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Sur la vie chère, chacun sa route et « chacun sa méthode »

En ouverture de la session administrative de l’assemblée, ce jeudi, Tony Géros et Moetai Brotherson ont affiché une priorité commune, la lutte contre la vie chère, mais avec des méthodes manifestement très différentes. Le président de l’assemblée s’interdit toute « demi-mesure », et veut faire avancer, sur la base de son colloque du mois de mars, des propositions de loi « courageuses » déjà dénoncées par le patronat. Le second a au contraire insisté sur l’impératif de concertation, qui aurait déjà abouti à des compromis « lucides et responsables » avec les chefs d’entreprises sur la fiscalité ou le contrôle des prix. Deux méthodes, deux barreurs… et le risque de fixer des caps divergents. 

Tony Géros aurait préféré un discours commun pour cette ouverture de la session administrative de l’assemblée. Le règlement n’a pas été modifié, ce sera pour la prochaine fois, et ce jeudi matin, ce sont bien deux présidents qui se sont relayés à la tribune de Tarahoi. Un exercice souvent très convenu, destiné à faire le point sur l’activité du législatif et de l’exécutif du Pays, et à donner le ton des débats des prochains mois.

Côté bilan, le chef du gouvernement et celui de l’assemblée se retrouvent dans une certaine satisfaction des mois écoulés. Tony Géros insiste sur la densité de l’activité parlementaire, que l’on parle des travaux internes, sur la déontologie notamment, ou les propositions de loi des élus, dont plusieurs devraient être étudiées ces prochaines semaines. Moetai Brotherson met en exergue, lui, la bonne santé de l’économie, enchaînant les chiffres sur l’activité, le moral des entreprises, l’emploi – où, certes, il « reste à faire » -, le niveau de liquidation « record » des investissements du Pays, et même l’inflation, plus contenue qu’en métropole ou que dans d’autres pays. « On ne s’en sort pas si mal », lâche le président, déjà auteur d’un « tout ne va pas si mal » et d’un « tout va bien mieux » lors des séances solennelles précédentes. « Ça n’est pas moi qui le dit, c’est l’IEOM, on peut leur faire confiance », précise-t-il après le discours. Mais qu’importent ces « points d’étape », c’est surtout un cap qui était attendu, ce matin à Tarahoi. Chance : le tandem de leaders Tavini n’en a pas fixé un, mais deux.

« Moi, je suis un homme de concertation »

Les présidents du Pays et de l’assemblée se retrouvent sur un point important : leur priorité. La vie chère, plus que jamais, est au cœur des travaux, des débats et des projets. Mais c’est sur la méthode que les discours divergent, là aussi plus que jamais. Tony Géros, comme au congrès du Tavini le weekend passé, affiche sa détermination sur la mise en œuvre des conclusions du colloque qu’il a organisé mi-mars à l’assemblée. Oubliées les vives critiques du Medef ou de l’opposition sur cet exercice et ses conclusions, l’élu indépendantiste parle de constats « unanimes » sur les causes de la cherté des prix. Et cible expressément les mesures les plus dénoncées par le patronat : le retour de l’interdiction des exclusivités d’importation, le contrôle des grands groupes qui « dominent » l’économie, exerçant parfois « une position de force excessive », et la lutte contre les marges « parfois déraisonnables ». Pas de « demi-mesures », pas « d’ajustements marginaux », il faut avancer avec des réformes « courageuses » et « profondes« , insiste-t-il, confirmant donc que des propositions de loi seront faites directement à Tarahoi sans passer par l’exécutif… ou par de nouvelles concertations autres que celles du Cesec.

Or ces concertations étaient justement au centre du discours de Moetai Brotherson qui assure, quelques minutes plus tard, que son gouvernement travaille « depuis de longs mois » avec les entrepreneurs et les partenaires sociaux sur des réformes « lucides et responsables ». Parmi les textes annoncés, le toilettage de la TDL, « qui va aboutir cette année après 20 ans » de tergiversations, la révision des systèmes de contrôle des prix et des marges, en plus d’exonérations de TVA ciblées. Autant de textes qui ont fait l’objet de compromis et de longues discussions avec le patronat, insiste le chef du gouvernement comme pour marquer la différence avec Tony Géros.

Une différence parfaitement assumée : « Chacun sa méthode. Moi je suis un homme de concertation, ce qui ne m’empêche pas de prendre des décisions fermes quand la discussion n’aboutit pas, précise-t-il. Je pense que c’est comme ça qu’on peut y arriver parce qu’il ne faut pas s’imaginer que les bonnes idées ne peuvent venir que du gouvernement. Les professionnels, le secteur privé, ils sont au charbon tous les jours, ils savent de quoi ils parlent, et donc il faut les écouter ».

« À défaut d’attendre les annonces du gouvernement, on va aller chercher les œufs »

Écoutez le patronat, c’était précisément l’appel que lançait Édouard Fritch dans l’Invité de la rédaction mardi. Et pourtant le président du Tapura ne s’est pas vraiment retrouvé dans le discours du président du Pays, et encore moins dans celui du président de l’assemblée, qui manquent cruellement, selon le chef de file de l’opposition, d’annonces réellement attendues par les entreprises. « Elles ont pensé que lors de cette session il y aurait des annonces d’un train de mesures sur les impôts que payent les entreprises et les contribuables de ce pays. Pas un mot ! Rien n’a été dit là-dessus, note l’ancien président. On dit seulement que tout va bien, réjouissez-vous, c’est Pâques. À défaut d’attendre les annonces du gouvernement, on va aller chercher les œufs. »

Mesures divergentes : « J‘espère qu’on n’arrivera pas à ça »

Le président du Tapura appuyait mardi sur nos antennes sur la « guerre » menée par Tony Géros contre le gouvernement, avec la vie chère comme arme de choix. De quoi s’interroger, selon lui, sur la cohérence de l’action du Pays, qui risque effectivement d’être troublée, si les propositions de loi de l’assemblée percutent ou développent une autre stratégie que les projets transmis par l’exécutif aux mêmes élus. Un risque qui n’est pas complètement écarté par Moetai Brotherson. « J’espère qu’on n’arrivera pas à ça. C’est tout l’objet des comités de majorité, c’est lors de ces réunions que nos représentants présentent leurs projets de textes, rappelle-t-il. On va avoir le cas de figure sur le projet de loi du Pays sur les comptables… Là-dessus, on a n’a pas forcément la même position, il va falloir qu’on discute, qu’on trouve une voie médiane peut-être… Après, l’assemblée reste souveraine sur l’adoption des textes. »

Ces initiatives de l’assemblée, et cette divergence de méthode pourraient, après la vie chère, toucher d’autres sujets. Tony Géros a ainsi annoncé qu’un colloque programmé au mois d’août, sur le même principe que celui de mars, portera sur l’épineux problème du foncier, avant un troisième rendez-vous de l’année, en octobre, sur la thématique des énergies renouvelables.

 

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Jt Vert 11/04/2025

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