ACTUS LOCALESPOLITIQUE Le retour en métropole des transferts d’État, une « légende urbaine » pour le Haussaire Charlie Réné 2026-07-06 06 Juil 2026 Charlie Réné Avec 225,6 milliards de francs engagés hors défiscalisation en 2025, les dépenses de l’État en Polynésie sont en augmentation de 1,26% sur un an. Le Haut-commissaire Alexandre Rochatte a, comme c’est d’usage, fait le point sur les grandes orientations de ces crédits qui viennent pour près de la moitié soutenir le Pays dans l’exercice de ses propres compétences. Il a aussi réagi à l’idée, particulièrement développée l’année dernière dans le camp indépendantiste, qu’une part importante de ces transferts repartent dans les poches de l’État via les entreprises tricolores, les importations ou les marchés publics. Avec 225,6 milliards de francs engagés en 2025, les dépenses de l’État en Polynésie sont en légère augmentation – +2,8 milliards de francs sur un an, soit 1,26% – suivant une tendance bien installée ces dernières années. « Si on revient à 2021, ça fait une augmentation de 14% » précise Alexandre Rochatte, qui s’est prêté à cet exercice « traditionnel » de « rigueur », de « transparence » et surtout d’agrégation des crédits mobilisés par chacun des ministères nationaux. 17 à 18 milliards de francs de défiscalisation hors compte Comme c’est d’usage, le Haut-commissaire a fait le point sur les grandes orientations de ces sommes, qui représentent « l’équivalent d’un tiers du PIB ». Sécurité, justice, rémunération des fonctionnaires, bien sûr, mais aussi éducation – notamment le paiement des enseignants, à hauteur de 72 milliards de francs -, recherche, infrastructures publiques, environnement ou santé… Seule 44% de la somme est dédiée aux compétences dévolues à l’État aux termes du statut, contre 7% pour le soutien aux communes, au travers du Fip, mais surtout de la dotation globale de fonctionnement, qui pèse pour 10,8 milliards. 49% du total, soit 110,3 milliards de francs, est consacré à l’appui du Pays dans l’exercice de ses compétences propres, insiste Alexandre Rochatte. « On intervient en appui de la collectivité, par des conventions, des contrats, des choses qui sont décidées par le Pays, comme par les communes, c’est le même fonctionnement. C’est le principe de la libre administration, ici qui s’appelle le principe de l’autonomie, et dans lequel on vient aider la collectivité à exister ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/ROCHATTE-0-en-appui.wav Ce point annuel, le représentant de l’État l’a animé depuis un navire, le Hawaiki Nui II. Un goélette entrée en service l’année dernière et que la SNP a acquise grâce, entre autres, à 1,2 milliard de francs de défiscalisation national. Des aides à l’investissement orientés, outre les transports maritimes et aériens, vers la pêche, le logement, l’agriculture, l’industrie ou l’énergie, pour 17 à 18 milliards de francs annuellement. Des pertes de recettes pour l’État qui précise ne pas avoir de contrepartie fiscale à ces aides depuis la Polynésie, mais pas des dépenses en soit, raison pour laquelle la « défisc' » n’est pas intégré dans le compte des 225,6 milliards de 2025. Autre précision utile : les crédits que l’État a accepté de débloquer pour des projets annulés – comme le lycée de Moorea – ou reportés ne sont « pas nécessairement perdus ». « Ce sont des crédits sur lesquels nous avions pris des engagmenets en termes de programmation, mais pas forcément de dépenses, détaille Alexandre Rochatte. Et quand la dépense n’est pas faite, évidemment il faut demander l’avis du ministère des Outre-mer, mais on est capable de réorienter ces moyens vers d’autres types de dépenses ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/ROCHATTE-DEPENSES-2-argent-perdu.wav L’État est par exemple toujours engagé à hauteur de 1,1 milliard de francs pour le financement des piscines des Jeux, malgré plusieurs virages récents dans le projet. Les commandes à des fournisseurs hexagonaux Cette présentation des dépenses de l’État fait chaque année réagir dans le camp indépendantiste, où on y voit un exercice de propagande « trompeur » visant à masquer une relation « toxique » de la puissance administrante avec sa collectivité. L’année passée, le Tavini avait ainsi, à Papeete, puis dans les instances de l’Onu à New York mis en avant l’idée que ces transferts participaient à une « dynamique circulaire sournoise par laquelle l’économie française récupère indirectement une portion significative de ces fonds sous la forme d’exportations, d’investissements et de contrats pour les compagnies françaises de secteurs clés ». Les dépenses de l’État reviendraient vers la Métropole ? Une « légende urbaine », assure le Haussaire, qui, sans évoqué les accusations du parti bleu ciel, rappelle que le gros de ces transferts est versé sous forme de pensions et de salaires dépensés localement. Il relève surtout que seuls 23% des importations de biens de la Polynésie sont originaires de l’Hexagone. Un taux calculé par l’IEOM sur un total de près de 250 milliards de francs d’importation de biens en 2024. Alexandre Rochatte, qui précise que Paris ne conditionne pas ses aides à l’achat de produits ou de services français, pointe aussi que le produit des importations, quand elles sont tricolores, n’est pas « versé à l’État, mais à des entreprises, fournisseurs, fabricants de produits, entre autres alimentaires », et que les biens importés « génèrent de la recette fiscale pour la Polynésie » à leur arrivée dans le Pays. Même si ces calculs ne concernent que les biens et pas les importations de services – la Polynésie en exporte elle-aussi, au travers du tourisme -, le Haut-commissaire confirme qu’une partie des dépenses revient en France, « mais pas du tout la majorité ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/ROCHATTE-depenses-1.wav L’IEOM, dans sa balance des paiements, tente d’isoler chaque année les dépenses d’Etat qui restent dans le Pays et celles qui repartent, notamment au travers de l’épargne métropolitaine de certains fonctionnaires ou militaires, ou des cotisations sociales payées aux caisses nationales. Résultat : 160 milliards de francs de solde positif pour la Polynésie. Les services du Haut-commissariat ont aussi pris le temps, comme tous les ans, de rappeler que les recettes de l’État, qui ne capte aucune fiscalité dans le pays, ne constituent qu’une infime part de ses dépenses. 0,49% en l’occurrence, soit 1,12 milliard de francs, principalement abondés par les « produits divers » de l’État, des perceptions d’indus sur les pensions, les rémunérations de fonctionnaires ou les FSE du Covid, quelques redevances domaniales et locations, ainsi que les amendes et relevés de condamnations pénales, qui ont pesé en 2025 environ 45 millions de francs. Alexandre Rochatte le précise : un travail a été lancé avec le ministère de la Justice pour que certains produits des procédures pénales, les saisies notamment, puissent être mobilisés localement, au travers notamment de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/ROCHATTE-DEPENSES-2-argent-perdu.wav