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« Cet hôpital n’est pas un hôpital » : la santé publique en débat à la Presqu’île


Le ton monte autour de l’hôpital de Taravao. Après les alertes relayées ce week-end, le Pays assure de la continuité des soins et des urgences, mais reconnaît un fonctionnement dégradé à la suite de plusieurs arrêts maladies de soignants. Cette nouvelle crise relance le débat sur la prise en charge sanitaire à la Presqu’île, les tavana de Tereheamanu réclamant un hôpital doté d’une maternité et de blocs opératoires. Des attentes auxquelles répond en partie le pôle de santé public-privé, qui a trouvé un terrain mais attend toujours son appel à manifestation d’intérêt, a répondu la ministre de la Santé, promettant aussi des avancées sur le Smur du Sud… Si la situation budgétaire se débloquait.

« Contrairement aux informations qui circulent sur les réseaux sociaux, les urgences sont restées ouvertes ce dimanche. » Dans un communiqué diffusé ce lundi, le gouvernement s’est voulu rassurant sur l’absence de médecin et de personnel paramédical aux urgences de l’hôpital de Taravao, qui provoque de vives réactions sur les réseaux. Depuis plus d’un an, l’établissement – comme le CHPF – est confronté à une pénurie de médecins et de personnels soignants. Interrogée par Polynésie la 1ère, Vaitea Le Gayic, cinquième secrétaire générale adjointe du syndicat CSIP, explique avoir été « saisie » en urgence dimanche matin par des membres du personnel qui l’ont informée qu’ « il n’y avait pas de médecin » pour prendre en charge les patients. En parallèle, le même jour, une partie des infirmiers, « épuisés » et estimant ne plus pouvoir assurer le service sans médecin urgentiste, se sont mis en arrêt de travail. « À partir de la semaine prochaine et jusqu’à fin août, il y aura des jours où il n’y aura pas du tout de médecins », alertent-ils au travers du syndicat.

Le gouvernement assure de son côté que la situation de dimanche avait été anticipée. L’absence d’un médecin urgentiste inscrit au planning, pour lequel aucun remplaçant n’avait pu être trouvé, avait conduit la Direction de la santé à mettre en place « une organisation de la permanence des soins limitée », avec le renfort d’un médecin généraliste. Le Pays rappelle également qu’une communication avait été diffusée dès samedi afin d’informer la population des difficultés attendues sur le « temps d’attente plus long qu’habituellement », et la prise en charge prioritaire des « situations les plus urgentes ».

Le gouvernement écarte toute fermeture en juillet

L’exécutif reconnaît néanmoins que ce dispositif a été fragilisé par les « absences imprévues de plusieurs soignants », survenues dimanche matin sous la forme d’arrêts de travail. Ces absences ont entraîné « une dégradation plus importante des capacités de prise en charge ». Malgré ces difficultés, le gouvernement assure que les patients nécessitant des soins urgents ont pu recevoir les soins nécessaires, avec l’appui du Samu. Enfin, le Pays se veut rassurant pour les jours à venir. « Les effectifs de la nuit de dimanche à lundi ont permis d’assurer un fonctionnement normal des urgences de Taravao et, à ce jour, aucune fermeture n’est prévue au cours du mois de juillet », indique le communiqué.

Le gouvernement appelle « chacun à faire preuve de responsabilité dans le partage des informations. La diffusion de messages inexacts est en effet susceptible de créer une inquiétude injustifiée au sein de la population et de dissuader certaines personnes de se rendre aux urgences en pensant, à tort, que le service est fermé. Une telle situation pourrait avoir des conséquences graves pour des patients nécessitant une prise en charge rapide. »

« Cet hôpital n’est pas un hôpital »

Au-delà de cet épisode de crise, les difficultés rencontrées aux urgences relancent le débat sur l’état et les performances de l’hôpital de Taravao, un dossier sur lequel les tavana de la Presqu’île, réunis lundi réclament des engagements plus ambitieux. Le tavana de Teva i Uta Tearii Alpha demande la construction d’un « véritable hôpital à Taravao » et se dit « inquiet » concernant le personnel et la structure qui existe depuis 75 ans. « Lorsque nos pompiers interviennent pour ramener les patients et les malades vers l’hôpital, il y a deux fois sur trois, une évacuation vers le taone », constate le maire. « Cet hôpital n’est pas un hôpital. Nous avons demandé à la ministre d’accélérer la décision de remettre en place et reconstruire » un nouvel établissement à Afaahiti pour le développement de la Presqu’île, un « bassin de 60 000 habitants », détaille Tearii Alpha.

L’ancien vice-président du Pays et ancien président de la communauté de communes Tereheamanu explique avoir demandé à la ministre de la Santé Raihei Ansquer, qui a répondu à leur invitation lundi après avoir fait une visite à l’hôpital, d’anticiper les futures extensions de l’hôpital et de ne pas se limiter à une maternité de niveau 1, mais de « prévoir » dès à présent un bloc opératoire ainsi qu’une maternité intégrés au projet de rénovation. Il a également rappelé que les délais administratifs et techniques peuvent être longs, « parfois une décennie avant l’inauguration ». « Il ne faut pas perdre de temps : la décision et l’engagement financier doivent intervenir rapidement pour ne pas compromettre l’avenir sanitaire et socio économique de la Presqu’île », écrit la commune de Taiarapu Est sur Facebook.

Le Smur du sud

En 2024 déjà, l’ancien ministre de la Santé, Cédric Mercadal, avait annoncé que le projet de nouvel hôpital un temps envisagé pour la Presqu’île – sous le gouvernement d’Édouard Fritch en 2018 – n’était plus d’actualité. Son coût, estimé jusqu’à 28 milliards de francs, auquel s’ajoutaient les importants investissements consacrés à la rénovation du CHPF et de l’hôpital d’Uturoa, avait conduit le Pays à privilégier une autre option. L’exécutif prévoyait ainsi de lancer un appel à manifestation d’intérêt afin de confier à un partenaire privé la construction et l’exploitation d’une maternité, de deux blocs opératoires et d’un service d’imagerie sur un terrain attenant à l’hôpital actuel.

Le terrain initialement envisagé n’a finalement pas été retenu et le ministre des Grands travaux, Jordy Chan, en a depuis désigné un autre, pas au contact direct de l’hôpital actuel, mais derrière le centre commercial Pacific Taravao, là où, justement, devait être implanté le premier projet d’hôpital. Le projet de pôle public-privé suit donc son cours, comme l’a confirmé la ministre de la Santé sur le plateau de Radio 1 la semaine passée, mais pas exactement sur les mêmes bases qu’en 2024.  « Cet appel à manifestation d’intérêt sera lancé pour un projet soit de bloc opératoire, soit de maternité », détaillait-elle. La ministre en avait également profité pour détailler, comme devant les tavana lundi,  un deuxième « grand projet » de Taravao : le Smur du Sud, « inscrit au collectif 3 qui j’espère sera adopté et qui nous permettra d’améliorer les chances de survie dans les situations d’urgence à Taravao », et qui implique la création de 18 postes.

D’autres possibilités ont été évoquées lors de la rencontre entre la ministre et les maires de Tereheamanu lundi, notamment l’intégration de l’hôpital de Taravao au CHPF pour permettre des échanges d’effectifs. Les tavana, eux, maintiennent leurs inquiétudes, leurs ambitions d’une offre hospitalière complète pour la Presqu’île, et attendent du Pays des avancées rapides sur ce dossier, et une implication des élus locaux.

 

 

 

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