ACTUS LOCALESFAITS DIVERS « Ils utilisaient nos coutumes » : comment les militaires du Pacifique ont été piégés à Toulon La rédaction 2026-07-19 19 Juil 2026 La rédaction Image d'illustration. L’enquête se poursuit, dans le Var, autour de la famille Akau Vegi-Wing, dont plusieurs membres sont soupçonnés de traite d’êtres humains, de séquestration en bande organisée et de meurtre, dont celui du légionnaire tahitien Mike Gineste. Des témoignages décrivent un mode opératoire rodé : lier des liens affectifs avec de jeunes hommes du Pacifique, isolés en métropole. Au travers de soirées arrosées, de charmes, mais aussi en « offrant les mêmes repères qu’au pays ». « Ils utilisaient nos coutumes, ils parlaient de religion. Qui pouvait se douter ? », interroge un témoin auprès de Var Matin. L’enquête avance, dans le Var, autour de la disparition de Jacques Pakeso et Mike Gineste ? Ces deux militaires, l’un originaire de Nouvelle-Calédonie et l’autre de Tahiti, ont tous les deux disparu en 2022 et 2023 dans le Var. Si les investigations menées n’ont pas permis d’établir que les deux hommes se connaissaient, ils ont en commun d’avoir fréquenté la même famille à Toulon, les Akau Vegi-Wing. Une famille d’origine wallisienne et océanienne, dont la mère, le père et cinq des enfants ont été mis en examen pour séquestration, vol, violences, traite d’être humain ou non-dénonciation de crime. Après des révélations issues des interrogatoires, et la découverte d’ossements qui pourraient être ceux de Jacques Makeso et Mike Gineste, la mère et deux de ses fils ont aussi été mis en examen pour meurtre. Des expertises et investigations se poursuivent, le couple et quatre de leurs enfants sont en détention provisoire, et les témoignages affluent sur le fonctionnement de cette famille dont pas moins de sept jeunes hommes, pour la plupart des militaires, se sont déclarés victimes. Alcool, charme, religion et KFC Le quotidien Var-Matin, à l’origine des premières révélations sur cette enquête qui a trouvé un écho jusqu’au Palais du Luxembourg au travers de la sénatrice Lana Tetuanui, avait déjà décrit un mode opératoire reposant sur l’organisation de « bringues tahitiennes » et autres soirées communautaires. L’idée : entrer en contact avec de jeunes gens du Pacifique isolés en métropole – surtout des militaires, jugés plus vulnérables que les étudiants –, tisser rapidement des liens affectifs, dans le but, pointent les victimes, de les dépouiller de leurs biens, quitte à passer par des séquestrations, violences, ou pire. Un système qui n’est pas neuf, d’après le quotidien régional, auprès de qui un témoin calédonien dit avoir été mis en garde dès 2015, à l’occasion du Festival du Pacifique organisé à la Seyne-sur-Mer, contre cette famille qui avait auparavant vécu à Fréjus. « Ils ne sont pas bien vus là-bas. À chaque fois qu’ils se montraient à des événements, ils séduisaient des jeunes qui venaient d’arriver », précise-t-il. Même scénario à Toulon, où les membres de la famille Akau Vegi-Wing sont très présents dans les rassemblements communautaires, « des soirées alcoolisées qui durent, qui durent… », comme le confient des participants. Et la famille savait y faire preuve de générosité. « Ils ouvraient le coffre de leur van, et ils distribuaient de l’alcool à tout le monde, le soir ils ramenaient des grosses boîtes de KFC et le matin plein de pains au chocolat », raconte un autre témoin. Avant d’ajouter : « La fille, elle allait se coller à eux. Il y en a qui la rejetaient, mais les plus timides avaient plus de mal à résister… » Mike Gineste aurait lui-même entretenu une relation sentimentale avec Emmalani avant de déposer plainte pour vol en avril 2023, quelques jours seulement avant sa disparition. Mais plus que le charme ou l’alcool, les Akau Vegi-Wing, d’après les témoignages recueillis par Var Matin, attiraient en offrant un bout de Pacifique aux jeunes qui s’en étaient éloignés. « Ils utilisaient nos coutumes, ils parlaient de religion et montraient une forme de générosité », détaille une source au quotidien. « Ils parlent de Dieu, ils offrent de la nourriture et surtout de l’alcool, ils montrent le visage d’une famille avec des enfants. Qui pouvait se douter de quoi que ce soit ? Ceux qui viennent de loin n’ont plus leurs repères familiaux. Et cette famille semblait offrir les mêmes repères qu’au pays… » « Vous voyez le diable ? » Il est sympa à côté d’eux. D’après le quotidien régional, la mère, Héléna Akau Vegi-Wing, dite « Malia », était une figure connue au sein de la communauté polynésienne et mélanésienne du Sud de la France. La quinquagénaire, qui a grandi à Nouméa, est soupçonnée aujourd’hui d’être celle qui tire les ficelles de ce système. « Malia disait que son mari, Édouard, avait été victime d’un accident quand il était encore militaire, il était malade et ne travaillait pas », témoigne dans les colonnes de Var Matin une personne ayant fréquenté la famille. Devant cette mère de six enfants et sa « vie difficile », certains l’ont « prise en pitié ». D’autres avaient une toute autre vision de cette matriarche et de sa famille. En 2022, un serveur dit avoir été agressé violemment par les Akau Vegi-Wing, qui avaient été interdits d’accès à son établissement après de nombreuses plaintes. Il dit être tombé, tard dans la soirée, dans une embuscade, frappé à coups de club de golf par la mère tandis que ses fils le tenaient à terre. D’autres membres de son équipe ont été menacés de mort, assure-t-il, regrettant que les « plaintes n’aient rien donné ». « Vous voyez le diable ? « Il est sympa à côté d’eux », témoigne la victime sous couvert d’anonymat, et après avoir quitté Toulon, « par peur des représailles », comme le précisent nos confrères.