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À Hiva Oa, Manuel Valls pris à partie sur le « musée » d’art des Marquises

La maire de Hiva Oa, Joëlle Frébault, a interpellé le ministre des Outre_mer Manuel Valls sur le blocage du projet de centre dédié à l’art marquisien. Un « musée » – le terme est au cœur du débat – qui doit accueillir quelques 200 oeuvres « restituées au long terme » par des institutions internationales, mais qui reste, après deux ans de discussions, suspendu au déblocage de fonds du Pays. Un problème de compétence, assure Moetai Brotherson. Les hakaiki y décèlent eux des freins politiques, et attendent plus que jamais du soutien de Paris. 

« C’est un projet qui nous tient énormément à cœur ». Entre les fausses toiles de Gauguin du centre culturel éponyme, à Atuona, les sourires sont de mise, mais Joëlle Frébault a tout de même tenu a interpeller Manuel Valls sur un « blocage ». Celui du centre d’art marquisien que la maire de Hiva Oa, soutenue « à fond » par les autres hakaiki, veut faire naître en lieu et place de la vieillissante exposition Gauguin. Pas de nouveau bâtiment au programme, mais un réaménagement des espaces du centre actuel pour lui permettre d’accueillir, entre autres, quelques 200 objets originaires de la Terre des hommes et aujourd’hui stockées dans des grandes collections étrangères.

Une première « pour les six îles des Marquises »

« On a discuté avec les musées de Bâle et de Cambridge pour une restitution de longue durée d’objets qui ont été pris dans les années 1800 », précise l’élue, secondée par son fils, le député et ancien DGS de la mairie Moerani Frébault, sur ce sujet comme sur d’autres. Des discussions bien avancées, très cordiales – elles ont même été lancées à l’initiative des musées étrangers -,  mais qui sont suspendues à la confirmation du projet, qui bute sur des questions de financement. La commune a déjà voté en conseil municipal un investissement de 63 millions de francs. L’État a débloqué la même somme depuis près d’un an. Et le Pays a été sollicité pour une troisième part égale… Qui se fait toujours attendre, empêchant la naissance de ce site dédié au patrimoine local. « On n’en a pas encore, ça serait le premier, pas seulement à Hiva Oa mais pour les six îles des Marquises, insiste la hakaiki, qui précise que l’actuelle exposition Gauguin sera relocalisée dans la Maison du Jouir toute proche. C’est important pour nous la restitution de nos objets, on est très attachés à notre culture. »

Si Joëlle Frébault ne veut pas « polémiquer », les élus marquisiens suspectent que le blocage actuel est avant tout politique : un musée d’art local aux Marquises, alors que le Musée de Tahiti et des îles a déjà une importante collection de Henua Enata, c’est une façon de réaffirmer la particularité de l’archipel dans l’ensemble polynesien. Et pourquoi pas nourrir les volontés d’autonomie, voir de séparatisme, de la Terre des hommes.

« Pas de dérogation possible »

Le gouvernement freine-t-il a dessein le projet ? Bien au contraire, assure Moetai Brotherson aux côtés de Joëlle Frébault et Manuel Valls lors de cet échange. Le président du Pays répète qu’il partage la volonté de faire éclore ce « musée ou centre culturel, quel que soit la façon dont on l’appelle ». Mais il pointe justement que cette dénomination est au coeur du problème. D’après le chef du gouvernement, la commune n’aurait aucun mal a créer un centre culturel d’exposition, qui n’aurait, en revanche, pas autant d’aura auprès des visiteurs ou des partenaires étrangers. « Mais s’agissant d’un musée il y a des contraintes réglementaires qui sont très strictes, notamment sur la gestion du contenu muséographique, ajoute-t-il. Il faut un conservateur, et aujourd’hui il n’y en a qu’un, celui du Musée des îles », reprend le chef du gouvernement.

« Pas de dérogation possible » : la répartition des compétences interdit à une commune de créer un musée « ex nihilo », en dehors du contrôle du Pays et de son ministère de la Culture. Le président suggère même que Hiva Oa a sa part de responsabilité dans le blocage actuel en définissant mal la structure qu’elle veut faire naître. « Il faut qu’on clarifie cette situation », résume-t-il.

Travaux à Paris

Un discours qui « ne tient pas », pour Joëlle ou Moerani Frébault : les musées suisse et britannique n’ont que faire de la dénomination et sont même prêts à adapter les pièces prêtées aux capacités du futur site. Si les finances – et donc les équipements techniques – ne permettent pas de conserver au mieux des objets présentant des plumes ou des ornement végétaux, les « restitutions » se concentreront sur le bois et la pierre. Le député l’assure : Emmanuel Macron a, lors de la dernière visite des hakaiki à Paris, assuré que l’État prendrait le relais en cas de refus de participer du Pays. Ce qui semble tout de même à valider, vu l’insistance des élus marquisiens auprès de Manuel Valls ce jeudi.

« L’objectif c’est de trouver une solution avec le Pays », complète Joëlle Frebault qui, comme Moetai Brotherson, voit une porte de sortie de ce duel dans la modification de l’article 43-2 du statut de la Polynésie. Une proposition de loi est portée par Nicole Sanquer et soutenue par les autres députés autonomistes polynésiens doit permettre de partager des compétences dans plusieurs domaines – notamment la « culture et le patrimoine local » – sans avoir à chercher une validation par une loi du Pays. Elle doit être étudiée en septembre à l’Assemblée nationale. Manuel Valls, discret en public depuis le début de sa visite, indique seulement que « le Parlement fera son travail », et que « l’État soutient ce très beau projet », de musée ou de centre culturel, quel que soit son statut.

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