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60 ans d’Aldébaran : deux jours pour « regarder l’histoire en face »

Soixante ans après l’explosion de la première bombe des essais nucléaires au-dessus de Moruroa, le Pays organise deux jours de commémoration, les 2 et 3 juillet, pour « ne pas oublier ». Entre performances artistiques, films documentaires, expositions et tables rondes avec associations et chercheurs, il s’agit de réfléchir à la façon de parler de cette histoire aujourd’hui et continuer à transmettre cette mémoire aux jeunes générations. Pour Titaua Peu, la déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, il est important de « connaitre et comprendre cette histoire » alors que les esprits, des anciennes générations, sont « loin d’être apaisés ».

Pour Titaua Peu, la déléguée au suivi des conséquences des essais nucléaires, le débat est toujours « vif ». D’ailleurs, les affiches interpellent les passants et certains n’hésitent pas à s’arrêter pour dire ce qu’ils pensent de tout ça. Des idées souvent bien arrêtées de cette histoire du nucléaire : les mensonges de l’Etat, la culpabilité des Polynésiens, le profit que certains en ont fait, les conséquences sociales, environnementales, économiques…

Le premier essai nucléaire a 60 ans. Cette bombe appelée Aldébaran a été la première de 193 essais menées entre 1966 et 1996 en Polynésie française. Le gouvernement voulait profiter de cette date pour organiser deux jours de commémoration et de débats aussi sur cette histoire. D’autant que les mémoires, surtout de « l’ancienne génération », sont « loin d’être apaisés » comme le dit Titaua Peu. « C’est pourquoi ces deux jours sont très importants, pour que nous, nous puissions regarder notre histoire en face. Mais aussi partager des terrains d’entente face au scandale du nucléaire. En fait, le débat est encore vif. En tout cas, pour une certaine génération. »

Pour la déléguée au suivi des conséquences du nucléaire, la science permet aujourd’hui d’éclairer les zones d’ombre. Un projet a d’ailleurs été lancé sur l’île de Tureia par la commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) pour questionner les données de l’armée sur les retombées des essais sur cet atoll. Bruno Chareyron, conseiller scientifique à la CRIIRAD, présentera ce programme lors d’une table ronde vendredi, initié après la publication du livre Toxique, qui a révélé que les données de l’armée et du CEA « n’étaient pas correctes ».

Des aito de Moruroa transformés en œuvres d’art

Ce sont aussi des artistes en devenir du centre des métiers d’art qui révéleront leurs sculptures à partir de aito provenant de Moruroa. « La mémoire peut se sculpter, se peindre, s’incarner », s’enthousiasme le président du Pays, pour qui c’est le symbole d’une jeunesse « qui s’empare de cette histoire ». Titaua Peu rassure ceux qui s’interrogeraient sur la sécurité des artistes, « des prélèvements ont été faits sur ces aito qui se sont révélés non radioactifs ». Ces sculptures sont aussi la preuve, pour la déléguée de la DSCEN, que les Polynésiens « sont capables de résilience face aux essais ».

Ces œuvres devront ensuite être installées au centre de mémoire Te Pu Mahara ‘atomi qui est « en bonne voie », assure Titaua Peu. La déléguée avait été nommée à la DSCEN en pleine débâcle du conseil scientifique pour ce centre de mémoire. Deux des 28 membres, Bruno Saura et Tamatoa Bambridge, avaient évoqué leur emploi du temps chargé pour démissionner, tandis que d’autres s’étaient simplement détournés des travaux. Mais l’ordre est revenu, un « avant-projet scientifique » a été validé par le président du Pays et un appel d’offre pour trouver un programmiste va être lancé. Un comité de rédaction « plus ouvert » a également été installé, en intégrant de nouveaux chercheurs polynésiens, plus jeunes, auteurs, eux aussi, de recherches sur le fait nucléaire, qui ont « moins d’a priori » et « moins de colère », selon Titaua Peu.

Il est prévu la dépollution et la rénovation de l’hôtel de la Marine actuel, des travaux qui doivent être lancés en septembre, en même temps que le comité de rédaction continuera à travailler « beaucoup plus sereinement », espère Titaua Peu, sur les parcours, les expositions permanentes et le contenu de ce centre de mémoire, qui devrait ouvrir d’ici deux à trois ans.

Les commémorations d’Aldébaran se tiennent jeudi 2 (7h30 à 17h30) et vendredi 3 juillet (de 8h à 18h), dans les jardins Pu Mahara, face au parc Bougainville. Le programme sur la page de la Délégation au suivi des conséquences des essais nucléaires. 

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