattrapage. Des dossiers qui ne sont pas encore réglés. Une nouvelle greffière est en place depuis un peu moins de six mois et elle a mis les bouchées doubles pour répondre plus rapidement aux demandes des entrepreneurs.

Est-ce que les entrepreneurs s’inquiètent aussi de la situation politique avec un gouvernement qui n’a plus de majorité à l’Assemblée ?

Le premier semestre a été compliqué, toute décision politique nous met en attente. En tant qu’entrepreneurs, quand une décision politique va impacter directement nos charges, on met nos investissements et nos embauches en stand-by et on attend de voir. Avec la réforme du RNS, il y a eu un flou.

Elle a été adoptée puis abrogée mais continue aujourd’hui de s’appliquer.

Depuis février, on met tout en stand-by. Que ce soit les grosses entreprises, les moyennes, les petites, on attend de voir comment ça va évoluer. Ça ralentit toute l’économie, ça ralentit les embauches, et ce n’est pas bon pour l’économie. D’autant plus avec ce qu’il se passe à l’étranger. On appréhendait la hausse du prix du carburant. C’est arrivée. On a vu un impact sur l’augmentation des prix pour toutes les entreprises.

Quel est le rôle de la CCISM dans tout ça ? Est-ce que vous, vous allez à la rencontre des politiques pour essayer de discuter, de dire les préoccupations des entrepreneurs ?

Quand j’ai pris la présidence, nous avons souhaité repositionner la CCISM. Elle représente l’ensemble des entreprises du fenua et on se doit d’être leur porte-parole. Nous avons fait la tournée de toutes les institutions. Nous voulons être sollicités en amont sur les dossiers. On est sollicité lorsque ça passe en commission à l’Assemblée. Mais c’est presque trop tard. Le projet de loi du Pays est écrit, il est passé au Cesec où nous avons un représentant, après ça part à l’assemblée et voilà. À part essayer de faire passer des amendements, c’est compliqué. Nous voudrions être intégré dès la phase de réflexion.

« L’idée est de discuter ensemble et d’éviter ce décalage entre le public et le privé »

Qu’ont répondu les partenaires ? Sont-ils prêts à vous intégrer aux discussions ?

Je pense qu’on a réussi à repositionner la CCISM pour être mieux entendu. Lors des Journées de l’entrepreneur, nous aurons des tables rondes avec les différents ministres en charge de l’Économie, de l’Emploi, de la Fiscalité. L’idée est de discuter ensemble et d’éviter ce décalage entre le public et le privé.

On va parler aussi des projets de la CCISM. En 2023, on parlait d’un futur bâtiment tout neuf, le pôle de convergence économique, c’était le projet de Stéphane Chin Loy.

Le projet n’est plus d’actualité. Nous avons prévu de rénover l’ancien bâtiment qui se trouve face à la Socredo, le réaménager et ouvrir des espaces publics pour toute la partie formalité. On espère terminer à la fin de notre mandature, d’ici deux ans et demi.

Le groupement Egis-CCISM gère trois aérodromes, Bora Bora, Raiatea et Rangiroa et a candidaté aussi pour la concession de Tahiti-Faa’a. Pourquoi la CCISM se lance dans la gestion de ces grosses infrastructures ?

Partout dans le monde, notamment en Nouvelle-Calédonie, les CCI gèrent des aéroports. Ça fait partie également des missions de gérer des infrastructures portuaires ou aéroportuaires.

La CCISM propose aussi des formations mais Poly3D s’arrête, quels sont vos projets sur le numérique ?

Nous espérons lancer un campus qui réunira l’ensemble des formations dédiées au numérique aussi bien aux entrepreneurs, qu’aux salariés et également aux jeunes. Concernant l’école de commerce, elle en cours de validation pour intégrer le réseau français d’écoles supérieures en gestion et commerce, l’EGC business school.

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