ACTUS LOCALESPOLITIQUE

Deuxième rejet du collectif budgétaire, l’exécutif va engager sa responsabilité

Le collectif budgétaire rejeté fin juin et représenté en l’état a été de nouveau rejeté, cette fois avec l’abstention du Tavini, mais toujours l’opposition des autonomistes. Moetai Brotherson avait auparavant demandé aux élus à réserver les débats politiques pour le prochain collectif, interpellé sur les conséquences d’un blocage du report des crédits de paiement, réglé ses comptes avec le Tavini, rien n’y a fait. Et le président a été en échange la cible d’une cascade de critiques, d’un côté et de l’autres de l’assemblée, pour son manque d’ouverture au dialogue, son « entêtement maladif », ses sorties cinglantes… Tapura et Ahip lui ont proposé de demander lui-même un retour aux urnes, ce qu’il a refusé. Le président a par contre confirmé vouloir engager la responsabilité de son gouvernement pour faire passer ce collectif, ce qui laisse une fenêtre de cinq jours aux élus pour déposer une motion de rejet, qui doit comporter un nom de remplaçant capable de rassembler les deux tiers des élus.   

  • [9h40] Pour A Fano Tià, Tematai Le Gayic s’est exprimé en tahitien, revenant sur le rejet des textes au mois de juin. « Aujourd’hui il y aura encore des explications sur ce texte. Des dépenses ont été engagées, et selon la loi qui régit nos finances, il convient que l’on puisse approuver ces deux textes », a-t-il dit, dans une intervention très courte, précisant que le groupe soutiendra ces délibérations.

 

  • [10h] Ahip demande un retour aux urnes : Nuihau Laurey, dans une longue intervention est revenu sur les raisons qui amènent ce collectif « très ordinaire, banal, ennuyeux » à être si débattu. Pour l’ancien vice-président et sénateur, le rejet du texte fin juin n’est pas un « sabotage » mais bien une expression démocratique normale, et un message au gouvernement, qui malgré son absence de majorité, s’entête à ne pas travailler avec l’assemblée. L’élu rejette la faute de la situation sur le président du Pays, qui pêche par son « absence de cap » malgré le confort budgétaire, sort « le missile pour un texte de trésorerie » et use de « dramatisation excessive », « l’apocalypse selon saint Moetai ». Pour Nuihau Laurey, c’est bien Moetai Brotherson qui les moyens d’éviter que le Pays « vivtte, vogue dans l’incertitude de texte en texte », que les élus « bidouillent, tricotent sans certitudes ». Et ce moyen ce n’est pas le 156-1 mais le 157-1 par lequel le président peut demander a Paris un retour anticipé aux urnes. « Nous perdrons trois mois mais nous gagnerons deux ans » avance le vice-président de A Here ia Porinetia, « c’est la voix de la responsabilité ».

 

  • Du côté du Tapura, Edouard Fritch s’est agacé, commençant par dénoncer cette annonce d’engager la responsabilité du gouvernement « non pas sur un budget comme le prévoit l’article 156-1 mais sur un collectif budgétaire », répétant : « un collectif budgétaire ». Le leader indépendantiste reproche au président du pays d’en faire trop et de parler de « pays bloqué » alors que le budget 2026 a été adopté et « continue de s’exécuter ». Pour preuve, « des arrêtés de répartition des crédits de paiement » parus au Journal officiel de la Polynésie.

    « Le Pays continue de tourner », assure Edouard Fritch, pour qui ce n’est pas le rejet du collectif 2 qui bloque l’économie mais « le non-paiement des factures ». « Arrêtez, arrêtez de raconter des histoires », s’énerve le leader autonomiste. Et surtout il accuse Moetai Brotherson d’avoir créé l’instabilité en « sabotant la majorité Tavini Huiraatira » et « en faisant un bras d’honneur aux électeurs qui l’ont soutenu ». « En formant A Fano tià, vous vous êtes placé tout seul dans la minorité », lui a-t-il dit.

    Il accuse aussi le président d’avoir « instrumentalisé » le Medef pour faire peser sur les élus de l’assemblée les conséquences d’une crise qu’il reproche à Moetai Brotherson d’avoir lui-même déclenchée. « Les chefs d’entreprises doivent comprendre que la perte de confiance ne vient pas de l’assemblée mais de vos stratégies politiques. » Edouard Fritch parle de « l’arrogance », de « l’entêtement », de Moetai Brotherson, il prend l’exemple de la réforme du RNS, parlant d’un « même scénario » encore aujourd’hui, rejetant la faute sur le président toujours « tellement certain d’avoir raison ». Sur ce collectif 2, le Tapura ne comprend toujours pas que « les énormes plus-values des recettes fiscales engrangées en 2025 » ne soient pas redistribuées alors que le Pays « en a les moyens ». Un texte re-présenté aujourd’hui « sans aucun changement » alors que le président du pays aurait pu présenter un texte modifié avec le collectif 3 : « Vous n’avez de cesse de vous entêter et c’est votre marque de fabrique. » Pour Édouard Fritch, le président « s’est trompé d’un paragraphe » : ce n’était pas le 156-1 qu’il fallait invoquer mais le 157-1 soit la dissolution de l’assemblée pour « redemander l’avis de cette population ».

  • Le Tavini choisit l’abstention. C’est Tony Géros qui est descendu de son perchoir pour présenter la position du Tavini. Mais pas avant d’être revenu sur les échanges de communiqué de la veille. Et le président de l’assemblée ne cache pas son agacement, pointant à plusieurs reprise du doigt Moetai Brotherson, qui l’a fixé pendant toute l’intervention. Le président du Pays est le seul responsable de la situation, il a trahi la confiance des électeurs du Tavini, et il a signé son exclusion du parti en s’affichant, hier, et pour la première fois officiellement, comme président de A Fano tià. Applaudissements nourris dans les rangs bleu ciel, et applaudissement de nouveau quand Tony Géros dénonce avec force la divulgation trompeuse, par A Fano tià des échanges tenues mercredi en petit comité, auprès d’Oscar Temaru. Un “couteau dans le dos”. “Ce qui se passe en privé doit rester dans le privé” dit-il, et “ce qui se passe dans un groupe politique doit rester dans un groupe politique”. Tony Géros se dit “préoccupé”, “dans l’incompréhension”. “On me dit que ce président est un expert, un homme intelligent. Le jeu auquel il joue me fait dire le contraire”, relève le vice-président du Tavini. Quant au collectif 2, Moetai Brotherson “a peut-être cru à un miracle”. Il n’y en aura pas, mais le Tavini ne votera pas contre le texte comme fin juin, mais s’abstiendra. Tony Géros qui, semble pour l’instant exclure un motion ou un retour aux urnes, renvoie vers les débats budgétaires.

 

  • [11h] La séance a été suspendue et doit reprendre à 11h30.

 

  • [11h30] Moetai Brotherson assume sa ligne et refuse un retour aux urnes. « Effaré » par les débats de la matinée, le président du Pays a de nouveau justifié sa position. Le collectif 2 est technique, et « vous avez décidé d’en faire un acte politique et d’exiger qu’il vienne résoudre tous les problèmes de la société ». Les demandes exprimées par les groupes lors de son premier rejet – un acte inédit pour l’assemblée, même dans les temps de turbulences politiques majeures – ne concernent pas directement le report des crédits de paiement, et doivent être discutées à l’occasion du collectif 3 qui sera représenté rapidement. Il assure aussi que la procédure suivie par l’exécutif, après croisement avec le Haut-commissariat, ne lui permettait quoiqu’il arrive pas de présenter des amendements non déposés lors de la première lecture. Il répète, en appelant son ministre des Finances Warren Dexter à la barre pour une confirmation, que la commande publique sera bien mise « en péril », et l’économie en difficulté, si ces reports de crédits n’étaient pas actés rapidement. Il a surtout interpellé les élus de l’assemblée. Côté autonomistes en raillant des lectures erronées des textes juridiques ou de certaines publications budgétaires récentes. Et le groupe Tavini sur son rapport à Oscar Temaru, qui demandait un vote favorable au texte : « C’est quand la dernière fois que vous êtes allés rencontrer le metua pour savoir ce qu’il veut pour ce pays ? », interroge-t-il sous les huées des bancs bleu ciel. Mitema Tapati lui répondra plus tard que les élus Tavini ont pris contact avec la famille du président du parti qui leur a demandé de se tenir à l’écart pour préserver sa santé. Moetai Brotherson reproche aussi à Tony Géros de n’avoir jamais cherché le dialogue et de n’être « jamais venu » aux réunions hebdomadaires proposées par Oscar Temaru.

 

  • [12h00] Échanges tendues, dans l’assemblée, entre différents élus – Édouard Fritch, Lana Tetuanui, Mitema Tapati, Hinamoeura Morgant-Cross, Teremuura Kohumoetini-rurua – et le président du Pays, à propos de la stratégie du gouvernement, la réalité des risques économiques d’un rejet des reports de crédit, l’origine de la scission entre le Tavini et A Fano tià, les demandes de retour aux urnes… Le Tapura raille un « conseil politique » et des « règlements de compte » entre indépendantistes où tous les élus et la population ont été invités.
  • [12h30] Le collectif budgétaire de nouveau rejeté à Tarahoi. Si le Tavini a majoritairement décidé de s’abstenir, les élus Tapura et Ahip ont voté contre les deux délibérations, prenant la majorité sur A Fano tià. Ce vote permet au président d’engager la responsabilité du gouvernement pour faire passer le texte sans vote. Ce que Moetai Brotherson a déjà annoncé vouloir faire, rappelant que le texte, technique, est nécessaire pour assurer la continuité de la commande publique. L’assemblée aura alors 5 jours pour déposer une motion de renvoi, qui doit comporter un nouveau texte, un nom de candidat à la présidence et qui doit être votée, 9 jours après son dépôt, par au moins 35 des 57 élus, une majorité qualifiée qui implique un accord Tavini Tapura loin d’être acquis.

 

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Tarena Maohi11/07/2026

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