
Tout juste de retour du Timor oriental, Tepuaraurii Teriitahi, Moerani Frebault et Benoit Kautai ont tiré le bilan de cette première participation au séminaire du comité spécial de décolonisation de l’ONU. Un C24 où le Tavini développe un discours « loin des préoccupations des Polynésiens » et des « réalités du terrains », le tout « au frais et au nom des institutions », et avec l’appui de pays comme l’Azerbaïdjan, le Venezuela ou la Russie, dénonce la délégation autonomiste. Après « dix ans de lobbying » indépendantiste, les élus Tapura insistent pour qu’une mission de l’ONU vienne se faire une idée « d’elle même » de la situation au fenua. Ce que l’État, malgré un consensus local bien installé, n’a jamais accepté.
De Dili à Tahiti, il n’y a qu’un pas. Un pas assez long côté transport, comme en témoignent Tepuaraurii Teriitahi, Moerani Frebault et Benoit Kautai, rentrés de la capitale du Timor oriental ce lundi matin et qui ont immédiatement, et « malgré la fatigue », rassemblé les caméras et micro pour tirer le bilan de leur passage au séminaire régional du C24. Une première pour les autonomistes, qui précisent avoir « payé leur déplacement », contrairement à Richard Tuheiava et Tony Géros, qui participaient « au frais et au nom » de l’assemblée, ou de la représentante du Pays Mareva Kitalong-Lechat, dont le déplacement était pris en charge par l’institution. Mais la délégation autonomiste veut être claire : « On ne regrette pas d’y être allés ».
Car contrairement à ce que laissait entendre le Tavini avant la réunion, la participation des autonomistes a été « très bien accueillie » par les membres du C24, assurent les trois élus et ce à la fois dans les formats officiels, les « bilatérales » et autres discussions moins formelles qui ont ponctués ces trois jours. « Nous avons des échanges très intéressants, notamment avec la présidente du comité, qui représente Sainte-Lucie, qui nous a félicité de notre démarche, et qui nous a accordé beaucoup de temps », détaille Tepuaraurii Teriitahi. Côté discours officiel, l’idée était simple : mettre fin à « 10 ans lobbying à sens unique » devant le comité spécial de décolonisation, faire en sorte qu’il n’y ait pas « une seule version » qui soit livrée aux membres. Car à entendre l’élue, le député et le maire Tapura, les Polynésiens sont décrits par le Tavini comme un peuple « oppressé au quotidien », « pillé de ses ressources », largement acquis et concernés à la cause indépendantiste. Et le discours a été « particulièrement appuyé » par certains membres du comité : « l’Azerbaïdjan, comme on pouvait s’en douter, mais aussi plus étonnamment le Vénézuela, note Moerani Frebault. Et même le représentant russe, qui ne s’exprime pourtant que très peu ».
En Nouvelle-Calédonie, pays où l’ONU déjà envoyé plusieurs missions d’information, les loyalistes ont régulièrement dénoncé le parti-pris des rapports de terrain du C24, qui n’ont, au final, pas réussi à nuancer les discours d’un côté ou de l’autre. Les autonomistes polynésiens ont-ils, eux, confiance dans la neutralité des institutions onusiennes, et notamment de comité spécialisé sur les questions de décolonisation ? « On est peut-être naïf, répond Tepuaraurii Teriitahi. Mais politiquement, ce qu’on veut, c’est montrer qu’on a rien à cacher ». À Dili, l’ambassadrice de France pour le Pacifique s’est elle montrée opposée à toute ingérence de l’État. Ce que l’élue Tapura dit « comprendre » : dans son discours de clôture, elle a rappelé que ça n’était « ni à un parti politique, ni a l’État, ni à l’ONU de venir régler des débats en Polynésie, mais aux Polynésiens de le faire entre eux ».
Séminaire à Tahiti : « on ne voit pas l’intérêt pour les Polynésiens »