ACTUS LOCALES Après les ATR d’Air Moana, le Port va étudier d’autres défisc’… Dont celle d’Air Tahiti Charlie Réné 2026-07-16 16 Juil 2026 Charlie Réné Le conseil d’administration du port autonome de Papeete a acté la semaine dernière sa participation à l’opération de défiscalisation des nouveaux ATR d’Air Moana. Une décision qui a fait réagir, certains y voyant une nouvelle aide du Pays à la jeune compagnie. Il ne s’agit « ni d’une prise de participation, ni d’un soutien », rétorque la direction de l’établissement public, qui défend une opération « purement fiscale » : les 225 millions de francs versés à Natireva lui ouvrent un crédit d’impôts de 300 millions. Vu ses confortables résultats, le Port a même tout intérêt à participer à d’autres défiscalisations… Et pourquoi pas celle de l’ATR « All Business » d’Air Tahiti. C’est une défiscalisation qui n’a pas fini de faire parler : celle des trois nouveaux avions d’Air Moana, qui avaient fait l’objet d’un agrément fiscal du Pays en juillet 2025. Un projet à 7,3 milliards de francs, autour duquel jusqu’à 2,9 milliards de crédits d’impôt peuvent être accordés par l’administration à des sociétés tierces participant à l’investissement. Des sociétés ou, en l’occurrence, un établissement public : le Port autonome de Papeete a décidé de participer à cette défiscalisation. Comme l’avait déjà noté le site Tahiti News, un projet de délibération a été présenté la semaine dernière au conseil d’administration, présidé par Moetai Brotherson : le Port autonome y consent à participer à l’achat des appareils de Natireva, la société d’exploitation d’Air Moana, à hauteur de 225 millions de francs. Ce projet de délibération a bien été adopté… Et sans surprise, il fait réagir. Deux ans de débat sur le soutien à Air Moana Car sur les réseaux sociaux, certains comptes proches du camp autonomiste y voient une nouvelle aide masquée à Air Moana. Les groupes d’opposition ont déjà régulièrement pointé du doigt, depuis le début de la mandature, le soutien appuyé du Pays, au nom du développement de la concurrence sur le marché, à la jeune compagnie privée. En plus de l’agrément de défiscalisation sur le renouvellement de la flotte, il y avait eu les 1,2 milliard de francs de participation de la Sofidep, puis, surtout, le prêt d’honneur de 600 millions de francs accordé à l’opérateur privé par le Pays, ainsi que d’importantes garanties de prêts bancaires, toujours pour aider à l’achat des nouveaux avions. Un soutien considéré comme « massif », inédit et injuste par Air Tahiti, qui n’a cessé de le dénoncer, jusque devant les tribunaux. La compagnie historique avait d’ailleurs obtenu en partie gain de cause, fin janvier, devant le tribunal administratif de Papeete, qui avait prononcé l’annulation de trois arrêtés concernant le prêt et les garanties d’emprunt. L’audience d’appel, sur ce dossier, est attendue pour les prochains mois, mais la juridiction parisienne a déjà rejeté il y a quelques jours, comme l’a repéré TNTV, une demande en référé d’Air Moana tendant à faire suspendre les effets de la décision de première instance. Bref, le débat est déjà sur la table, et cette décision du port vient le raviver. Ni un soutien, ni une prise de participation Au port autonome, pourtant, on dément toute implication politique dans ce dossier. Sa direction le martèle : cette participation à la défiscalisation n’est « en rien une prise de participation », et « en aucun cas un soutien » à Air Moana, qui devra trouver d’autres investisseurs pour compléter son opération. Il ne s’agit de rien de plus qu’une « stratégie fiscale ». Il est vrai que le port engrange chaque année, du fait de ses redevances, des résultats largement bénéficiaires – près de 900 millions d’excédent en 2024, et plus de 6 milliards de fonds de roulement. Et l’établissement public à caractère industriel et commercial paie bien des impôts. Sa direction a donc vérifié auprès de l’administration fiscale, l’année dernière, qu’elle pouvait participer à des opérations de défiscalisation. Réponse positive et donc lancement des opérations. Si le port autonome verse à Natireva, sous forme d’apport en compte courant non rémunéré, 225 millions de francs, il doit bénéficier d’un crédit d’impôt de 300 millions qui sera étalé sur deux exercices. « Il y a un vrai bénéfice pour les finances du port », insiste la direction. Bientôt Air Tahiti ? Une opération inédite pour le port, pourtant bénéficiaire depuis de longues années, noteront certains : c’est tout simplement que les directions successives du port n’avaient « pas eu l’idée » de défiscaliser. Et si c’est Air Moana qui a été choisi, ce serait parce que ses avions étaient la seule opportunité alors adaptée aux capacités d’investissement et de défiscalisation de l’établissement public, en l’absence, notamment, de projets hôteliers offerts à la défiscalisation cette année. La direction assure d’ailleurs ne pas vouloir s’arrêter là : le port autonome de Papeete va étudier d’autres défiscalisations pour investir ses résultats. Et parmi les produits d’investissement qui l’intéressent déjà, il y a le nouvel ATR « All business » d’Air Tahiti, qui a reçu, après une longue attente, un agrément fiscal du Pays à la fin juin. Un investissement à 2,8 milliards de francs, ouvrant un total de crédit d’impôt de 850 millions pour les sociétés – ou les établissements publics – prêts à défiscaliser.