
Cinq recours, pas moins, après les municipales de Raiatea. Il faut dire que le scrutin a été serré : après être arrivé en tête au premier tour, la liste Tapura Amui soutenue par Cyril Tetuanui a récolté 59 voix de moins que Te reo o te nuna’a, liste d’alliance où on retrouvait notamment Naumi Mihuraa et Gérard Goltz, plus tard élu tavana.
Pour contester ces résultats, Lana Tetuanui, auteure de plusieurs des recours, mettait en avant diverses irrégularités dans le scrutin. A notamment été débattue la teinte de certains bulletins de vote adverses, légèrement modifiée après une réimpression pour corriger l’orthographe du nom d’un des candidats. Ou le prénom de sa fille Naumi Mihuraa, qui ne correspond pas à son inscription à l’état civil. Des arguments qui n’ont pas convaincu le rapporteur du tribunal administratif : les problèmes de bulletins ont plutôt joué en défaveur des listes adverses, et Naumi est bien le prénom « usuel » sous lequel la candidate, tête de liste au premier tour avant son alliance avec Gérard Goltz, s’est inscrite au Haut-commissariat.
« Battage médiatique » autour de l’inéligibilité
Mais l’élection avait surtout été marquée par le retrait du maire sortant de sa propre liste dans l’entre-deux-tours. Notifié le 13 mars du rejet de son recours en cassation, et donc de sa condamnation définitive à deux ans d’inéligibilité, le maire Tapura avait pu maintenir sa liste en l’état lors du premier tour, le 15 mars, mais avait dû, laisser sa place en tête de liste à Moemoea Colomes lors du second, le 22. Or comme le Me Robin Quinquis, la décision de la Cour de cassation datait, elle du 3 mars. La notification tardive, et le « battage médiatique » qui l’a accompagnée, « avec des interprétations parfois erronées des conséquences de l’inéligibilité de Cyril Tetuanui », ont exercé une « influence », voire une « pression », sur le résultat des élections. Et donc troublé la « sincérité du scrutin » :
L’avocat estime que le débat aurait été plus serein si le Haut-commissariat avait notifié l’inéligibilité plus tôt – les services de l’État avaient déjà précisé, à ce propos, que la notification avait été effectuée dès la transmission officielle de la décision de la juridiction parisienne – ou plus tard. Il faut tout de même noter que Cyril Tetuanui avait été informé de la décision de la cour, attendue depuis de longs mois, dès le 3 mars, et avait choisi de ne pas révéler l’information ni de se retirer de la tête de liste avant la notification des autorités.
Pas de manœuvre
Quoi qu’il en soit, cette idée d’une « polémique électorale » tardive n’a pas davantage convaincu le rapporteur public, qui ne voit pas, dans le cycle « normal » d’une procédure pénale entamée plusieurs années auparavant un manœuvre pour altérer les résultats. L’avocat de l’équipe élue à la mairie, Me Des Arcis attaque, lui, les sous-entendus des recours de Lana Tetuanui qui voudrait que la Cour de cassation adapte son calendrier à celui des élus condamnés. « C’est stupide : la Cour de cassation n’a pas à prendre une décision en prenant compte de la date des élections municipales, qui ne sont pas du tout de son ressort. C’est la séparation des pouvoirs, dit-il. La Cour est libre est libre de la rendre quand elle veut, et le Haut-commissaire l’a exécuté immédiatement, et Cyril Tetuanui n’avait pas à faire de commentaires, comme l’a rappelé la représentante du Haut-commissaire ».
Gérard Goltz, présent au tribunal, suggère en outre que l’annonce de l’inéligibilité de Cyril Tetuanui lui a même plutôt profité :
La décision du tribunal est attendue pour le 26 mai.
