
Annoncé la semaine dernière, et publié ce mercredi, le nouveau calendrier scolaire triennal a suscité de vives inquiétudes, jugées « légitimes » par la ministre de l’Éducation. Samantha Bonet-Tirao défend un document provisoire, adopté « dans l’urgence » pour donner de la visibilité sur l’année prochaine. Mais les calendriers couvrant 2027 à 2029 sont, eux, appelés à évoluer au terme d’une large concertation organisée ces prochains mois. Pas question de pénaliser les élèves, et notamment les internes des îles éloignées, assure la ministre, mais il s’agit de s’adapter au mieux aux contraintes climatiques et à l’organisation de Tahiti 2027. Les organisateurs de la Hawaiki Nui seront eux aussi associés aux réflexions.
Lire aussi :
- Rentrée fin août, vacances déplacées… des changements au calendrier scolaire 2027
- Pour le SNETAA, les calendriers scolaires vont « accentuer les ruptures sociales et affectives »
Le calendrier scolaire triennal, courant de 2026 à 2029, a été mis en ligne ce mercredi sur le site de la DGEE. Mais avant même sa parution, il faisait déjà parler de lui, suscitant notamment l’inquiétude de certains syndicats enseignants.
Vendredi dernier, le Setaa-FO Polynésie dénonçait dans un communiqué les projets de calendriers 2027-2028 et 2028-2029, adoptés mercredi dernier en conseil des ministres. Le syndicat et sa fédération s’inquiétaient de la suppression d’une semaine de vacances à la Toussaint et d’une autre en avril, qui empêcherait les élèves internes des îles éloignées de rentrer chez eux sur ces périodes.
De leur côté, les organisateurs de la Hawaiki Nui Va’a redoutaient que la suppression de la première semaine des vacances de la Toussaint à compter de 2027 ne vienne compromettre l’organisation de la célèbre course de V6, qui a lieu aux îles Sous-le-Vent durant cette période.
Un calendrier pris « dans l’urgence »
La ministre de l’Éducation a souhaité tempérer ces inquiétudes, en soulignant que ce calendrier scolaire triennal, pris « dans l’urgence » afin de donner des repères à l’ensemble de la population pour les mois à venir, n’est pas définitif. Il peut faire l’objet de modifications, notamment à compter de 2027, année où les grands changements apparaissent.
« Dans le nouvel arrêté qui accompagne les nouveaux calendriers scolaires, j’ai souhaité mettre une mention qui indique que ce calendrier peut être modifié, parce que je souhaiterais élargir la concertation avec les acteurs concernés et la communauté éducative, et notamment les parents, pour échanger avec eux sur des temps spécifiques qui ont besoin de davantage de précisions, afin de proposer un nouveau calendrier », précise Samantha Bonet-Tirao.
La stratégie du Pays : publier les calendriers, et ensuite se concerter
L’année 2026-2027, qui ne subit pas de changement notoire, doit ainsi permettre de laisser le temps aux concertations de se faire. Si « les réactions du terrain sont légitimes », la ministre y voit « l’opportunité de recueillir les préoccupations, malgré des attaques parfois virulentes, notamment quand on dit que nous ne prenons pas en compte le bien-être de nos élèves ». « La santé, la sécurité et le bien-être des élèves et des personnels » font partie des motifs cités dans l’arrêté qui peuvent justifier une modification des calendriers, pointe Samantha Bonet-Tirao, qui défend la stratégie qu’elle a choisie : d’abord publier, ensuite se concerter.
Lors du Haut comité de l’éducation qui s’est tenu le 10 mars, le ministère avait annoncé que ses services auraient un mois pour proposer une stratégie de concertation, qui devra ensuite être menée de mai à septembre. « Une fois ce temps de concertation terminé, on pourra alors proposer plusieurs projets de calendrier qui devront être finalisés pour le mois d’octobre », souligne la ministre, qui ne retiendra que les projets ayant fait l’unanimité afin de publier de nouveaux calendriers « au mois de décembre 2026 au plus tard ».
Le rapatriement des élèves internes au cœur des réflexions
La question du bien-être des élèves soulevé dans l’arrêté peut donc notamment renvoyer à la problématique du rapatriement des élèves internes, qui suscite des « inquiétudes légitimes » s’ils venaient à être supprimés entre août et décembre.
« Ne pas pouvoir voir son enfant entre août et décembre, c’est une préoccupation du terrain. Et la concertation qui va être organisée va permettre de prendre en compte cette inquiétude et de réajuster cette période entre août et décembre en fonction des besoins qui seront exprimés par la communauté éducative et les familles. C’est pour cela que je travaille en concertation avec les organisations syndicales, certes, mais aussi la fédération des parents d’élèves et la fédération des internats. »
Plusieurs pistes pourraient ainsi être abordées lors des concertations, « par exemple, pourquoi ne pas proposer aux familles de choisir la période du rapatriement ? » ou bien « pourquoi ne pas inventer un moment où ce seraient les représentants des parents d’élèves qui viendraient au collège, pendant les vacances, afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’école » en dehors du temps scolaire. Autant de réflexions sur la politique de l’internat que la nouvelle ministre souhaite mettre en place avec la communauté éducative mais aussi les familles, qui ont parfois des attentes différentes. « Certains parents sont favorables à ce que leurs enfants internes restent à l’école (pendant les vacances) parce que l’établissement et les associations accompagnent et s’occupent de ces élèves », précise-t-elle.
« Augmenter le temps scolaire en saison fraîche »
Pour justifier les modifications des dates des vacances à compter de 2027, deux raisons sont invoquées. D’une part, l’allongement de la durée des vacances de février au détriment de celles d’avril permettrait d’offrir davantage de congés aux élèves pendant la période chaude et « d’augmenter le temps scolaire en saison fraîche ». Une adaptation au rythme des saisons australes qui, dans le principe, se tient, mais qui soulève une autre problématique : la proximité des vacances de Noël avec celles de février, qui deviennent également les deux seules longues vacances proposées en cours d’année scolaire.
Sept semaines « exceptionnelles » de grandes vacances en 2027
Seconde raison invoquée pour justifier, cette fois, l’allongement des grandes vacances à partir de 2027 : l’organisation par le Pays des Jeux du Pacifique. La tenue de cet « événement exceptionnel » implique de rallonger le temps des vacances de juillet-août, qui vont durer sept semaines cette année-là, contre cinq actuellement. La rentrée est ainsi fixée au 23 août 2027.
« Cet événement mobilise des établissements scolaires qui ont été bien identifiés. Et pour préparer ces Jeux du Pacifique, on a besoin d’un temps nécessaire pour préparer ces établissements en amont et pour les rendre en état après. Il s’agit de le faire sereinement pour que nos élèves puissent finir l’année scolaire au préalable et entamer leur nouvelle année scolaire sereinement. Donc c’est une mesure exceptionnelle pour les Jeux du Pacifique, mais ça ne modifie pas du tout les temps d’apprentissage qui sont positionnés dans le nouveau calendrier scolaire. »
Effectivement, si la durée des grandes vacances passe exceptionnellement à sept semaines cette année-là, contre six semaines prévues les années suivantes, les semaines d’enseignement, quant à elles, ne bougent pas, avec 36 semaines d’école par année scolaire. L’alternance des périodes d’apprentissage et de repos ne varient pas non plus, avec des cycles d’école maintenus généralement à cinq semaines, hormis un seul cycle de six semaines déplacé au mois de juin, en période fraîche.
Hawaiki Nui Va’a : les acteurs sportifs associés aux concertations
Quant aux préoccupations concernant l’organisation de la Hawaiki Nui Va’a, la ministre répond que les acteurs sportifs seront également associés aux futures concertations visant à retravailler le calendrier scolaire. « C’est une décision collégiale qui doit être menée et posée » en prenant en compte « les contraintes et les préoccupations des uns et des autres », conclut Samantha Bonet-Tirao. Rendez-vous donc d’ici la fin de l’année pour peut-être découvrir de nouveaux calendriers 2027-2028 et 2028-2029.