ACTUS LOCALESPOLITIQUE Collectif budgétaire rejeté : et maintenant ? Charlie Réné 2026-07-13 13 Juil 2026 Charlie Réné Les interpellations et invectives de vendredi, à Tarahoi, n’ont pas résolu la crise de gouvernance du Pays. L’exécutif a engagé sa responsabilité pour mettre fin au blocage budgétaire, les groupes d’opposition, remontés contre un exécutif qui « nargue » l’assemblée, ont cinq jours pour discuter de leurs options. Pour les autonomistes, ce ne sera rien d’autre que de nouvelles élections, quitte à trouver un président fantoche qui les demandera à Paris. Au Tavini, Tony Géros estime que l’exclusion officielle de Moetai Brotherson ouvre des possibilités. Il faudra tout de même composer avec Oscar Temaru, qui a voté contre son groupe vendredi et souhaite s’entretenir avec les cadres du parti cette semaine. Lire aussi : Échanges tendus à Tarahoi et nouveau rejet du « collectif 2 » Déjà plus de trois mois que la majorité indépendantiste s’est officiellement déchirée et que l’instabilité s’est installée à Tarahoi. La séance de vendredi et le nouveau rejet du collectif budgétaire portant reports de crédits n’ont pas dissipé l’incertitude sur la gouvernance du Pays, bien au contraire. Moetai Brotherson, qui interpelle plus que jamais, et malgré les démentis autonomistes, sur le blocage budgétaire et la « mise en péril » des prestataires et chantiers publics, vise désormais une adoption de ce « collectif 2 » grâce à l’article 156-1 du statut d’autonomie, sur la base duquel il a engagé la responsabilité de son gouvernement. Du 156-1 au 157-1 La disposition permet en effet au président du Pays de faire passer un texte sans vote, mais l’expose au dépôt d’une motion de renvoi sous cinq jours. Ce weekend, les groupes d’opposition estimaient que le compte à rebours n’était pas encore lancé, puisque cet engagement de responsabilité a été transmis à l’assemblée vendredi soir, après la fermeture des bureaux de Tarahoi, et que sa notification ne serait faite que ce lundi matin. Un débat de forme qui pourrait ressurgir si les discussions de fond entre groupes politiques avançaient cette semaine. Et il en faudra : la motion, pour être valablement déposée, doit comporter, outre un collectif alternatif, le nom d’un nouveau président et 19 signatures parmi les 59 élus. Le Tavini les a, les autonomistes pourraient les avoir, mais tous savent qu’il faudra rallier, en cas de dépôt et donc de vote en plénière de Tarahoi neuf jours plus tard, les trois cinquièmes des représentants de l’assemblée pour valider le renversement. Soit 35 élus. Ce qui implique quoi qu’il arrive un accord entre le Tavini (22), le Tapura (16), et éventuellement certains des 4 non-inscrits, le chef du gouvernement pouvant toujours s’appuyer, a minima, sur les 15 élus A fano tià. Et pour l’instant, rien n’indique que les planètes sont alignées pour trouver une telle majorité qualifiée. Édouard Fritch renvoyait samedi soir sur TNTV le clan indépendantiste à ses batailles familiales. « Qu’ils se débrouillent », lance le président du Tapura, excluant toujours de négocier un nouveau nom de président avec le Tavini pour terminer la mandature. La solution, pour le parti rouge, comme pour les deux élus A here ia Porinetia, très clairs sur ce point pendant les débats de vendredi : « redonner la parole aux électeurs » et « passer au paragraphe d’après », l’article 157-1 suivant lequel le président du Pays peut demander à l’État de convoquer des territoriales anticipées. Moetai Brotherson avait tout aussi clairement répondu, vendredi : il ne le fera pas, estimant que les Polynésiens demandent de l’action plutôt qu’une nouvelle campagne politique. « Les choses ont changé. » Le bras de fer continue, donc, et si Moetai Brotherson a continué ce week-end de parler, sur les plateaux télévisés, du programme des prochains mois – réformes fiscales de l’IS et de l’IT, nouvelles discussions sur le RNS… –, une autre option est de plus en plus discutée dans les couloirs de l’assemblée : trouver un autre président pour enclencher l’article 157-1. L’idée serait d’utiliser la procédure de motion de défiance ou de motion de renvoi pour renverser le gouvernement Brotherson, en ne donnant à son successeur qu’un mandat très limité – moralement en tout cas, puisqu’il aura juridiquement les mains libres. Ce président fantoche demanderait la convocation de territoriales précipitées, ce que Paris – qui a aussi la possibilité de se passer de cette demande et de dissoudre l’assemblée d’autorité en cas de « fonctionnement impossible des institutions » – a trois mois pour accepter ou non. Ce scénario était jusqu’à présent refusé par le Tavini, qui a peu de chances de réitérer les résultats de 2023 dans des territoriales anticipées. Depuis le début de la crise, Tony Géros ne demande à Moetai Brotherson que de quitter son siège pour permettre à un remplaçant – lui-même ? – d’aller au terme du mandat. Vendredi soir, pourtant, le président de l’assemblée n’excluait plus rien : le Tavini refusait jusqu’alors de « dégommer un Tavini », explique-t-il, mais Moetai Brotherson, sur décision du vice-président du parti et de son bureau exécutif, a été « démissionné d’office » jeudi soir. « Les choses ont changé », pointait donc Tony Géros, qui disait alors vouloir discuter avec les autres groupes politiques avec qui il partage l’idée que le président du Pays a voulu « narguer » l’assemblée avec ce collectif représenté sans aucune modification. Le chef du gouvernement, juriste de l’État et du Pays à l’appui, assure qu’il ne pouvait pas en être autrement : sur la base de l’article 156-1, peut-être, mais rien n’empêchait une manœuvre plus diplomatique pour répondre à certaines demandes de Tarahoi. L’influence d’Oscar Temaru en question Un autre responsable, absent de l’assemblée depuis de longues semaines, mais dont le nom était omniprésent dans les discussions vendredi, pourrait avoir du poids dans les débats à venir : Oscar Temaru. Celui qui est toujours président du Tavini continue de jouer la carte du rassemblement des indépendantistes, et a été le seul du groupe bleu ciel à voter, par procuration, favorablement au collectif budgétaire. Le Tavini, qui avait voté contre fin juin, s’est prudemment – mais pas unanimement, deux élus ayant voté « contre » – abstenu, pour éviter une dissonance complète avec le président du parti. Pas étonnant, donc, que Moetai Brotherson ait directement reproché aux élus Tavini de ne plus suivre la ligne de leur « metua », ou même de ne plus le consulter, même si, comme l’a précisé Mitema Tapati, c’est la famille de l’élu de 81 ans, toujours très faible depuis son hospitalisation en mai, qui choisit de le garder à l’écart des débats. Le maire de Faa’a semble tout de même vouloir y participer, et prévoirait, d’après certains élus, une rencontre avec le groupe et les cadres de son parti dans les jours à venir. Oscar Temaru veut-il reprendre la main sur la stratégie du Tavini ? Cherche-t-il à accorder un sursis supplémentaire à son gendre et président du Pays ? À l’assemblée, vendredi, Lana Tetuanui constatait que les « sentiments » prenaient souvent le pas dans la politique du fenua, tandis qu’Édouard Fritch raillait, entre deux invectives entre le président du Pays et celui de l’assemblée, un « conseil de majorité » tenu en public. Il pourrait y en avoir d’autres. Car si Moetai Brotherson a assuré, sur les plateaux télévisés ce week-end, que malgré ces turbulences, son gouvernement entendait continuer à travailler, il lui faudra pour cela faire passer, en plus de ce collectif 2, le collectif 3, beaucoup plus politique, et qui liste pour plusieurs milliards de francs de projets. Il suffirait d’un autre blocage pour provoquer un nouvel engagement de responsabilité du gouvernement. Si aucune motion n’est déposée cette semaine, ce pourrait être pour la fois suivante.