ACTUS LOCALESCOMMUNESÉDUCATION À qui va profiter l’aide aux cantines scolaires ? Caroline Perdrix 2025-12-08 08 Déc 2025 Caroline Perdrix ®Ville de Pirae/FB L’aide du Pays aux cantines scolaires est entrée en vigueur le 1er décembre. Mais fera-t-elle une différence dans les assiettes des enfants ou dans les portefeuilles de leurs parents ? Probablement pas. Car pour les communes, c’est aussi la possibilité de décaisser moins. Adoptée à l’unanimité en septembre dernier par l’assemblée, la loi qui fait passer la participation du Pays aux cantines scolaires de 85 Fcfp à 200 Fcfp est entrée en vigueur au 1er décembre. Son impact budgétaire pour le Pays est estimé à 732 millions de Fcfp par an. Cette participation au coût du repas est à présent considérée comme une prestation familiale, même si elle est payée par la CPS non pas directement aux familles bénéficiaires, mais aux gestionnaires des cantines. Elle concerne 77% des élèves du premier et second degrés. Pour les élèves les plus modestes (ils sont 22 100), le complément familial calculé en fonction des ressources de la famille peut venir alléger la facture en prenant en charge jusqu’à 500 Fcfp par élève et par jour. Mais même ainsi, ces deux aides ne couvrent pas la totalité du coût d’un repas dans de nombreuses communes, comme Papeete où le prix de revient du repas est d’un peu plus de 1 000 Fcfp. À Tarahoi, le gouvernement citait parmi ses objectifs d’aider les familles, d’améliorer la qualité des repas, voire d’encourager la mixité sociale. Certes, on ne parle pas d’une grande différence, mais 115 francs de mieux par jour, c’est théoriquement (à raison de 4 repas pendant 36 semaines) au moins 16 500 Francs de plus par élève et par année scolaire, et ça n’est pas neutre pour beaucoup de familles. Mais les parents d’élèves verront-ils une différence sur leurs prochaines factures, ou les assiettes seront-elles améliorées ? Pas si sûr. Effet d’aubaine ? Le Cesec, même s’il était favorable à la revalorisation de l’aide, s’était montré sceptique sur le mécanisme, et avait prévenu : « Une hausse, même conséquente, de la participation financière envisagée peut être convertie de différentes façons : baisse de la contribution des parents ou augmentation du coût de revient du repas en faveur d’une meilleure qualité, ou réallocation de ressources sur d’autres besoins ». (…) Cette augmentation pourrait être l’occasion d’un effet d’aubaine au détriment de l’élève pour des considérations uniquement économiques. Rien ne permet de déterminer de façon certaine que cette allocation sera directement fléchée à la qualité des repas. Elle pourrait être affectée à d’autres charges (électricité, déchets, eau, bénéfice, salaires, etc.) » Voire aux bourses communales de cantine mises en place par certaines municipalités. Le Cesec recommandait donc une clarification : « Le Pays pourrait préciser sa volonté en matière de redistribution de l’aide sur le prix du repas de la cantine scolaire ou, a minima, donner la politique tarifaire dans son domaine de compétence ». Au SPCPF, on explique que la participation accrue du Pays « ne change pas grand-chose par rapport au fonctionnement actuel. Au lieu que le gestionnaire perçoive 85 Fcfp (à Tahiti et Moorea, ou 95 Fcfp dans les îles, ndr) il va maintenant percevoir 200 francs, donc il va facturer aux communes la différence entre son tarif et les 200 francs d’aide aux familles. Après, ça dépend du tarif du service de restauration communale facturé aux familles », un tarif décidé en conseil municipal. Si la commune ne révise pas son tarif, la facture restera donc la même pour les parents d’élèves. C’est notamment le cas à Punaauia ou à Pirae. En tout état de cause, le SPC souligne que malgré les déclarations du gouvernement devant les médias, l’augmentation de la qualité des repas ou la baisse des prix « n’était pas énoncées dans l’exposé des motifs de la loi », qui mettait en avant l’harmonisation des prestations dans les trois régimes de la CPS. Enfin, pour ce qui concerne la restauration dans les collèges et lycées, qui est sous la responsabilité du Pays, le budget 2026 y réserve 540 millions de Fcfp de plus. Le gouvernement affirme « s’acheminer vers la gratuité de la cantine dans le secondaire », et pense qu’il pourrait en être de même dans le primaire « si les maires jouaient le jeu. » Et pointe aussi vers le Fonds intercommunal de péréquation (FIP), qui dispose d’une réserve de 18 milliards « qui dorment » et à qui les communes pourraient demander le financement de leur reste à payer.