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Factures en baisse et bouteilles d’eau par milliards… Les plans de Tauhiti Nena à Papeete


Le tête de liste Papeete To’u Oire a réuni ce samedi ses militants et ses candidats, soutiens de longue date ou issus de plusieurs ralliements récents. « Une vraie dynamique » pointe l’ancien ministre qui parle de « voyants au vert » pour une victoire qui lui échappe depuis 2014. Tauhiti Nena se place en champion de la lutte contre la vie chère, avec ses promesses de baisses massives de charges municipales. Elles s’ajoutent à de multiples projets d’investissement et de renforcement des services. Pour financer ce programme coûteux, le président de fédération de boxe veut « vendre l’eau de Papeete », avec un calcul simple : un milliard de litres d’eau embouteillés, vendus ou exportés chaque année, c’est 10 milliards de plus au budget.

Les « voyants sont au vert » pour Tauhiti Nena, qui avait réuni ce samedi matin plus d’une centaine de militants sous le fare pote’e de l’hôtel de ville de Papeete. Une mairie que l’enseignant et ancien boxeur de 57 ans, au parcours politique sinueux, convoite depuis déjà deux scrutins municipaux. Mais cette fois-ci, « ça devrait le faire », « il y a une vraie dynamique » lance le président de la Polynesian boxing association. Devant lui une marée de casquettes et t-shirt blanc et bleu ciel, les couleurs, familières, de Papeete To’u Oire. Mais plus que le public, ce sont les colistiers qui l’entourent qui rendent l’ancien ministre de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports confiant. Le fait est que la liste, arrivée à une centaine de voix de Michel Buillard au deuxième tour de 2014, s’est étoffée de plusieurs soutiens ces dernières semaines.

« Peut-être gagner au premier tour »

Tauhiti Nena, pour présenter ce cercle élargi, pointe d’abord du côté du Tavini, au nom de qui il avait concouru en 2014, mais dont les voix lui avaient manqué en 2020. Le président du parti bleu ciel cherche depuis novembre à rassembler ses sympathisants de la capitale pour enfin la « renverser ». Oscar Temaru, qui avait lui-même proposé Tematai Le Gayic comme tête de liste lors du congrès du parti, début avril, n’a jamais, face aux médias en tout cas, affiché clairement son revirement au profit de son ancien ministre, qui a multiplié, depuis les plateformes de « rassemblement », les soutiens nationaux, de Bruno Le Maire à Eric Zemmour, et les alliances locales. Mais après l’organisation d’une homologation de tomite Tavini au QG du Papeete To’u Oire, peu de doutes subsistent. Ce samedi, plusieurs militants historiques bleu ciel de Papeete, dont certains seront présents sur la liste, étaient là pour « apporter leur soutien à Tauhiti Nena au nom d’Oscar Temaru ».
D’autres ralliements se sont fait connaître ces dernières semaines. Après Teva Sylvain, qui n’avait jamais réellement lancé sa campagne, Benjamin Tetauvira, conseiller municipal de la majorité sortante qui n’a voulu suivre ni Rémy Brillant ni René Temeharo, a en partie dissout  « Ensemble pour le bien de Papeete » dans Papeete To’u Oire. C’est ainsi qu’on retrouvait au premier rang de la conférence de ce samedi, Isabelle Tang, longtemps associée au Tapura au travers du comité des Femmes et de la Famille. Tauhiti Nena prend soin d’insister sur le caractère « apolitique » de son mouvement, et de mettre en avant des nouvelles têtes – entrepreneurs, artistes ou fonctionnaires… – comme des conseillers déjà expérimentés comme Makau Foster, Cynthia Chin Foo ou Thierry Liu Sing. Dans la salle, Tauhiti Nena souligne aussi la présence de Tevahitea Salmon, secrétaire général démissionnaire de A here ia Porinetia. Assez pour « peut-être gagner au premier tour », assure le responsable sportif, aussi aux manettes de la Confédération océanienne de boxe :

Promesses de baisses de charge sur l’eau, l’assainissement, les déchets… 

La conférence a surtout été l’occasion d’en dire davantage sur le programme. Dès le mois de mars 2025 – il avait été le premier, de loin, à annoncer sa candidature – le conseiller municipal sortant avait fait de la vie chère son cheval de bataille. Qu’importent les marges de manœuvre très réduites des mairies en la matière, le candidat enchaîne les promesses : cantines scolaires 100% gratuites, uniformes pour tous, là aussi sur le budget communal, factures d’eau réduites de moitié, moins 30% sur les charges d’assainissement des eaux usées et de redevance poubelles… Pas question de se laisser accuser de promesses en l’air. « Ce ne sont pas des promesses, ce sont des choses que je ferai. Si d’autres communes peuvent le faire et le font déjà alors qu’ils ont moins de moyens que la commune de Papeete, ça veut dire ce que ça veut dire », lance-t-il.
Expliquant vouloir détricoter les projets intercommunaux autour de la station d’épuration – faits « au détriment des administrés de Papeete », comme il le dénonçait en avril dernier – et dénoncer le contrat passé avec la Polynésienne des eaux sur la distribution d’eau potable – un choix déjà jugé périlleux, pour les finances et la qualité de service, par d’autres candidats – le tête de liste estiment surtout que la mairie « a les moyens » pour faire baisser les charges des habitants – et donc ses recettes. « Je suis là pour les administrés, et c’est possible, martèle-t-il. Toutes les mesures dont je vous parle, c’est 100 à 200 millions. L’équipe en face, ils ont jeté à la poubelle 160 millions pour une centaine de CDD », dont le conseiller municipal d’opposition suspecte qu’ils « servent à faire campagne ».

Le chiffrage des pertes de recette envisagées, pas réellement développé par le candidat, ne manquera pas de susciter des discussions ces prochaines semaines.

« Nous, ça sera tolérance zéro »

Tauhiti Nena a, comme les autres, de nombreuses priorités à mettre en avant. La santé, le sport et le bien-manger, qui forment un trio dont il a « déjà fait son cheval de bataille » auprès de ses élèves ou dans sa fédération ; Le social, avec un « magasin solidaire » pour distribuer les surplus et invendus, des bourses municipales pour les « jeunes talents, un Ehpad pour les matahiapo, des crèches communales, des jardins partagés, des fontaines d’eau potables gratuites ; les infrastructures, avec une casse et une fourrière automobile – demandée de longue date par les forces de l’ordre, mais réputée très coûteuse en fonctionnement -, des toilettes publiques et même un palais des congrès, et un « centre culturel et muséal » ; le logement et l’aménagement, avec des immeubles de grande hauteur et des constructions de résidences, « avec les partenaires adaptés » sur les nombreux terrains communaux, et « 1500 places de parking supplémentaire minimum », sans précision de localisation.

La sécurité aussi, que l’ancien ministre aborde sous deux angles principaux. Les SDF d’abord, responsables selon lui d’agressions de touristes qui « gardent un mauvais souvenir de Papeete ». « Ceux qui veulent s’en sortir, on va les aider », assure-t-il, leur promettant de l’activité – en partenariat avec d’autres mairies –  et du logement. Et les autres ? « Il faudra être ferme ». Les nuisances sonores ensuite, qui « gâchent la vie de beaucoup de monde ». « Il y a des règles, il faut les faire respecter (…) Je l’ai dit aussi à la DSP : nous, ça sera tolérance zéro », sur ce sujet, comme sur les autres, assure-t-il, promettant des arrêtés « plus précis et une vingtaine d’embauches supplémentaires de policiers municipaux.

Un milliards de bouteilles d’eau pour dix milliards de francs 

Interrogé, là encore, sur le financement de tous ces projets, dans une mairie qui ne peut pas lever d’impôts supplémentaires, l’élu municipal – qui avait siégé à Faa’a entre 2008 et 2014 avant de se présenter à Papeete – parle des « 4 milliards en réserve », des capacités d’emprunt de la commune… Mais dit aussi vouloir « doubler le budget » de la commune. Principalement avec un projet : « vendre l’eau de Papeete ». « On consommait 16 millions de mètres cubes d’eau du temps de Jean Juventin. Aujourd’hui les réseaux sont rénovés, il y a des compteurs, on consomme 5 millions de mètres cubes d’eau. Il y a une réserve de plus de 10 millions de mètres cubes, détaille-t-il. On paie très cher l’eau, la commune de Pirae, quand ils ont pas d’eau, ils nous l’achète trois à quatre fois moins cher. Je vais prendre un million de mètres cubes d’eau, je vais les mettre dans des bouteilles, ça fera un milliard de litres d’eau, on gagnera 10 francs sur une bouteille, et je double le budget de la commune ». 

Pour vendre ce milliard de bouteilles d’eau annuellement, il faut bien sûr toucher le marché international, comme a réussi à le faire Fiji Water – une marque développée par un groupe nord-américain, et dont les rapports avec les autorités locales sont historiquement tendues. Tauhiti Nena n’en a pas peur parle déjà de « partenaires » dans ce projet, qui impliquerait aussi de construire une usine de production du côté de la Fautaua, et de produire ou importer des récipients plastiques en immense quantité. « C’est ce qui va me permettre de faire rayonner cette commune », insiste-t-il.

C’est aussi ce qui devrait alimenter le débat de ces municipales dans une capitale très courtisé. Rémy Brillant, René Temeharo, Pascale Haiti, Tematai Le Gayic, et Boniface Tehei ont déjà annoncé qu’ils mèneraient une liste.

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Jt Vert 02/02/2026

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