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Édouard Fritch : en « agressant le patronat », le Tavini va « tuer la poule aux oeufs d’or »

Le président du Tapura est revenu, sur Radio1, sur le colloque contre la vie chère organisé à l’assemblée. « Du cinéma », dit-il, uniquement destiné, pour Tony Géros; à « mener une guerre » à l’exécutif et à Moetai Brotherson. Pour l’autonomiste, les mesures retenues par les élus Tavini après le colloque vont dans le même sens : « agresser le patronat » et les entreprises, là où l’ancien président appelle à « faire confiance à ceux qui créent des emplois ». Il propose surtout, pour lutter contre la vie chère, de réformer la fiscalité douanière. Et partage la crainte de crise de Steeve Hamblin : il faut se « tenir prêt » à ce que les remous mondiaux aient des conséquences locales.

Édouard Fritch n’a pas participé au colloque sur la vie chère organisé le 18 mars dernier à l’assemblée. Un choix plus qu’un empêchement, assure-t-il : « Je ne veux pas contribuer à la division du pays », a-t-il commenté sur l’antenne de Radio1 mardi. À l’entendre ce colloque n’a pas été programmé pour trouver des solutions à la baisse du pouvoir d’achat des ménages polynésiens, mais simplement pour « attaquer » Moetai Brotherson, accusé en creux par Tony Géros de ne pas se saisir du sujet à bras-le-corps. « Nous sommes dans une guerre entre l’assemblée et le gouvernement », appuie l’ancien président. Le colloque ne serait qu’une des armes de cette guerre, qui a permis au président de l’assemblée de dégainer des propositions déjà actées et avec un semblant de concertation.

« Ce qui s’est passé à l’assemblée, c’est du cinéma »

« Dès le début du colloque, nous avions les solutions au problème. Et ces solutions sont proposées par des méninges, des matières grises qui ne sont pas du pays : ce sont ces « mauvais Français », qui sont agressés dans les réunions du Tavini. Dans leur dernier congrès, ils parlaient de ces « mauvaises idées » venues d’ailleurs, s’agace le président du groupe Tapura. À quoi on joue ? Nous avons une direction des affaires économiques, nous avons des experts à l’université de Polynésie française, qui peuvent nous conseiller sur les moyens de lutter contre la vie chère. Mais ce qui s’est passé à l’assemblée, c’est du cinéma ». 

Du « cinéma », mais qui a tout de même inspiré à Tony Géros une batterie de mesures qu’il est déterminé, comme il l’a rappelé le weekend dernier en congrès du Tavini, à mettre en pratique. Le vice-président du parti indépendantiste a bien renvoyé vers l’exécutif certaines idées – la réforme de la TDL, l’assouplissement des quotas d’import, l’audit sur le fonctionnement du port et les coût de la manutention, la simplification des procédures administratives – mais il entend surtout travailler, directement à l’assemblée, des propositions de loi pour faire évoluer rapidement le Code de la concurrence.

« Il faut faire confiance à ceux qui créent de l’emploi »

Interdiction des exclusivités d’importation, justement supprimée du code par le gouvernement Fritch, surveillance particulière des grands groupes par l’APC, renforcement des obligations de dépôts de compte… Pour le chef de file de l’opposition autonomiste, toutes ces mesures s’inscrivent dans la même logique. « L’idée, c’est que pour que les prix baissent dans notre pays, il faut agresser le patronat, ceux qui créent des emplois, de la croissance dans ce pays, résume-t-il. Je pense qu’on a changé de siècle, c’est l’inverse qui doit se faire : il faut faire confiance à ceux qui créent de l’emploi. Car ce n’est pas l’administration, pas les communes, pas l’argent public qui crée cet emploi. Au contraire on est en train de souquer de ce côté-là. Faisons-leur confiance : il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or. »

Mais alors quels leviers d’action sur la vie chère ? La fiscalité, répond l’ancien président, qui appelle encore une fois à jouer sur les taux de TVA et les droits d’entrée pour faire baisser les prix des produits sensibles. « On peut pas les retirer comme ça, je ne veux pas être démago, mais ce sont des leviers connus », explique celui qui en fin de mandat avait plutôt fait le trajet inverse, en mettant en place une « Contribution pour la Solidarité », certes fléchée vers la PSG mais qui venait tout de même gonfler la note des consommateurs. « Ça faisait contribuer tout le monde et pas que les salariés et les patrons à la vie sociale de ce pays, et c’est ce que réclamaient les syndicats depuis des décennies, répond Édouard Fritch. Ils l’ont foutu en l’air et aujourd’hui ils ont de véritables problèmes à remplacer ce 1%, puisqu’on a mis en place 16% en matière de consommation sur le sucre pour essayer de compenser même pas le tiers de ce qu’ils ont enlevé. »

L’élu autonomiste parle aussi  de baser les droits d’entrée sur le prix FOB (« franco à bord », c’est à dire le coût du produit à l’embarquement) au lieu du prix CAF (assurance et fret compris). « Les patrons posent la question, il faut y réfléchir », indique-t-il, reconnaissant qu’il ne sera pas facile pour le Pays de trouver le moyen de « se passer d’une dizaine de milliards » de francs de recettes fiscales.

Crise mondiale : « Il faut se préparer »

Édouard Fritch le reconnait : il n’a « pas toujours partagé » les vues des organisations patronales, avec qui il a eu des accrochages réguliers, en matière de protection sociale, de politique économique ou de fiscalité. Mais il semble aujourd’hui tendre la main aux organisations patronales, et notamment le Medef, très remonté contre ce colloque et ses conclusions. L’ancien président rejoint d’ailleurs Steeve Hamblin dans une crainte : la guerre commerciale lancée par Donald Trump, même si elle a connu un tournant inattendu ces derniers jours avec la suspension temporaire de certains « tariffs » douaniers, risque d’avoir un fort impact sur le tourisme mondial, et donc sur le moteur de l’économie polynésienne.

Moetai Brotherson, bien conscient des remous internationaux, avait appelé en réponse à ne pas être « catastrophiste » et balayé les demandes du président du Medef sur la mise en place d’une cellule de crise et de mesures d’anticipation de protection de l’emploi et de la consommation. Le président du Tapura, lui, estime qu’il faut se tenir prêt. « Il faut se préparer, et il faut s’appuyer sur des professionnels pour le faire : ceux du Medef, de la CPME, qui ont mis les moyens pour faire fleurir cette économie, reprend-il. Eux peuvent nous accompagner et nous donner dès aujourd’hui des solutions à ces problèmes ».

 

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