ACTUS LOCALESPOLITIQUE Le Tapura ne « regrette pas » son déplacement au C24 Charlie Réné 2025-05-26 26 Mai 2025 Charlie Réné Tout juste de retour du Timor oriental, Tepuaraurii Teriitahi, Moerani Frebault et Benoit Kautai ont tiré le bilan de cette première participation au séminaire du comité spécial de décolonisation de l’ONU. Un C24 où le Tavini développe un discours « loin des préoccupations des Polynésiens » et des « réalités du terrains », le tout « au frais et au nom des institutions », et avec l’appui de pays comme l’Azerbaïdjan, le Venezuela ou la Russie, dénonce la délégation autonomiste. Après « dix ans de lobbying » indépendantiste, les élus Tapura insistent pour qu’une mission de l’ONU vienne se faire une idée « d’elle même » de la situation au fenua. Ce que l’État, malgré un consensus local bien installé, n’a jamais accepté. De Dili à Tahiti, il n’y a qu’un pas. Un pas assez long côté transport, comme en témoignent Tepuaraurii Teriitahi, Moerani Frebault et Benoit Kautai, rentrés de la capitale du Timor oriental ce lundi matin et qui ont immédiatement, et « malgré la fatigue », rassemblé les caméras et micro pour tirer le bilan de leur passage au séminaire régional du C24. Une première pour les autonomistes, qui précisent avoir « payé leur déplacement », contrairement à Richard Tuheiava et Tony Géros, qui participaient « au frais et au nom » de l’assemblée, ou de la représentante du Pays Mareva Kitalong-Lechat, dont le déplacement était pris en charge par l’institution. Mais la délégation autonomiste veut être claire : « On ne regrette pas d’y être allés ». La Russie, l’Azerbaïdjan ou le Venezuela en soutien du Tavini Car contrairement à ce que laissait entendre le Tavini avant la réunion, la participation des autonomistes a été « très bien accueillie » par les membres du C24, assurent les trois élus et ce à la fois dans les formats officiels, les « bilatérales » et autres discussions moins formelles qui ont ponctués ces trois jours. « Nous avons des échanges très intéressants, notamment avec la présidente du comité, qui représente Sainte-Lucie, qui nous a félicité de notre démarche, et qui nous a accordé beaucoup de temps », détaille Tepuaraurii Teriitahi. Côté discours officiel, l’idée était simple : mettre fin à « 10 ans lobbying à sens unique » devant le comité spécial de décolonisation, faire en sorte qu’il n’y ait pas « une seule version » qui soit livrée aux membres. Car à entendre l’élue, le député et le maire Tapura, les Polynésiens sont décrits par le Tavini comme un peuple « oppressé au quotidien », « pillé de ses ressources », largement acquis et concernés à la cause indépendantiste. Et le discours a été « particulièrement appuyé » par certains membres du comité : « l’Azerbaïdjan, comme on pouvait s’en douter, mais aussi plus étonnamment le Vénézuela, note Moerani Frebault. Et même le représentant russe, qui ne s’exprime pourtant que très peu ». Un discours que le Tapura a donc essayé de nuancer. Tepuaraurii Teriitahi, dont le discours n’est pas passé inaperçu puisqu’il devrait faire l’objet d’une question du Tavini ce mardi à l’assemblée, a assuré que les Polynésiens étaient en mesure, sous le statut d’autonomie, de pratiquer leur culture et n’étaient en rien limité dans le débat politique. « On a surtout été là pour rappeler que ce sujet de l’autodétermination, c’est très loin d’être ce qui importe le plus les Polynésiens, qui ont rappelé, aux dernières législatives et même aux dernières territoriales, malgré la victoire du Tavini, leur profond attachement à l’autonomie », complète l’ancienne présidente de groupe à Tarahoi. Benoit Kautai a lui invité les membres du comité à considérer « la réalité du terrain », et le degré d’équipement de la Polynésie bien supérieur à ses voisins indépendants du Pacifique grâce à l’appui financier de l’État. « Des quais, des routes, des infrastructures, ça c’est du concret », pointe le maire de Nuku Hiva. Car pour le Tapura, aucun doute : la seule solution pour contrer le discours du Tavini, c’est de laisser les membres du C24 se « rendre compte des choses par eux-mêmes ». D’où la demande, formulée dès 2018 par Édouard Fritch, qui n’a jamais reçu de réponse de l’État, d’une mission d’information de l’ONU. « On est pas d’accord avec les propos qui sont tenus à l’international, appuie le député Moerani Frebault. Donc de manière très transparente, on souhaite que des émissaires de l’ONU viennent eux-mêmes en mission quelques jours en Polynésie pour tenir des auditions avec des représentants de la société civile, différentes institutions, et qu’ils se rendent compte par eux-mêmes de la réalité du territoire ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/MOERANI-autant-qui-sen-rende-compte.wav En Nouvelle-Calédonie, pays où l’ONU déjà envoyé plusieurs missions d’information, les loyalistes ont régulièrement dénoncé le parti-pris des rapports de terrain du C24, qui n’ont, au final, pas réussi à nuancer les discours d’un côté ou de l’autre. Les autonomistes polynésiens ont-ils, eux, confiance dans la neutralité des institutions onusiennes, et notamment de comité spécialisé sur les questions de décolonisation ? « On est peut-être naïf, répond Tepuaraurii Teriitahi. Mais politiquement, ce qu’on veut, c’est montrer qu’on a rien à cacher ». À Dili, l’ambassadrice de France pour le Pacifique s’est elle montrée opposée à toute ingérence de l’État. Ce que l’élue Tapura dit « comprendre » : dans son discours de clôture, elle a rappelé que ça n’était « ni à un parti politique, ni a l’État, ni à l’ONU de venir régler des débats en Polynésie, mais aux Polynésiens de le faire entre eux ». Séminaire à Tahiti : « on ne voit pas l’intérêt pour les Polynésiens » La délégation autonomiste est en revanche beaucoup plus sceptique sur le séminaire pacifique du C24 de 2027, que le Pays a officiellement proposé d’organiser. Un « piège » tendu à l’État, qui tomberait dans une période « chaude » électoralement, entre la présidentielle, les législatives, et à un an des territoriales. Paris, qui n’avait pas été tenu au courant de l’initiative, y est fermement opposé et le parti autonomiste est, a minima, pas convaincu. Le Tapura craint que ce séminaire n’apporte rien à la Polynésie et soit l’occasion pour des puissances étrangères de jouer des cartes diplomatiques contre la France. « Le C24 est composé d’un certain nombre de Pays avec un prisme orienté vers la décolonisation et l’autodétermination et on a notamment des pays qui sont intervenus à la tribune en soutien des indépendantistes, qui ne connaissent pas la réalité polynésienne, mais qui interviennent dans ce sujet par rapport aux tensions diplomatiques qui existent avec la France sur d’autres sujets. Et on imagine que dans un séminaire régional en Polynésie, ce sont ces tensions qui vont primer, et pas la situation de la Polynésie et des Polynésiens. Donc si ça n’a pas d’intérêt pour les Polynésiens, on ne voit pas l’intérêt que le séminaire se tienne ici ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/05/MOERANI-tensions-internationales.wav Le Tapura réfléchit encore à se rendre a New York, en juin pour les réunions de rédaction de la résolution annuelle qui sera adoptée ensuite à la quatrième commission puis à l’assemblée générale. Mais le parti rouge semble quoiqu’il arrive convaincu qu’il ne faut pas laisser la scène internationale au Tavini. Quant au séminaire de 2027, le doute persiste sur le caractère bloquant d’un refus de l’État. « La Polynésie peut inviter qui elle veut, mais ce genre de réunion se fait généralement en coopération avec le Haussariat », note-t-on au Tapura. D’autant que c’est l’État et non le Pays qui accorde les visas aux visiteurs étrangers.