ACTUS LOCALES

À Tumara’a, l’État en arbitre d’une guerre de tranchées municipale

Le Haut-commissariat a annoncé qu’il allait déférer au tribunal administratif les élections, opérées le 4 juillet au conseil municipal de Tumara’a, de deux nouveaux maires délégués et de quatre nouveaux adjoints. La commune ne sortira pas pour autant de la crise politique. Après le changement de bord de Raimana Dehors, de cinq de ses colistiers, ainsi que de Gérard Holman, à qui le groupe Tapura Amui a offert la commune associée de Tevaitoa, Gérard Goltz n’a plus de majorité. Projets bloqués, adjoints sans délégations… Pour le tavana, toujours allié à Naumi Mihuraa, aucun doute : seul un retour aux urnes permettra de retrouver de la sérénité.

L’ambiance électrique de la campagne des municipales n’est jamais vraiment retombée à Tumara’a. La tension semble même continuer de monter depuis la victoire fin mars, et par quelques dizaines de voix, de la liste d’union Te reo o te nunaa, une alliance de Gérard Goltz, Naumi Mihuura, Raimana Dehors et leurs colistiers respectifs. Prime majoritaire oblige, le Tapura Amui, un temps mené par Cyril Tetuanui, qui avait dû se retirer au deuxième tour pour cause d’inéligibilité, ne disposait au terme du scrutin que de 7 sièges sur 27. Le clan de l’ancien tavana a bien tenté des recours électoraux, mais sans succès. Gérard Goltz est bien resté maire de la commune de l’Est de Raiatea, mais sa majorité n’a pas tardé à s’effriter. D’abord avec le départ de Raimana Dehors, qui avait pourtant été nommé premier adjoint du nouveau tavana, et obtenu pour deux de ses colistiers des délégations importantes. Pas suffisant : l’ancien bras droit de Cyril Tetuanui, après des négociations, a fait demi-tour vers le Tapura Amui avec ses 5 élus. 14-13, la majorité municipale s’amaigrit, et elle finit par basculer, en juin, avec le changement de bord de Gérard Holman, un colistier du tavana actuel, à qui a été promis le poste de maire délégué de Tevaitoa, assumé depuis le début de la mandature par Naumi Mihuraa.

Le problème, c’est que, majorité ou pas au conseil municipal, le remplacement du tavana ou des maires délégués n’est possible qu’en cas de démission ou de décès. C’est l’avis du Haut-commissariat qui avait été rendu public avant la réunion du conseil du 4 juillet, mais qui n’a pas empêché le Tapura Amui et ses alliés de nommer deux maires délégués – à Tevaitoa et à Vaiaau – et de nouveaux adjoints. Même problème légal : impossible pour le seul conseil municipal de révoquer des adjoints contre leur avis et celui du premier édile. Quatre d’entre eux sont concernés. Ça n’est donc pas une surprise si la commune de Tumara’a a été destinataire, ce 15 juillet, et avant même que Gérard Goltz et ses alliés n’entament des procédures légales, d’une lettre du Haut-commissariat annonçant le défèrement au tribunal administratif des décisions du 4 juillet.

Une procédure qui peut tout de même prendre jusqu’à deux mois, et qui rajoute à la confusion de la situation politique de la commune. Car sans majorité, le tavana ne peut faire passer aucun projet, et sans maire de son bord, la majorité n’a pas la main sur la gestion exécutive de la commune. Les adjoints nommés – en tout cas ceux dont l’élection ne sera pas annulée – n’ont, eux, aucun pouvoir, et aucune rémunération, puisque seul le tavana peut leur accorder des délégations. Une impasse institutionnelle, donc, qui a déjà des conséquences, notamment du côté des associations et du comité d’organisation du Heiva i Tumaraa, qui ne peut payer certains de ses prestataires, comme on l’explique à la mairie.

Alors quelles solutions ? Dans le camp de Gérard Goltz et Naumi Mihuraa, on n’en voit qu’une : un retour aux urnes, qui permettrait une clarification quel qu’en soit le résultat. Une option refusée par le Tapura Amui qui estime sa majorité reconstituée comme stable, et à même de gérer la commune. Ces élections anticipées seront tout de même organisées si un tiers des sièges du conseil se retrouve vacant, ce qui implique des démissions de neuf élus, mais aussi de leurs remplaçants dans la liste. L’ancienne majorité avait les signatures nécessaires en juin, elle a attendu pour tenter de faire passer certaines délibérations urgentes, elle ne les a plus aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, une question revient : combien de temps Tumara’a va rester dans l’impasse ?

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Jt Vert 17/07/2026

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