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« Eau magique » ou « or » en bouteille ? Les plans de Tauhiti Nena taclés par Rémy Brillant

©C.R/Mairie de papeete/BMN

Pour financer son programme, Tauhiti Nena veut commercialiser les excédents d’eau de Papeete. Mais les chiffres avancés par sa liste Papeete To’u oire – un milliard de litres embouteillés et exportés pour dix milliards de recettes municipales chaque année – ne « tiennent pas debout » pour son concurrent Rémy Brillant. Le tête de liste Papeete na mua roa parle d’un projet « massivement surdimensionné, déconnecté des réalités du marché et extrêmement risqué », notamment des points de vue juridique et environnemental. Des critiques balayées par Tauhiti Nena qui dit être en contact avec des entreprises « prêtes à travailler avec la commune, autour de projets réalistes et structurés ».

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Baisses de facture d’eau, d’assainissement, de déchet, renforcement de l’action municipale en matière de sécurité, de jeunesse ou de propreté, construction de logements, de parkings, de crèches, d’un Ephad, d’un centre culturel, d’une fourrière… Tauhiti Nena ne manque pas d’ambitions dans son programme municipal, dont les grandes lignes ont été présentées samedi dernier. Et pour financer ces engagements, pas encore publiquement chiffrés, le tête de liste de Papeete To’u oire compte sur de recettes nouvelles : la vente de l’eau de Papeete, en Polynésie et surtout à l’étranger. « Je vais prendre un million de mètres cubes d’eau, je vais les mettre dans des bouteilles, ça fera un milliard de litres d’eau, on gagnera 10 francs sur une bouteille, et je double le budget de la commune » lançait-il samedi. Soit dix milliards de francs supplémentaires par an… de quoi réaliser bien des projets.

« Massivement surdimensionné, déconnecté des réalités du marché et extrêmement risqué »

Le calcul, toutefois, en a fait sourciller plus d’un à l’heure où la campagne pour la capitale s’accélère. À commencer par Rémy Brillant qui, avec sa liste Papeete Na mua roa, avait déjà critiqué le coût de la gratuité des transports revendiquée par René Temeharo. Le groupe a mis en garde, ce mercredi matin sur Facebook, sur les promesses de cette « eau magique ». D’abord en rappelant des ordres de grandeur : ce milliard de litres, c’est « 30 fois les volumes historiquement produits en Polynésie » par des marques bien installées comme Vaimato ou Eau Royal, qui, elles aussi, ont déjà tenté l’export, sans succès. Dans la région, c’est surtout Fiji Water, marque américaine qui exporte de l’eau « haut-de-gamme » puisée à Viti Levu qui pourrait servir de modèle, mais rien n’indique qu’elle atteigne après 30 ans d’activité, ces volumes malgré son succès. « Le marché de l’eau en bouteille est concurrentiel, coûteux et instable » et ceux qui s’en sortent, les grandes marques françaises notamment, s’appuient sur « de nombreux acteurs », un grand territoire, et « une organisation industrielle lourde et ancienne ». « Ces comparaisons montrent clairement que l’on n’est pas face à un projet simplement ambitieux, mais à un projet massivement surdimensionné, déconnecté des réalités du marché et extrêmement risqué », écrit la liste de l’ancien Directeur général des services de Papeete.

Le dauphin de Michel Buillard liste aussi les implications d’une telle production : une usine de très grande capacité au fond de la vallée de Titioro – « l’équivalent de quatre fois la brasserie de Tahiti » -, une logistique inédite sur routes et au port, le prélèvement d’un million de litre d’eau dans la Fautaua « dans un contexte de changement climatique », et surtout la production de 20 000 à 25 000 tonnes de plastique supplémentaire au fenua… De quoi poser de « sérieuse questions foncières et environnementales ». Mais c’est sur les gains attendus que le projet est le plus attaqué : alors que l’eau de Papeete est vendue 0,1 franc par litre aux habitants de la capitale par la Polynésienne des eaux, Tauhiti Nena compte en tirer le centuple. « Aucune activité économique ne peut tenir dans ces conditions » tacle Papeete Na mua roa, qui estime aussi que les calculs de la liste rivale passent par un investissement de « 40 à 50 milliards de francs » et admettent un chiffre d’affaires de l’exploitant privé d’une centaine de milliards de francs par an. Ce qui en ferait, de très loin, la plus grosse entreprise du pays. Papeete To’u Oire est au passage accusée de confondre les logiques d’entreprises et le service public : « Une mairie ne peut pas créer une activité commerciale uniquement pour générer une nouvelle recette budgétaire, sans démontrer clairement l’intérêt public local ». Bref, Rémy Brillant met en garde contre des « solutions spectaculaires », mises sur la table « sans étude de marché, sans business plan, sans cadre juridique sécurisé ». « Soyons vigilants, au plus haut point des solutions simples à des problèmes complexes ».

« Notre or à Papeete c’est l’eau »

Un premier point de débat ouvert dans une campagne qui s’est surtout limitée, pour l’instant à des présentations de listes et de projets sans réelles confrontations d’idées. Sans surprise, Tauhiti Nena n’a pas tardé à répondre à l’ancien DGS, lui aussi sans citer nommément son concurrent. Dans une vidéo, l’ancien ministre affirme que son projet ne tient ni de « l’eau magique » ni de la « promesse en l’air ». Et répète les chiffres déjà mis en avant samedi : la capitale, grâce aux investissements sur le réseau et au partenariat avec la Polynésienne des eaux, auquel il veut mettre fin, a connu une baisse de plus de plus de 10 millions de mètres cubes (soit 10 milliards de litres) de la consommation depuis l’époque de Jean Juventin. La commune a donc un potentiel hydrique qui peut être en partie capté : un million de mètre cube ne mettrait pas en danger la ressource, affirme-t-il. Et ce milliard de litres serait suffisant pour vendre l’eau aux « archipels qui en manquent cruellement », et pour exporter.

Quant à l’activité commerciale, l’ancien ministre n’en dit pas plus sur le cadre juridique qu’il veut en place ou les entreprises privées qui seraient « déjà prêtes à travailler avec la commune, autour de projets réalistes et structurés ». « Il y a des communes voisines où il y a des sociétés qui ont des projets pour exploiter un million de bouteilles par jour, soit 365 millions de bouteilles » par an, assure-t-il. Eux non plus « ne comptent pas le vendre dans notre pays, il y a déjà suffisamment de sociétés en Polynésie. C’est à l’export ». D’autres mairies et candidats expliquent effectivement avoir été approchés ces derniers mois, par des investisseurs alignant des chiffres prometteurs. Mais aucun projet n’est concrètement lancé et le modèle économique qui permettrait d’être compétitif à l’export reste toujours à trouver.

Tauhiti Nena n’a pourtant pas de doutes : « notre or à Papeete c’est l’eau et je voudrais que cette ville rayonne dans le monde entier », martèle-t-il. Le responsable sportif et tête de liste, s’il répond aux critiques, dit ne pas s’occuper des remarques « ironiques » et projets de ses concurrents. « Ils n’ont rien fait pendant 20 ans, nous on a un programme », contre-attaque le candidat, présentant au passage un autre objectif qui risque de faire réagir : faire venir dans la capitale « 500 000 à un million de touristes » par an. Là où quelques 280 000 sont arrivés au fenua en 2025.