ACTUS LOCALESSANTÉ Cyclotron et filière cancer : « Chacun sur ces sujets doit assumer sa responsabilité » Lucie Rabreaud 2026-07-07 07 Juil 2026 Lucie Rabreaud Pas de nouveau cap imposé, mais une commission d’enquête. Ce sont les conclusions des débats tendus tenus à l’assemblée lundi sur la filière cancer et l’implantation du cyclotron. Une décision saluée, sur le plateau de Radio 1 ce mardi matin, par Raihei Ansquer, qui veut « mettre tout le monde autour de la table », pour « apporter un éclairage » sur ce sujet clivant jusque dans les rangs médicaux. La ministre de la Santé assure qu’elle se pliera à l’analyse de Tarahoi, mais se dit confiante sur les choix actuels de l’exécutif. Elle salue au passage l’adoption du Schéma d’organisation sanitaire, et espère le vote du collectif 3 – plus qu’incertain puisque Moetai Brotherson choisi de représenter le collectif 2 déjà rejeté en l’état – pour débloquer des financements de matériel hospitalier et des projets comme le Smur du Sud à la Presqu’île. Radio 1 : Les débats autour du cyclotron et de la filière cancer ont été particulièrement tendus à l’assemblée lundi, la proposition de délibération, pour réorganiser la filière cancer et déplacer le cyclotron, a finalement été retirée en échange de la mise en place d’une commission d’enquête. Est-ce un bon compromis ? Raihei Ansquer : Oui, le retrait du texte était ce que je souhaitais. La concession et le compromis qui ont été trouvés sont satisfaisants. Une commission d’enquête va permettre de réunir tout le monde autour de la table et trouver la meilleure solution pour l’installation de ce cyclotron. Est-ce qu’en attendant les résultats de cette commission, vous poursuivez le projet de cyclotron du côté du Taaone ? J’ai expressément demandé que le process d’installation ou de lancement du marché ne soit pas arrêté pour ne pas perdre de temps. Effectivement, le marché a été lancé, nous avons l’ouverture des enveloppes aujourd’hui (mardi, ndlr) qui nous permettra de pouvoir trouver l’architecte pour l’installation et l’acquisition de machines et bâtiments. C’était important de pouvoir continuer ce process puisqu’il s’agit d’une étude pour l’heure actuelle. Il ne s’agit pas encore de travaux lancés, mais d’étude. « Réunir tout le monde pour que cette décision fasse enfin consensus » Mais si la commission d’enquête aboutit sur le déplacement du cyclotron, il faudra tout annuler et tout reprendre à zéro ? N’est-ce pas problématique d’avancer sans savoir si on va aboutir ? J’ai pris le parti de ne plus perdre de temps sur un dossier qui erre depuis 2016. Effectivement, la concession qui a été trouvée, c’est de pouvoir réunir les spécialistes autour de la table pour savoir si on maintenait le projet en l’état. On continue le projet. Je parie aussi sur le fait que ça fait déjà un an qu’on a une équipe projet d’experts qui se penchent sur le sujet et qui a décidé d’opter pour cette solution. Donc, je suis assez confiante sur l’issue qui va être choisie, mais il est important quand même de réunir tout le monde pour que cette décision fasse enfin consensus. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/RAIHEI-ANSQUER-pris-le-parti-de-pas-perdre-de-temps-1.wav On voit ce clivage profond entre les partisans d’une filière cancer indépendante de l’hôpital, formée autour de l’ICPF, et ceux qui au contraire estiment que le CHPF doit garder la main. Est-ce que ces deux points de vue sont irréconciliables ? Il faut rassembler tout le monde. Aujourd’hui, nous avons deux points de vue. L’un de mettre tout le soin à l’ICPF, l’autre de garder le soin au CHPF. Les réalités d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier. Dans un contexte où on a une pénurie de soignants, où on a une explosion de la maladie avec des coûts qui ne vont faire qu’augmenter, il est très important de prendre en compte ces réalités. De même que le parcours patient qui, aujourd’hui, se fait essentiellement au CHPF. Pour vous, avoir un site indépendant du CHPF où se construirait la filière cancer avec le cyclotron et le Tepscan, ça dédoublerait les coûts et au lieu de les mutualiser ? Mon point de vue, c’est que dès qu’on démutualise, on multiplie les coûts par deux et on doit aussi dédoubler les ressources humaines qui manquent cruellement aujourd’hui. Donc effectivement, en termes de soutenabilité, je ne pense pas que ce soit le projet le plus raisonnable. De même qu’en termes de parcours patient, je rappelle que la médecine nucléaire, ça ne concerne pas que les malades du cancer, ça concerne aussi les maladies cardiologiques, pulmonaires. Donc ça entraînerait plusieurs allers-retours entre un hypothétique centre oncologique de référence et le CHPF. De même que les malades du cancer auraient besoin parfois d’avis spécialisé, de cardiologues, de gastro-entérologues ou d’autres types d’imagerie qui ne seraient pas dans cet institut et donc cela rallongerait le parcours patient. « Le cyclotron n’est pas une affaire que de médecins nucléaires » Et pourtant, c’est l’orientation que semblent prendre les deux médecins nucléaires du pays qui aujourd’hui sont opposés au plan qui est présenté par le gouvernement… Il faut prendre de la hauteur et aller au-delà du cancer. C’est un projet qui concerne toute la stratégie globale de santé. C’est un premier point. Le deuxième point, c’est que je rappelle que le cyclotron n’est pas une affaire que de médecins nucléaires. Bien sûr, leur avis est important, il faut le prendre en considération. Mais les radiopharmaciens qui sont les spécialistes, qui ont aussi fait 11 ans d’études, qui sont les spécialistes qui contrôlent, sécurisent et assurent la qualité de ces radioisotopes, sont au cœur même de ce projet. Leur voix porte autant que celle des médecins nucléaires et il faut également les écouter. Il faut mettre tout le monde autour de la table et enfin faire le point sur ce sujet. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/RAIHEI-ANSQUER-Pas-que-cancer-2.wav À l’Assemblée, les élus ont parlé de cet hôpital qui pèse déjà 35 milliards de francs de budget et qui a cette propension à vouloir tout absorber. N’est-ce pas un problème de continuer à augmenter son périmètre alors même qu’il n’arrive pas à recruter ? Le CHPF est un centre de référence. Lundi à l’Assemblée, il a été dit qu’il avait des missions de prévention et de soins primaires, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Aujourd’hui, le CHPF est un centre de référence spécialisé et il doit reprendre cette mission. Si aujourd’hui il a du mal à désemplir, c’est que nous n’avons pas assez d’aval (la suite du parcours de soin après la prise en charge initial d’un patient, ndlr). C’est justement ce que le schéma d’organisation sanitaire propose : améliorer cet aval pour désengorger l’hôpital et recentrer ses missions. Il s’agit aussi de permettre aux autres structures, le privé ou la Direction de la santé, de reprendre leurs missions de soins primaires. Quand on parle d’attractivité, nous avons une réforme du statut des praticiens hospitaliers qui va être soumise à l’Assemblée prochainement et qui va justement aider à améliorer ce problème. Ça suffira pour attirer, entre autres, des médecins nucléaires ? Non mais c’est un outil de plus pour permettre d’améliorer l’attractivité, et il y en a d’autres. Avoir un parcours patient cohérent est aussi quelque chose qui va attirer les médecins. Et c’est pour ça que les médecins du CHPF se sont levés par rapport à cette délibération. Pour eux, il est important de travailler dans une cohérence et une logique de ce parcours. Et cette délibération est un peu venue à contresens de cette logique de parcours patient, ça les a découragés. Il faut aussi réorganiser les choses de manière cohérente en termes d’organisation sanitaire. « Je pense que cette commission d’enquête pourra apporter un éclairage » Et une dernière question sur ce cyclotron. La commission d’enquête va notamment revoir les décisions prises par votre prédécesseur. Êtes-vous prête à les assumer ? Ou finalement, vous laissez à Cédric Mercadal sa part de responsabilité ? J’entends assumer les décisions que je prendrai. Je pense que cette commission d’enquête pourra apporter un éclairage. Je compte bien prendre en considération les avis qui seront mis sur la table. Ce n’est pas un dossier sur lequel j’ai travaillé du temps de mon prédécesseur (en tant que conseillère technique au ministère, ndlr). Mais aujourd’hui, je compte faire le point pour qu’on puisse enfin avancer et arrêter de tergiverser. Et si la commission d’enquête ne va pas dans votre sens, êtes-vous prête à vous soumettre à sa décision ? Oui, effectivement, après je suis assez confiante parce que les expertises, je les ai déjà appréhendées depuis que cette délibération est sortie. Oui, j’ai dit que je suis prête à me soumettre à l’avis du plus grand nombre. Je pense que chacun sur ce sujet doit assumer sa responsabilité. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/RAIHEI-ANSQUER-soumettre-commission-3.wav « Nous voulons davantage prendre en compte la culture pour améliorer la santé de notre population » Le schéma d’organisation sanitaire 2026-2031 a été adopté lundi à l’assemblée. Il y avait eu un avis négatif du Cesec, des demandes de compléments en commission de l’Assemblée. Vous avez eu affaire à des élus qui étaient plus exigeants que vous ne le pensiez ? Je rappelle que le Cesec avait émis un avis défavorable sur une synthèse. Malheureusement, ils n’avaient pas eu accès au document complet. Et toutes les recommandations qu’ils ont pu faire ont été retrouvées dans le document complet, puisqu’il s’agissait d’y mettre des indicateurs, un calendrier, un budget. Et cela a été effectivement intégré. Je rappelle que le Cesec a quand même émis un avis positif au milieu de tout ça en disant qu’ils étaient favorables aux orientations qui étaient données par ce SOS. Et je rappelle aussi qu’en commission de la santé, ce schéma a été voté à l’unanimité. Donc j’étais assez étonnée du vote qui a été fait en plénière, plutôt mitigé. Mais je m’en réjouis néanmoins. Alors quelles sont les grandes orientations de ce SOS ? L’important de ce SOS est qu’il fixe effectivement des grandes orientations, soutenues par des piliers, comme le numérique, qui va nous permettre justement d’améliorer les inégalités en santé territoriale. Ou encore la ressource humaine sans laquelle on ne peut pas faire fonctionner un système de santé. Il faut donc miser dessus et améliorer l’attractivité et la formation. Il y a aussi un autre pilier qui est la culture. Nous voulons davantage la prendre en compte pour améliorer la santé de notre population. Et c’est le cœur de ce schéma d’organisation sanitaire. « Le Smur du Sud est attendu impatiemment, il a été inscrit au collectif 3 » Sur les questions d’aménagement du territoire en termes de santé, on avait entendu parler d’un pôle public privé à Taravao, d’un possible hôpital de jour aussi, ou d’une clinique privée sur la côte ouest. Où on en est aujourd’hui ? Avant de parler de Taravao, je voudrais parler du centre de coordination de santé numérique qui sera essentiel pour améliorer la télémédecine dans nos îles. Et c’est un projet qui va se réaliser sur le courant 2027-2028. L’autre projet, effectivement, c’est Taravao et l’appel à manifestation d’intérêts. Donc après discussion avec notre ministre des Grands Travaux, nous avons réussi à trouver un terrain et cet appel à manifestation d’intérêts sera lancé pour un projet soit de bloc opératoire, soit de maternité. Et l’autre grand projet qui aura lieu à Taravao, c’est le Smur du Sud, attendu impatiemment, qui a été inscrit au collectif 3, qui j’espère sera adopté. Ce Smur du sud nous permettra d’améliorer les chances de survie dans les situations d’urgence à Taravao. Le collectif 3 qui n’a pas encore été reproposé à l’Assemblée. Il y a d’autres projets qui concernent la santé dans ce collectif ? Il y a le renouvellement de tout le matériel biomédical et médical du CHPF. Je rappelle que malheureusement le scanner est souvent tombé en panne cette année. Et il est essentiel de rattraper ce retard qu’on a, en termes de renouvellement de matériel. Il y a également la deuxième partie du budget du fameux cyclotron qui est inscrit. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/RAIHEI-ANSQUER-smur-sud-collectif3-4.wav Est-ce que ce schéma d’organisation sanitaire apporte des précisions aussi sur l’évolution de la lutte contre les addictions ? On n’a toujours pas de centre de désintoxication. Le SOS prévoit quelque chose pour les addictions, bien entendu. Nous n’avons pas de centre de désintoxication mais nous avons plusieurs projets privés qui nous ont été proposés. Et le pôle de santé mentale ouvrira d’ici la fin de l’année, ses lits d’addictologie, 12 places pour prendre en charge ces patients. On a aussi beaucoup entendu parler des hôpitaux de Uturoa, de Morea, un peu de celui de Nuku Hiva où il y a un malaise depuis un certain temps. Les praticiens dénoncent un manque de moyens. Est-ce qu’il y a des choses prévues pour eux dans ce SOS ? Oui, il y a une orientation qui part de la modernisation des hôpitaux. Et cela passe par les établissements publics de santé qui permettront une agilité en termes de mutualisation de moyens, de ressources humaines et de moyens logistiques. On entend parler d’un possible départ de Pierre Frébault à la CPS… Pour l’instant, j’ai de bonnes relations avec mon directeur de la Caisse. Nous travaillons bien ensemble depuis ma nomination. Je n’ai pas évoqué avec lui un éventuel départ.