ACTUS LOCALESÉCONOMIE Quais, loyers, passe de Papeete… Le port questionné sur ses tarifs et ses projets Charlie Réné 2026-01-15 15 Jan 2026 Charlie Réné Avec six milliards de francs de fonds de roulement en fin d’année et près de 900 millions d’excédents, les comptes du port autonome, contrairement à ceux de l’OPT ou l’OPH, affichent une santé insolente. Pour les élus autonomistes, cette situation doit interroger sur les niveaux de taxes de péage, ceux des loyers facturés par l’établissement… Et sur sa capacité à « suivre la cadence » des chantiers. Car comme l’a indiqué Jordy Chan, ces fonds vont être réinvestis dans de grands projets : la construction d’un nouveau quai pour l’Aranoa cette année, la modernisation, plus tard, du terminal de commerce et la création du pôle de réparation navale… C’est aussi le creusement de la passe de Papeete, prévu pour 2027, qui a fait débat à l’assemblée. Plus de six milliards de fonds de roulement fin 2024 et 887 millions de francs d’excédent de résultats dans l’année… « Les voyants sont au vert » au port autonome, comme le dit le gouvernement. Et les élus de l’assemblée ont pu le constater ce jeudi, en commission permanente, au travers de l’étude des comptes financiers 2024. Cette santé « solide », saluée du côté de la majorité Tavini, n’a pas engrangé que des applaudissements pour le directeur de l’établissement public Jean-Paul Le Caill et son ancien adjoint devenu ministre des Grands Travaux Jordy Chan. L’élu Tapura Tahuhu Maraeura s’est ainsi interrogé sur ce « matelas » du fonds de roulement qui a « doublé d’épaisseur » et qui, couplée à 3,4 milliards de francs de trésorerie – un chiffre qui a aussi augmenté d’un milliard – constitue un « joli pactole sur lequel est confortablement assis le port autonome ». Certes « il faut se réjouir que le port soit un des rares Epic à dégager de l’argent ». Lors de cette même séance, les élus ont étudié les comptes 2024 d’un OPH sous perfusion et d’un l’OPT, qui avec 1,8 milliard de perte, « limite la casse », mais continue de coûter cher au Pays. Mais pour le maire de Rangiroa, les excédents du port représentent « trop d’argent », d’autant que les entrées sont en grande partie basées sur la taxe de péage qui touche toutes les importations, et pèse, in fine, sur les prix à la consommation. « Soit l’établissement engrange trop de recettes et vous pouvez diminuer la taxe de péage, soit le port n’est pas suffisamment réactif dans la dépense » conclut l’élu. Des milliards et des projets C’est Jordy Chan qui a assuré la défense pour le port autonome. En mettant en avant un autre chiffre : les « près de 20 milliards de francs d’investissement » que le port autonome prévoit de réaliser dans les 7 prochaines années, dans le cadre de son schéma directeur, qui court jusqu’à 2032. Un schéma qui guide la reconstruction, actuellement, du quai au long cours et qui prévoit le lancement, dans l’année, de la construction du quai de cabotage numéro 6, un chantier à 4 milliards qui doit donner plus d’espace à la flotte interîles et permettre d’accueillir l’Aranoa début 2027. Bien d’autres projets sont au programme, comme l’extension et le réaménagement du terminal de commerce international, qui implique de raser 33 000 mètres carrés d’entrepôts ou de bâtiment, comme le siège du port autonome lui-même qui sera reconstruit près du pont de Motu Uta. Ou la construction d’une grande zone de réparation navale, dont les contours se dessinent petit à petit, sur le site des anciens dépôts pétroliers de Fare Ute. Bref, pour le ministre, vu les rythmes en « dents de scie » des chantiers et des investissements, il est « nécessaire » de voir augmenter les réserves, « pour ensuite dépenser ». L’investissement annuel, chiffré à 1,5 milliard l’an passé, devrait déjà bondir à plus de 4 milliards cette année. Pas de quoi réellement convaincre les élus d’opposition, pour qui l’insolente santé financière du port devrait l’encourager, comme l’appuie Pascale Haiti-Flosse, à baisser les droits de péage « au profit du pouvoir d’achat », à baisser les loyers « excessifs » facturés aux restaurateurs du front de mer, à améliorer le sort des roulottes de Vaiete, de moins en moins nombreuse, ou encore à reconsidérer les « 1000 francs par passagers » facturés depuis cette année aux croisiéristes débarquant au nouveau terminal. Rien de tout ça pour le représentant du gouvernement : les recettes des droits de péages – 2,4 milliards en 2024 – sont nécessaires pour les projets à venir, les loyers ne sont pas si haut que ça puisque les restaurateurs « sont toujours là », les roulottes auront le droit à une place Vaiete rénovée d’ici 2028, et la redevance croisiéristes est une « goutte d’eau » dans le prix facturé par les voyagistes à leurs passagers. Le creusement de la passe pour maitriser « le coût de la vie » Si le Tavini centre surtout le débat sur la nécessité de mieux recouvrer les recettes du port – 800 millions de francs de droits manquent à l’appel, et le taux de recouvrement ne dépasse pas les 70% -, l’opposition autonomiste attaque l’établissement sur son incapacité à « suivre la cadence » des chantiers. Il est vrai que plusieurs grands projets du port autonome ont été retardés – le quai de cabotage 6 aurait déjà dû être lancé, et le quai au long cours presque terminé – et pour les représentants, la direction « en est réduit à se défausser sur les entreprises » pour expliquer ces délais. Un chantier en particulier retient l’attention de l’assemblée : l’élargissement de la passe de Papeete. Ce dragage doit faire passer de 12 à 14,8 mètres le tirant d’eau maximum des navires entrant dans la rade, et de 110 à 130 mètres la largeur de la passe. Une « nécessité », rappelle là aussi Jordy Chan, interpellé sur le sujet par Pascale Haiti et, côté Tavini par Mitema Tapati. L’idée est d’éviter, dans un contexte d’augmentation de la taille des cargos mondiaux, que certaines lignes qui relient directement l’Europe et les Etats-Unis au fenua, ne soient supprimées au profit de transbordements systématiques en Nouvelle-Zélande. Un tel détour impliquerait une hausse « à la fois des délais d’approvisionnement, des coûts de stockage, d’assurance, des coûts supplémentaires pour le transbordement »… « Tout ça, ça va se répercuter sur les prix, insiste le ministre. C’est pour ça que je voulais dire que l’approfondissement de la passe de Papeete permet à la fois de sécuriser notre approvisionnement, mais aussi de diminuer le coût de la vie ».