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Pas de gouvernement d’union mais un retour aux urnes… Édouard Fritch réaffirme sa ligne


Les appels du pied du Tavini n’ont pas fait changer d’avis le Tapura. Son président Édouard Fritch, « convaincu que nous ne retrouverons pas de majorité » à Tarahoi sous cette mandature, écarte l’idée d’un gouvernement d’union avec les bleu ciel et estime que Tony Géros lui-même « n’a pas envie d’être président ». Le chef de file autonomiste veut certes renverser Moetai Brotherson, mais pour mieux provoquer des territoriales anticipées. Il dit attendre que l’État « prenne position » sur cette idée d’un retour aux urnes. Mais c’est plutôt le Tavini qu’il faudra convaincre d’y adhérer, une dissolution d’autorité par Paris est hautement improbable.

« La ligne du Tapura est très claire. » Ou en tout cas elle l’est un peu plus depuis les déclarations de son président, ce jeudi, en marge d’une présentation à la mairie de Pirae. Édouard Fritch avait déjà, à de nombreuses reprises, affirmé que son mouvement n’entendait pas se placer dans un rôle d’arbitre dans le déchirement de la famille indépendantiste. Le 10 juillet, lors du second rejet à l’assemblée du collectif de report de crédits – tout de même adopté après l’engagement de responsabilité de l’exécutif –, le chef de file des rouges avait, comme Nuihau Laurey, appelé à des territoriales anticipées pour sortir de la crise politique.

Et visiblement, la décision prise par le Tavini, ce samedi, de s’entendre avec les autonomistes sur un « gouvernement d’union » pour finir la mandature, sous la présidence de Tony Géros, n’a pas changé cette position. « Nous ne souhaitons pas renverser le gouvernement pour prendre les rênes du pays », répète ainsi Édouard Fritch ce jeudi. Nous voulons respecter la démocratie, le scrutin populaire (…) Ce que nous disons, c’est la dissolution, oui, s’il faut renverser le gouvernement, nous le renverserons pour arriver à la dissolution. Quoi qu’il arrive, l’objectif est de « redonner la parole à la population ».

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Géros président ? « Lui-même trouve que cette idée n’est pas bonne. »

Une position qui ne semble pas faire l’unanimité dans les rangs autonomistes. Ce mercredi, Pascale Haiti-Flosse, membre du groupe Tapura à l’assemblée mais pas du parti, a affirmé sur Polynésie la 1ʳᵉ qu’elle était prête à voter une motion de défiance proposée par le Tavini. Et donc à remplacer Moetai Brotherson par Tony Géros pour la fin de la mandature. « Il faut discuter », insistait la représentante, en comparant cette collaboration aux accords, selon elle salués par la population, qui avaient été formés entre Gaston Flosse et Oscar Temaru pendant la période d’instabilité. « Et si au bout d’un an ça marche pas, on retourne aux urnes », appuie la présidente du Taho’e Tatou.

Édouard Fritch, lui, ne veut pas attendre. « Je suis convaincu que nous ne retrouverons jamais plus de majorité à l’assemblée. » Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que nous allons rentrer dans une période d’instabilité qui risque de durer deux ans. » Le président du Tapura estime de toute façon que Tony Géros « n’a pas envie d’être président ». « Lui-même trouve que cette idée n’est pas bonne », dit-il. Le candidat aux sénatoriales regarde, plus que vers le Tavini, vers l’État pour sortir de l’ornière. Un pari difficile, quelle que soit la voie choisie.

Retour aux urnes : deux options difficiles à déclencher

Le statut prévoit en effet deux possibilités pour organiser un retour aux urnes anticipées. D’abord, la dissolution pure et simple et l’assemblée, qui peut être prononcée, en vertu de l’article 157 du statut d’autonomie, par le chef de l’État par « décret motivé » et délibérée en Conseil des ministres, après avis du président du Pays et de l’assemblée locale. Et ce lorsque « le fonctionnement des institutions de la Polynésie se révèle impossible ». Une disposition jamais utilisée et qui ne le sera probablement pas de sitôt : malgré les conflits à Tarahoi, les institutions fonctionnent, les fonctionnaires sont payés, certains textes, même, trouvent une majorité à l’assemblée. Même l’échec de l’exécutif à faire voter un budget en fin d’année pourrait ne pas suffire à justifier cette dissolution : si tel était le cas, l’État saisirait au 31 mars la CTC, et, sur la base de ses recommandations, « réglerait le budget » pour assurer la continuité des services publics.

L’autre possibilité, moins improbable, c’est l’article 157-1, déjà cité plusieurs fois lors des débats à Tarahoi, et aux termes duquel le gouvernement polynésien demande officiellement à l’État non pas la dissolution, mais un renouvellement anticipé de l’assemblée. La distinction n’est pas anodine : si l’État répond favorablement et convoque des territoriales, là encore par décret du Président de la République, les élus en place à Tarahoi le restent jusqu’à l’issue du scrutin. Contrairement au scénario de la dissolution, le Pays n’est pas paralysé, avec un exécutif limité à l’expédition des affaires courantes, pendant deux à trois mois. Cette deuxième solution implique tout de même un choix de l’État de mettre fin avant son terme à un mandat démocratique, et provoquera probablement quelques discussions juridiques à Tahiti et Paris.

« L’État aura son mot à dire à un moment ou un autre », reconnait Édouard Fritch qui aimerait que l’Élysée « se positionne » avant les prochaines présidentielles. Mais pour activer l’article 157-1, ce n’est pas Emmanuel Macron, mais bien le Tavini, jusque-là réticent à abréger la mandature, qu’il faudra d’abord convaincre. L’exécutif actuel a déjà affirmé qu’il ne demanderait pas lui-même un retour aux urnes. Le remplacer par un gouvernement de transition qui serait prêt à le faire implique de voter une motion, et donc de réunir 35 voix sur 57 à Tarahoi. En clair : une majorité existe, à Tarahoi, pour renverser Moetai Brotherson, mais les désaccords sur la suite le maintiennent pour l’instant au pouvoir.

« Je ne crois pas que Moetai Brotherson réussira à acheter les maires »

Mais le président du Tapura est-il au moins sûr que cette option est soutenue au sein de ses propres rangs ? « La grande majorité de mes élus à l’assemblée sont des maires, répond Édouard Fritch. Ce sont des gens qui ont d’autres occupations. Et je ne crois pas qu’ils soient là pour des raisons alimentaires. » Plus que les réticences « matérielles », qui pourraient aussi concerner certains élus Tavini, le chef de file rouge s’inquiète des « relations que Moetai Brotherson est en train de tisser avec les élus ». « Parce que vous voyez qu’il se déplace beaucoup. »Là il est aux Marquises, où les maires sont pratiquement tous Tapura. M. Brotherson met les moyens pour s’acheter la sympathie des électeurs et de certains maires ».

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Va-t-il réussir ? « Je ne pense pas » répond l’ancien président, qui avait déjà assimilé plusieurs fois la tournée des conseil des ministres délocalisés – annoncée dès les territoriales – à des « tournées de propagande ». « J’ai confiance dans les maires, ce sont des gens qui sont matures, qui viennent d’être réélus, qui ont des programmes bien définis. Bien sûr, on peut toujours menacer, c’est ce qu’il fait, ajoute-t-il. Vous venez, sinon je ne finance pas, vous venez, sinon je ne fais rien pour vous ». Le maire de Pirae dit avoir vu le résultat de ces pressions lors du dernier vote de l’assemblée, lors duquel le tavana de Rangiroa, Tahuhu Maraeura, s’est désolidarisé du groupe Tapura pour voter pour le collectif. « Mais je ne crois pas qu’il réussira à acheter les maires parce qu’ils ont une certaine dignité. »

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