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L’assemblée va lancer une commission d’enquête sur le cyclotron et la filière cancer


Au terme d’un débat tendu au sein de l’hémicycle, et d’une conciliation dans le bureau Tony Géros, la délibération qui entendait forcer le gouvernement à recentrer la filière cancer autour de l’ICPF et redéménager le projet de cyclotron a été retirée. Mais les défenseurs d’un site de médecine nucléaire hors de l’hôpital n’ont pas baissé les armes : une commission d’enquête va être lancée pour explorer les choix effectués dans ce dossier ces dernières années, et fixer un nouveau cap. Pour l’instant le cyclotron reste au Taaone, mais pour combien de temps ?

« Je n’ai pas eu à sortir les gants. » Tony Géros veut détendre l’ambiance après une longue suspension de séance, ce lundi, en toute fin de journée, pendant laquelle un « compromis » semble avoir été trouvé dans le débat sur la filière cancer. Après l’adoption, sans grand enthousiasme, mais avec 16 voix pour et seulement 3 contre, du schéma d’organisation sanitaire 2026-2031, les élus de l’assemblée avaient attaqué une proposition de délibération annoncée comme explosive. Portée par Pascale Haiti-Flosse, elle visait tout bonnement à imposer au gouvernement un autre cap sur la filière cancer, et un changement de plan sur l’implantation d’une de ses pièces maîtresses, le cyclotron, évoqué depuis 10 ans et toujours pas commandé.

Les discussions en commission la semaine passée avaient duré plus de trois heures, pendant lesquelles s’étaient affrontés les partisans d’une montée en puissance, et en périmètre, de l’Institut du cancer (ICPF), comme c’était prévu sous l’ancienne mandature, et ceux d’un maintien de l’ensemble du soin – et donc du Tep-Scan et du cyclotron qui doit le rejoindre – au sein du CHPF, le choix fait par Cédric Mercadal et assumé par sa successeure au ministère de la Santé, Raihei Ansquer. De ce débat, où chacun dit agir dans l’intérêt du patient et de la performance du système de santé, où se croisent des menaces de démissions et des risques de découragement, et où tout le monde insiste sur les conséquences humaines du retard accumulé sur ce dossier, les élus étaient sortis divisés.

« Mais quel bordel. »

De A fano ti’a, qui appelle à ne pas se substituer au gouvernement ou aux soignants, au Tapura, où l’on voit « un flou et donc un loup » dans les choix passés de Cédric Mercadal, en passant par un Tavini visiblement hésitant, tout le monde expose ses craintes, ses désaccords, ses incompréhensions dans ce dossier complexe. Et tout le monde, côté gouvernement ou représentant, note que le « lobbying », des médecins spécialistes ou non, notamment, a été étonnamment puissant sur le sujet. « Mais quel bordel, lâche Teave Chaumette. Nous n’étudions pas un projet de santé publique, nous assistons à un naufrage collectif. Depuis 10 ans, le dossier du cyclotron est une farce tragique, on déplace cette machine sur le papier comme un pion sur un échiquier. Un jour la Rotonde, après Princesse Heiata, centre 15, après échec CHPF, et aujourd’hui, on nous ressort même Mama’o. C’est du grand guignol administratif ».

Dans cette intervention, probablement la plus applaudie du débat, l’ex-Ahip qui a rejoint le Taatira no te hau, renvoie chacun à ses responsabilités : l’exécutif à son manque d’autorité et de transparence et ses retards, l’ICPF à son arrogance, le CHPF à ses « chantages affectifs » et sa propension à faire fuir les soignants. La représentante ne demande que le retrait du texte. Et pourquoi pas qu’on « enferme le CHPF et l’ICPF dans une salle », le temps qu’ils se mettent d’accord ?

Pas de gel du projet

Après de longs monologues, c’est le président de l’assemblée qui finit par proposer une suspension de séance et une conciliation en petit comité dans son bureau. À son retour au perchoir, Tony Géros salue Pascale Haiti-Flosse, qui a accepté de retirer le texte, en échange de la création d’une commission d’enquête, plusieurs fois évoquée dans les débats, et dont la ministre Raihei Ansquer, elle aussi saluée, a accepté de se « soumettre aux décisions ».

Une commission d’enquête qui reste à être formalisée dans une délibération. Pascale Haiti-Flosse, toujours remontée contre les « manœuvres » du gouvernement ces trois dernières années, mais qui voit tout de même une volonté de dialogue dans la successeure de Cédric Mercadal, en sera la présidente. Les membres de la commission de la santé seront candidats pour y siéger. Et l’idée « c’est d’aller vite ». Car le gouvernement n’a pas accepté de « suspendre toute procédure » autour de l’implantation du cyclotron à côté du CHPF. Les plis des entreprises candidates à la construction du bâtiment de deux étages près de l’unité d’oxygénothérapie doivent même être ouverts cette semaine. Mais comme l’a précisé Tony Géros pour rassurer, le projet est toujours « en phase d’étude ». Rien ne sera construit de si tôt au Taaone, en tout cas pas avant que la commission d’enquête, qui peut durer au maximum six mois mais vise plutôt les trois, rende ses conclusions.

Le cyclotron ne se concrétisera pas « sans l’accord plein et entier de nos deux médecins nucléaires ».

Pour Pascale Haiti-Flosse, il s’agit à la fois de faire la lumière sur les choix qui ont conduit au projet actuel et d’explorer une réorientation en urgence du projet, vers Princesse Heiata ou ailleurs. L’élue du groupe Tapura, qui avait rappelé en introduction que le cyclotron ne se concrétisera pas « sans l’accord plein et entier de nos deux médecins nucléaires », opposés à l’installation au Taaone, n’a pas changé d’avis au cours des débats. L’ICPF a été créée en 2021 pour faire naître un pôle d’excellence oncologique, et il faut désormais lui donner les moyens de ses missions.

Raihei Ansquer, elle, assure aux élus que son ministère fera preuve de transparence, et appelle à ne pas cliver davantage des soignants qui tiennent déjà la santé publique à bout de bras. Tepuaraurii Teriitahi, elle, précise ce que tout le monde a en tête : « Normalement, à cette date, le cyclotron aurait dû être inauguré et on devrait être en train d’accueillir les malades. »

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Jt Vert 07/07/2026

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