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Tony Géros à la place de Moetai Brotherson… Le Tavini clarifie sa stratégie

Réuni ce samedi en conseil fédéral à Faa’a, le Tavini a acté sa volonté de renverser Moetai Brotherson, fraichement exclu du parti, par une motion de défiance. Tony Géros, désigné pour prendre la tête du gouvernement, se dit prêt à des négociations de fond avec les autonomistes. Une ligne adoptée en présence d’Oscar Temaru, qui s’est exprimé, plus que sur le changement d’exécutif, pour une accélération de la marche vers l’indépendance, et qui doit être confirmée lors d’un congrès du Tavini. Seule la ministre Vannina Crolas a appelé à travailler avec A Fano tià.

Le Tavini a assez patienté. Ce samedi, une centaine d’adhérents – élus de l’assemblée, membres du conseil fédéral et militants – se sont réunis au siège de Fa’aa pour échanger sur la situation du Pays et de sa gouvernance. Si le parti indépendantiste n’a pas déposé la motion de renvoi dans la fenêtre qui était ouverte jusqu’à ce vendredi – Tony Géros estime que la procédure qui rendait ce dépôt possible est viciée et a demandé au Haut-commissariat de la déférer – les dirigeants et participants à la réunion ont affiché leur volonté de renverser le gouvernement Brotherson, en passant désormais par une motion de défiance. Une procédure qui ne nécessite pas d’attendre le dépôt d’un texte budgétaire et l’engagement de la responsabilité du gouvernement, mais qui doit s’appuyer, comme la motion de renvoi, sur un vote de 35 élus qui désignent dès le dépôt un nouveau chef du gouvernement.

Des négociations à venir avec les autonomistes

Un candidat dont on connaît déjà le nom, confirmé à l’applaudimètre : Tony Géros. Le vice-président du parti, dix jours après avoir acté la « démission d’office » – donc l’exclusion – de Moetai Brotherson qui avait pour la première fois signé un communiqué en tant que président de A Fano tià, assume désormais l’idée de quitter le perchoir de l’assemblée pour prendre la présidence… Sans s’avancer sur l’élu qui le remplacera à la tête de Tarahoi. Il faut dire que ce déménagement demandera d’intenses discussions entre le groupe Tavini – 21 voix dont celle d’Oscar Temaru, auxquelles s’ajoutera probablement celle de Hinamoeura Morgant-Cross – et les autonomistes, qui comptent 16 élus côtés Tapura, et deux du côté de A here ia Porinetia, en plus de Teave Chaumette.

« Ce n’est pas que le groupe Tavini qui pourra installer quelqu’un à la tête du gouvernement actuel », confirme Tony Géros. « Il y a des négociations, mais la base de ces négociations ne semble pas avoir été complètement discutée ce matin, donc, on a proposé d’organiser un congrès. » La date de ce congrès exceptionnel des bleu ciel reste toutefois à préciser. « Peut-être dans les semaines ou les mois à venir », explique Tony Géros, qui refuse de s’avancer davantage dans les calculs électoraux à Tarahoi, qui doivent aussi tenir compte, en cas de démission du gouvernement, de la redescente vers l’assemblée de Moetai Brotherson et Minarii Galenon, qui remplaceront deux élus bleu ciel, Ruben Teremate et Cliff Loussan. Sur le calendrier comme sur le reste, « je ne peux répondre aujourd’hui. C’est trop prématuré ».

Il faudra « discuter avec tout le monde » confirme Vito Maamaatuaiahutapu. « Il a été décidé de mettre le peuple en avant, la souffrance du peuple, la vie chère et tout ça. On a constaté que le gouvernement actuel ne répond pas de manière claire à toutes ces demandes », poursuit le secrétaire général du Tavini. « Les voix ont été unanimes : aujourd’hui Tony Géros a été désigné par tous les membres du parti qui étaient là », poursuit-il.

Muet sur le renversement, Oscar Temaru veut surtout accélérer la marche vers l’indépendance

Et parmi ceux qui étaient là, il y avait Oscar Temaru, qui tenait jusque-là une ligne d’union du camp indépendantiste qui a été le fil rouge de sa carrière politique. Plutôt discret sur cette idée de renversement, le président du parti, qui voilà une semaine encore, votait pour le collectif gouvernement que tout le reste du groupe bleu ciel refusait de soutenir, n’est pas non plus intervenu contre la désignation de son « fils aîné » Tony Géros pour prendre l’exécutif. Le « metua » estime que les conflits de personne ne sont que des « symptômes », et s’est surtout exprimé sur le fond du combat, contre le « colonialisme ». Après avoir régulièrement évoqué, ces dernières années, l’idée d’une déclaration unilatérale d’indépendance, Oscar Temaru appelle une nouvelle fois à accélérer la trajectoire vers la pleine souveraineté. Difficile d’imaginer que ce sera la ligne directrice des négociations avec les autonomistes.

Le président du Tavini en marge de son parti ? « L’idée de cette réunion est venue de lui, assure pourtant Vito Maamaatuaiahutapu. Il nous a convoqués mercredi soir pour en parler ». Une démarche qui peut paraître étonnante, après la convocation par Oscar Temaru, le lundi 13 juillet, de l’ensemble des cadres et élus de son parti. Ni Tony Géros, ni les autres élus du groupe bleu ciel à l’assemblée n’ont fait acte de présence. Pour le secrétaire général du parti, c’est « parce qu’on n’avait pas d’ordre du jour bien précis » – « l’indépendance de Maohi Nui » avait été annoncée comme seul point au programme des discussions – ajoutant également que se réunir « dans la semaine, c’est assez difficile ». « Et puis, il y avait des membres de l’Assemblée qui étaient encore occupés dans les commissions », justifie encore Vito Maamaatuaiahutapu.

« Je pense qu’on a plus de chances de travailler ensemble que de travailler avec des autonomistes »

Parmi les prises de parole, celle de Vannina Crolas a tranché avec la défiance ambiante à Moetai Brotherson. La ministre de la Fonction publique a demandé un « travail commun » avec A Fano tià, pour faire avancer les réformes avant la fin de la mandature. « J’espère toujours qu’ils ne vont pas réussir à rassembler le nombre de voix nécessaires pour la motion de défiance et qu’on sera obligés de se rassembler A Fano Tia et le Tavini, puisqu’on partage les mêmes objectifs, mais pas les mêmes façons de faire. Mais je pense qu’on a plus de chances à travailler ensemble que de travailler avec des autonomistes qui n’ont rien à voir avec notre vision et avec le projet de société qu’on veut mettre en place. »

La ministre a aussi expliqué avoir songé, comme la vice-présidente Minarii Galenon à démissionner à la fois du gouvernement, mais aussi du parti. « Je voyais qu’au niveau du gouvernement, les questions liées à l’indépendance et à l’accession à la souveraineté, n’avançaient pas beaucoup. Alors que c’est dans le programme du gouvernement. Et donc, j’avais dit au président Moetai de me faire retirer, parce que je ne suis plus en phase avec cette dimension politique du gouvernement », détaille encore Vanina Crolas. « Il m’a dit qu’il y avait des réformes importantes et qu’il fallait continuer ces réformes. Jai demandé à rencontrer les dirigeants du parti, notamment le président et le vice-président, qui tous deux m’ont demandé de rester au gouvernement. » Côté parti la militante a aussi ses désaccords, notamment sur l’idée d’une accession à l’indépendance par déclaration unilatérale. Elle explique qu’elle étudiera son adhésion en fonction des échanges du congrès à venir. 

Cette réunion marque en tout cas une rupture. Le Tavini, assume publiquement sa volonté de renverser le gouvernement, et Tony Géros, toujours, à ce jour, vice-président, est plus que jamais, aux manettes, aux côtés d’un président en retrait. Reste désormais à savoir si cette volonté politique pourra se traduire par une majorité à Tarahoi. Interrogé sur le départ récent d’un membre du Tavini de l’Assemblée, Tony Géros estime que ce type de mouvement pourrait se reproduire. « Même dans le sens inverse, assure-t-il. Il peut y avoir des membres du Tavini qui nous ont quittés qui vont vouloir revenir ».

Alexandra Perrini et Charlie Réné

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