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Bières et démons ne font pas bon ménage

Un septuagénaire comparaissait ce mardi pour violences aggravées par deux circonstances. À savoir l’emprise de l’alcool et l’utilisation d’une arme, en l’occurrence un sabre d’abattis avec lequel il a attaqué son beau-frère au cours d’une dispute, en novembre dernier à Uturoa. Résultat : une plaie de 15 cm à la gorge dont le prévenu assure qu’elle n’est pas de son fait mais de celui d’un « démon » qui aurait guidé son bras. Un esprit qui serait celui du père de la victime revenu d’entre les morts pour châtier son propre fils.

Les férus de la variété des années 80 connaissent bien les démons de minuit qui nous entrainent au bout de la nuit, mais un peu moins ceux qui prennent possession de notre corps pour commettre l’irréparable. Et ce n’est pas plus mal, si l’on en croit un septuagénaire qui comparaissait ce mardi pour violences aggravées.

Les faits se sont déroulés à Uturoa en novembre 2025. La victime, un quinquagénaire, se rend chez l’accusé, qui est son beau-frère, avec à la main un pack de bières chaudes. Il demande au septuagénaire de mettre les bières au frais et en attendant qu’elle soient consommables lui demande s’il n’en a pas de fraîches. Le septuagénaire acquiesce et tous deux commencent à boire. Il est 10 heures du matin. La journée se passe, et vers les 18 heures, les deux hommes, plus très frais, entament une discussion au sujet d’une femme. Et la bonne entente qui régnait tourne alors au vinaigre.

La victime se montre virulente envers la femme censée être au centre de la discussion alors que l’accusé prend sa défense. Il s’avèrera qu’ils ne parlaient pas de la même personne, un quiproquo. Quoiqu’il en soit, l’accusé demande à son beau-frère de partir, le quinquagénaire bien imbibé – il a bu trois packs de bières – refuse, renverse la table et saisit à la gorge le septuagénaire. Celui-ci réussit à s’échapper de la prise et va dans la cuisine pour en revenir armé d’un sabre d’abattis avec lequel il lui porte un coup à la gorge.

« C’est l’esprit de son père qui voulait que je lui tranche la gorge »

« Pourquoi vous avez pris un couteau ? » interroge le juge, « c’est l’esprit de son père qui voulait que je lui tranche la gorge » explique le septuagénaire sans se démonter. Le juge ne comprend pas tout de suite, « il était là le père ? » « Ben oui, c’est un démon. » Et de se lancer dans une explication où l’on comprend que l’esprit du père de la victime, avait forcé le bras de l’accusé alors que celui-ci avait placé la lame du couteau sous la gorge de son adversaire. Il ajoute aussi que le terrain sur lequel il vivait était connu pour être hanté par des esprits.

Il l’assure, « ce n’est pas moi qui ai été chercher le grand couteau et qui a tranché la gorge, c’est son papa. Le démon est venu pour me tirer le bras. » À la question « mais pourquoi le père de la victime voulait le tuer ? » Il élude, « il en avait marre, il a eu dix gosses. » À noter que c’est la première fois que l’accusé avance cette explication plutôt ésotérique, misant peut-être sur un juge ouvert aux sciences occultes. En garde à vue il n’a jamais évoqué une intervention démoniaque, sinon il aurait eu le droit à un examen psychiatrique approfondi.

La seule explication qui tient la route, c’est celle de la défense qui avance qu’étant donné que la victime mesure 1,95 m et que son client est âgé et fluet « il a été chercher une arme car il se défendait d’une agression ». « Mais, concède-t-il, on est passé à un millimètre d’un drame absolu. »

Après en avoir délibéré le tribunal a condamné le septuagénaire à une peine de trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire assorti d’une interdiction de détenir une arme et de rentrer en contact avec la victime.