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Santé, administration, clientélisme… Moetai Brotherson veut « déconstruire les erreurs du passé »


Pas de grandes annonces, mais beaucoup de doigts pointés dans le discours d’ouverture de la session budgétaire de l’assemblée, ce jeudi. Le président du Pays a cité plusieurs textes, souvent déjà évoqués, sur le logement, la cherté de la vie ou l’alimentation qui seront débattus dans les semaines à venir. Il a surtout blâmé ses prédécesseurs sur plusieurs sujets : la pénurie de soignants liée selon lui à la fermeture de Mathilde Frébault, les délais de permis de construire… Ou encore « la distribution des aides à la tête du client » contre laquelle il met en garde sa propre majorité : « l’indépendance ne doit pas être la continuité d’une autonomie teintée de clientélisme ». 

Nouveau règlement, à l’assemblée pour l’ouverture de la session budgétaire qui durera jusqu’à la fin de l’année. Tony Géros l’avait déjà annoncé, il n’y aura plus de double discours – souvent répétitifs, et parfois dissonnants en introduction des débats. Le président de l’assemblée, qui ouvrira la session administrative en avril prochain, est donc resté sur son perchoir ce jeudi matin, et a laissé la place à la tribune à Moetai Brotherson. Le président du Pays n’a lui pas enfreint les codes de cet exercice introductif, en faisant un point chiffré sur l’état de l’économie locale, mais aussi nationale et mondiale. Son constat : dans un contexte difficile pour tout le monde, et particulièrement « délicat » pour Paris, la Polynésie résiste bien.

« Les chiffres ne font pas de politique »

Certes les chiffres de la croissance 2024 sont « modérés », mais le marché de l’emploi n’a cessé de se consolider depuis le Covid, la demande est « soutenue » – « le secteur public y a participé » – et les chiffres d’affaires du tourisme sont au plus haut. « La Polynésie françaises se porte économiquement bien, les chiffres le montrent et les chiffres ne font pas de politiques, explique le président. Mais ça n’est pas encore suffisant : nos marges de progression sont encore importantes pour refonder notre société pour une plus grande justice fiscale, sociale et économique. Dans un contexte national et international incertain nous nous devons de rester vigilants ».

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Une vigilance exigée des parlementaires polynésiens, contre le risque de baisse des aides de l’État auprès du pays ou des communes. Et une vigilance qui pousse le gouvernement a adopté des projections de croissance qualifiées de « prudentes », mais qui table tout de même sur un maintien de la consommation, une « commande publique conjoncturellement élevée », grands chantiers du BTP aidant, un « marché du travail qui restera dynamique » et une « inflation maitrisée entre 1 et 1,5% en moyenne annuelle ». Des projections qui devraient se retrouver dans les prévisions de recettes fiscales pour l’année 2026 lors de l’examen du budget.

La gratuité des cantines dans les collèges et lycées

Voilà pour le tableau économique, mais le discours d’ouverture de la session budgétaire se veut avant tout politique. Dix jours après une grande marche contre l’ice, le sujet a sans surprise été mis aux devants du discours, le président appelant à une union sacrée – côté politique, mais aussi du côté des forces économiques, appelées à ne pas fermer les yeux sur les gros paiements en cash qui proviennent des trafics – et annonçant « de nouveaux moyens de lutte qui seront inscrits au budget », sans chiffre ni précision.

Le président était aussi très attendu, y compris au sein de sa majorité, sur la question de la vie chère. Et de côté, les annonces sont maigres. Un projet de loi Tama’a Maita’i doit « venir soutenir le pouvoir d’achat d’une grande partie des classes moyennes » et soutenir « la consommation de produits locaux ». Un autre texte, pas plus défini, doit « faire baisser le prix d’un certain nombre de produits de consommation courantes ». Il s’agit probablement de la réforme des PPN et PGC travaillée depuis longtemps par le ministère des Finances, et qui doit passer par une prise en charge du fret international des produits de première nécessité, un élargissement de la liste de ces produits aux marges contrôlées, mais aussi un « assouplissement » des étaux réglementaires qui aboutira, sur ces PPN, à des augmentations de prix. Dans la lignée du pack législatif sur la protection sociale adopté fin août, le président a surtout annoncé une loi garantissant la gratuité des cantines relevant du Pays. À savoir celles des collèges et lycées.

« Ceux qui ont fermé l’Institut Mathilde Frébault portent une responsabilité »

Côté logement, Oraihoomana Teururai devrait faire aboutir dans la session le mécanisme de mise à disposition de foncier public aux promoteurs promis depuis le début de la mandature. « Un nouveau mécanisme de bail pour faire baisser les prix de l’immobilier pour les classes moyennes d’ici l’an prochain », explique le président, qui annonce aussi une aide sur l’achat de citernes à eau attendue par les archipels.

Peu de nouveauté côté social, et un doigt pointé côté santé, secteur à propos duquel Moetai Brotherson a insisté sur le caractère mondial de la pénurie de soignants. « Cette réalité est connue des responsables politiques depuis des années, lance-t-il. Ceux qui ont fermé l’Institut Mathilde Frébault portent une responsabilité dans les difficultés que nous connaissons et continueront de connaître malheureusement. Je sollicite notre assemblée de bien vouloir faire la lumière sur les intentions de ceux qui ont mis à mal notre système de santé et la santé de notre population ».

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Après l’adoption de la réforme du RNS, le programme est plutôt léger pour la santé dans cette session : le président ne parle que des revalorisations, déjà annoncées, des infirmiers aide soignants et du personnel hospitalier. « En parallèle, le ministre en charge de l’Education et de l’Enseignement supérieur contactera avant la fin de l’année tous nos enfants boursiers qui sont hors du fenua pour revenir servir leur pays ».

« L’indépendance ne doit pas être la continuité d’une autonomie teintée de clientélisme »

Ce n’est pas le seul sujet sur lequel le président invoque la responsabilité de ses prédécesseurs. Moetai Brotherson estime que l’économie souffre « d’errances si anciennes que personne ne sait plus d’où elles viennent ». Du côté de l’instruction permis de construire, notamment, qui bénéficieront de nouveaux postes inscrits au budget. S’ajoute un texte qui viendra, « d’ici le premier semestre 2026 », réformer le Code de l’aménagement pour opérer un « allègement et de un rationalisation des procédures ». De quoi dynamiser l’activité d’entreprises qui ont un « carnet de commandes pleins à craqué », et qui, d’après le président ont été alimenté par 40 milliards de francs de commandes publics, tous secteurs confondus, en 2025.

Le président ne détaille pas les nombreux textes fiscaux qui doivent normalement ponctuer cette session budgétaire  – réformes de la TDL, des taxes hôtelières, de l’impôt sur les transactions, de la taxation des SCI, TVA à 1% dans les îles… – mais il les évoque à plusieurs reprises sous l’angle de la justice fiscale. « Si des réformes restent à mener, nous avons le courage de prendre tout cela à bras-le-corps pour une création de richesse forte et une juste répartition de cette richesse », dit-il. Avant de s’adresser à tous les élus de l’assemblée, et semble-t-il particulièrement à son propre camp. « Pour déconstruire les erreurs du passé, il faut énormément d’énergie et de détermination dans la durée dit-il. La fin du clientélisme a ébranlé tout un système qui ne demande qu’une chose, c’est le retour des CAE, la distribution des aides à la tête du client ou selon l’appartenance politique. Nous voulons préparer l’indépendance. Mais l’indépendance ne peut pas être, ne doit pas être la continuité d’une autonomie teintée de clientélisme. Ça, ce n’est pas possible ».

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Un discours terminé sur une « note poétique » avec un passage du texte « Il restera de toi ce que tu as donné ».

https://www.youtube.com/watch?v=nhzwoxoPOzw