ACTUS LOCALESPOLITIQUE Teva Rohfritsch doit encore « prendre sa décision » sur les sénatoriales Charlie Réné 2026-07-05 05 Juil 2026 Charlie Réné Le sénateur sortant consulte actuellement les tavana et élus municipaux sur « le sens » et l’opportunité de sa candidature à un nouveau mandat, face aux multiples prétendants autonomistes. « Si c’est pour encore aller se déchirer, je trouve ça dommage », a-t-il expliqué sur le plateau de Radio 1, parlant d’un mauvais message adressé aux électeurs après le succès de la plateforme Amui Tatou et avant des territoriales où « seul un rassemblement » permettra la victoire. Teva Rohfritsch n’a toutefois pas encore jeté l’éponge : il défend le « bon job » effectué aux côtés de Lana Tetuanui, et interroge le choix du Tapura d’investir Édouard Fritch, qui « dit qu’il veut être au Sénat pour avoir du temps pour préparer les territoriales ». Lana Tetuanui et Édouard Fritch en duo, Bruno Sandras et Temarama Varney en candidature unique pour le Amuitahira’a et Ahip… À moins de trois mois du scrutin, les partis avancent leurs candidats pour les sénatoriales. Les partis autonomistes en tout cas, qui n’ont visiblement aucune intention de rejouer la carte de la plateforme commune des législatives de 2024. « Désolant », commente Teva Rohfritsch, sénateur sortant et qui rappelle avoir été « appelé » à ce poste par Édouard Fritch en 2020, alors qu’il était vice-président du Pays. « Je pensais vraiment qu’avec le Amui Tatou, nous avions les bases d’une réconciliation, d’un rassemblement durable », que « nous avions tiré les leçons de 2023 » assure le cofondateur du Tapura, qu’il a quitté pour créer Ia ora te nuna’a fin 2022 sur fond de désaccord, entre autres, sur la gestion de la période Covid. « Malheureusement, j’ai constaté comme tout le monde qu’au lendemain des municipales, ça a volé en éclats et que chacun reprend ses billes et son drapeau » ajoute-t-il sur le plateau de l’Invité de la rédaction de Radio 1. Le parlementaire a plusieurs fois, ces derniers mois, indiqué qu’il était prêt à rempiler aux côtés de Lana Tetuanui. Mais il dit aujourd’hui s’interroger sur sa candidature au scrutin du 27 septembre. « Pour être totalement précis, je prendrai ma décision d’être ou pas candidat, explique-t-il. Je l’ai toujours dit, je vais consulter les maires pour savoir si cette candidature a du sens. Parce qu’on le sait tous, il n’y a pas plus politique qu’une élection sénatoriale. On est élu par des grands électeurs qui eux-mêmes sont élus, ce n’est pas une bataille d’opinion. Ce que je fais en ce moment, c’est faire le tour des communes, prendre contact avec les maires pour savoir si ça a du sens et comment est-ce qu’ils voient, surtout, cette famille autonomiste que nous incarnons tous. Parce que si c’est pour encore aller se déchirer, se diviser sur cette élection, je trouve ça dommage ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/TEVA-1.wav « On prend le Sénat comme une voie de garage pour pouvoir faire autre chose » Teva Rohfritsch sur le point de jeter l’éponge ? Non, assure-t-il, mais en concertation, avec des élus pour prendre « la bonne décision » d’ici le dépôt des candidatures du 7 au 11 septembre. Aux tavana et autres grands électeurs, il continue d’ailleurs à mettre en avant son bilan. « Je pense que j’ai fait le job. Avec Lana, tous nos engagements ont été tenus, dit-il. On peut toujours trouver la petite bête qui ne va pas, mais franchement, à 99%, on a respecté tout ce sur quoi on s’était engagé. Il me semble que c’est ce qu’on souhaite dans une élection : quelqu’un qui annonce un programme et qui le met en œuvre« . Le sénateur sortant interroge aussi sur les choix du Tapura, qui après un appel à candidatures interne – un « repli sur lui-même » avait-il commenté en avril – et un processus d’investiture pour le moins décousu, a finalement désigné son président Édouard Fritch pour accompagner Lana Tetuanui dans ce scrutin. « Vous m’aviez interpellé sur l’hypothétique candidature d’Édouard Fritch, je crois que c’était au mois de janvier. Et j’ai dit, pourquoi pas, il pourrait faire un bon candidat… S’il veut vraiment siéger au Sénat. Mais ce n’est pas ce que j’ai entendu, précise le parlementaire. J’ai entendu dire qu’il voulait être au Sénat pour avoir du temps pour préparer les territoriales. Là aussi, c’est la question que je pose à nos élus communaux. Est-ce qu’on veut envoyer quelqu’un pour vraiment agir là-bas et travailler en tant que sénateur ? Ou est-ce que peut-être dans une vision un peu ancienne, on prend le Sénat comme une voie de garage pour pouvoir faire autre chose ? Moi, en tout cas, j’ai essayé, mais je pense que Lana aussi, à faire le job au Sénat pour ce pour quoi on a été élus ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/TEVA-2.wav À l’entendre, beaucoup d’élus autonomistes, y compris du Tapura, s’interroge sur la stratégie choisie par l’ancien président du Pays. « S‘ils me disent tous ‘écoute, Teva, c’est plié » et puis ‘évidemment, on ne peut pas faire ça à Édouard’, et ‘s’il est candidat, on va voter pour lui’, alors, on va tous éviter de perdre notre temps ». « Si on doit s’affronter, on s’affrontera. Mais je pense que ce n’est pas le bon message » Dans un scrutin « très politique » Teva Rohfritsch estime que « rien n’est écrit ». Entre autres parce qu’Édouard Fritch, qui doit aussi faire passer l’idée de transmettre les rênes de la mairie de Pirae, peut encore changer d’avis. Aussi parce que les majorités municipales, entre les listes d’unions et les candidatures indépendantes des partis, sont loin d’être homogènes. « Édouard Fritch, par exemple, il gagne à Pirae avec une liste qui s’appelle Amui Tatou no Pirae. J’ai des candidats sur sa liste », rappelle le chef de file de Ia ora te nuna’a, qui a lui aussi « fait campagne » dans la commune du président du Tapura, et pour d’autres listes autonomistes. « Si je me présente, ce sera sans étiquette, en tant que sénateur sortant pour l’ensemble des Polynésiens et, j’espère, porté par une majorité d’élus, commente-t-il. Le Tapura est bien placé, évidemment. Mais je trouve que Lana et moi, on a fait le job. Et si on parle de famille autonomiste ou si on parle, même au-delà, de rassemblement pour le pays, je pense qu’on mérite un second mandat. Après, si on doit s’affronter, on s’affrontera. Mais je pense que ce n’est pas le bon message ». Le bon message en vue notamment des territoriales. Ia ora te nuna’a, qui avait rassemblé 4,4% des suffrages en 2023 (soit 5400 voix), a-t-il des forces suffisantes pour y participer ? « Non », répond le sénateur, tout en assurant que le parti créé avec Nicole Bouteau continue d’être animé. « Mais je crois que personne, isolément, et je parle aussi de Ahip, n’a la structure suffisante pour gagner les prochaines élections. Et même en bougeant un peu les curseurs des élections territoriales, ça ne suffira pas ». Même le Tapura, d’après Teva Rohfritsch, n’est en mesure de gagner seul en 2028. « Je crois qu’il n’y a qu’un rassemblement qui le permettra ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/07/TEVA-3.wav Territoriales : « Je pense que l’électeur doit être un peu perdu » Le sénateur sortant demande « de la cohérence, de la lisibilité et de la durabilité dans nos engagements politiques ». Rappelant que les électeurs avaient « dit banco » à la plateforme Amui Tatou, aux législatives, il note que les annonces de candidatures désinues des sénatoriales ont été entrecoupées par des appels à l’union, le 29 juin depuis la stèle de Paofai. « C’est un peu compliqué, parce qu’on dit aux Polynésiens, pour les sénatoriales, on n’est plus ensemble. Par contre, regroupons nous le 29 juin et puis il faut qu’aux territoriales, on soit à nouveau ensemble. Je pense que l’électeur doit être un peu perdu ». L’ancien vice-président reste prudent sur la possibilité, évoquée notamment par Édouard Fritch, de territoriales anticipées par une dissolution. Il note surtout sur la situation politique actuelle, « intenable » et délétère pour l’activité économique, certaines « contradictions », des « non-dits », entre « les discours qui disent qu’il faut que Moetai Brotherson aille jusqu’au bout de son mandat parce qu’il a été élu légitimement » et le « blocage » quasi-systématique des textes du gouvernement à l’assemblée. « On ne peut pas laisser le pays dans cette espèce de ventre mou où finalement, chacun essaie de se faire entendre, mais bloque parce que derrière, il y a une économie, il y a des emplois, il y a du logement en attente, il y a des investissements en attente. Il faut sortir de cette situation. Est-ce que la dissolution, qui n’est pas du tout acquise, est la solution ? Je ne suis pas certain ». Économie bleue et diplomatie climatique Si Teva Rohfritsch n’était pas à la stèle de Paofai le 29 juin, où il avait été invité en dernière minute par le Tapura, ce n’est pas en « défiance vis-à-vis de l’autonomie », bien au contraire. « Si on veut être autonome, il faut commencer par l’être économiquement », dit-il. Le sénateur, qui juge les symboles « importants », mais estime que « la population attend des actes », a jugé que sa place était alors aux côtés de la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche Catherine Chabot, alors en visite au fenua pour travailler sur le développement de l’économie bleue en outre-mer. La membre du gouvernement national l’a d’ailleurs plusieurs fois associé publiquement à ce travail, et pour cause, l’ancien ministre des Ressources marines, de la pêche ou de l’Économie bleue a été nommé en tant que personnalité qualifiée au sein du Conseil national de la mer et des littoraux, au sein duquel a été créé en mai un Comité spécialisé sur l’économie bleue durable outre-mer (CSOM). Cet organe, qui doit faire vivre la « feuille de route sur l’économie bleue outre-mer », qu’il avait « appelé de tous ses voeux », Teva Rohfritsch en a été élu président. C’est à ce titre – une fonction bénévole distincte de celle de parlementaire, précise-t-il – qu’il accompagne certaines visites ministérielles, dont, forcément, celle de Catherine Chabaud en Polynésie. Les « inspirations » de la ministre et les échanges qu’elle a eu au fenua devraient lui donner du travail pour faire le relais entre Tahiti, Paris et les autres collectivités ultramarines. Le président du CSOM et sénateur veut aussi obtenir des avancées au niveau de l’Union européenne : « Nous sommes en pleine définition du prochain pacte européen sur l’océan, pour lequel j’ai déjà fait des contributions. Et on l’a annoncé aux pêcheurs pour que, justement, le statut de PTOM ne soit plus un frein, mais puisse au contraire, ouvrir davantage d’accès aux financements européens. Et je pense que c’est une des clés. j’essaie de développer notamment cette notion de partenaire stratégique de l’Union européenne, parce que sans les Outre-mer français et donc sans la Polynésie française, l’Europe a très peu d’ouverture sur le monde océanique, au-delà de ses grandes frontières côtières. Et l’Europe, je pense, n’a pas suffisamment conscience de l’apport de l’Outre-mer français au rayonnement de l’Union européenne ». Le sénateur est aussi, en parallèle, rapporteur d’une mission d’information sur la diplomatie climatique, qui l’a amené, entre autres, ces derniers mois, jusqu’à l’archipel du Svalbard. Dix ans après la COp21 et son accord de Paris, le rapport, qui doit formuler des recommandations à l’Etat pour relancer la coopération internationale sur ce sujet et l’adapter à un monde sous tension, doit être présenté dans le courant de la semaine prochaine. Une « part importante » du travail a été consacrée à la place des Outre-mer dans cette diplomatie climatique.