ACTUS LOCALESSANTÉ Au CHPF, la Fissap demande dix milliards de budget supplémentaire Alexandra Perrini 2026-03-11 11 Mar 2026 Alexandra Perrini À moins de quatre jours de son entrée en grève, le syndicat de Mireille Duval a rencontré la direction de l’hôpital, mais regrette de n’avoir toujours pas été reçue par le gouvernement. La Fissap a pourtant de discuter avec l’exécutif : elle revendique le reclassement de certaines catégories d’agents, des hausses d’effectifs pour toute la santé publique… Et surtout un bond du budget du CHPF à 45 milliards de francs pour faire face à « l’évolution de la maladie » et aux nouvelles activités qui lui sont confiées. Côté exécutif, on assure qu’après une réunion de coordination entre le ministère de la Santé et celui de la Fonction publique ce mercredi, une rencontre doit être proposée « rapidement ». La CSTP-FO, elle aussi, doit avoir des discussions avec le gouvernement, mais le projet de préavis qui a circulé ces dernières heures n’a pas été déposé. « Parler, c’est bien, mais il faut trouver des solutions dès maintenant« . C’est ce que déclare Mireille Duval, secrétaire générale de la Fédération des Interprofessionnels des Services de la Santé en Polynésie (Fissap). Le syndicat a déposé ce lundi un préavis de grève à l’hôpital du Taaone, dans ses structures annexes, ainsi qu’à la direction de la Santé. Parmi les revendications, le rétablissement de « la qualité et la sécurité des soins », une « demande de reconnaissance des compétences » de certains soignants et agents, et une alerte sur une « situation budgétaire préoccupante ». Ce mercredi, Mireille Duval, qui avait eu lundi une rencontre avec la direction du CHPF, attendait toujours un rendez-vous de la part du gouvernement sur ces sujets. Elle déplore une situation de l’hôpital globalement « catastrophique », des agents et soignants en situation « d’épuisement » ou de démotivation du fait du manque d’effectif et d’organisation. Les troubles de gestion du Taaone sont loin d’être neuf, le gouvernement et la directrice Hani Teriipaia, nommée voilà un peu plus d’un an, et qui est ces jours-ci en campagne pour les municipales à Bora Bora, assurent en avoir régler une partie. Mais la syndicaliste estime que le fond du problème est toujours là. Elle explique même que la mise en place d’un nouveau logiciel qui aurait dû simplifier l’accès aux dossiers médicaux a empiré la situation ces dernières semaines, du fait notamment d’un manque de formation à l’utilisation de ce système. « On ne peut pas continuer comme ça. » Dix milliards de plus de budget ? Pour la Fissap, le sujet financier est au cœur des débats. « Aujourd’hui, ce qu’on voudrait, c’est avoir pour le CHPF un vrai budget, pas avec des subventions annuelles », martèle Mireille Duval qui demande des engagements de financiers du pays sur le long terme pour assurer le fonctionnement de l’hôpital. « C’est-à-dire qu’on fasse un état du budget réel dont cet hôpital doit bénéficier pour assurer tranquillement ses missions. Nous, on l’a estimé à 45 milliards, on est en train de travailler dessus. Ça a l’air gourmand, mais non, ça supporte toutes les charges » auxquelles l’établissement doit faire face. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MIREILLE-DUVAL1.wav Entre ce chiffre de 45 milliards de francs et le budget primitif voté en 2025 d’un peu moins de 35 milliards de francs, le bond est énorme. La secrétaire générale l’explique en partie par les « nouvelles missions » qui sont confiés à l’établissement, aux rénovations et nouveaux aménagements en cours tels que la mise en place du pôle santé mentale. « On a besoin de 2,7 milliards à peu près pour l’entretien de ce bâtiment » explique Mireille Duval parle aussi « des évolutions de la maladie » et les dépenses qu’elles entraînent. Du côté du gouvernement, on indique seulement, à ce stade, travailler sur le nouveau budget en lien avec les partenaires sociaux. « De vraies révisions statutaires » Mireille Duval dénonce aussi une forme d’injustice quant à la recatégorisation des métiers de la santé. Et prend l’exemple des auxiliaires de santé des îles, « payés en catégorie D » alors « qu’en France, ces auxiliaires de soins sont en catégorie B ». « Donc après, à côté de ça, vous avez d’autres métiers, qui ont besoin de revoir aussi leur statut depuis 10 ans, comme les techniciens de labo, les personnels médicaux techniques, les ergothérapeutes, les kinésithérapeutes, les psychomotriciens. Je vous parle vraiment de vraies révisions statutaires. Dans la santé, quand on parle d’attractivité, il ne faut pas parler que des médecins. Il faut parler d’autres métiers. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/MIREILLE-DUVAL2.wav Là encore, le gouvernement indique que certains de ces dossiers sont étudiés en ce moment même, dans la lignée du reclassement des infirmiers l’année dernière. Si le budget des établissements de santé et de la direction de la Santé sont directement touché par toute revalorisation des grilles de salaires, la question des reclassements est avant tout traitée par le ministère de la Fonction publique de Vannina Crolas. Un ministère qui est aussi concerné par la revendication d’une hausse des effectifs hospitaliers. « Les activités ont largement augmenté. Elles sont lourdes« , reprend Mireille Duval et “20 % des postes ne sont pas pourvus ». Une réunion de coordination était prévue ce mercredi soir entre le ministère de la Santé de Cédric Mercadal et le ministère de la Fonction publique de Vannina Crolas. Elle doit aboutir à une proposition de rencontre « rapide » à la Fissap. Sans avancées, le syndicat prévoit toujours d’entrer en grève ce dimanche 15 mars. « Aucun préavis déposé » à la direction de la Santé par CSTP-FO Un préavis de grève à en-tête de la CSTP-FO a circulé entre les rédactions à partir de mardi soir. Censé être déposé ce mercredi, il concerne la Direction de la Santé, et notamment l’hôpital de Taravao, l’hôpital de Moorea, d’Uturoa, de Taiohae aux Marquises, mais aussi l’ensemble des dispensaires et centres médicaux ou de formation. Y sont listées avec précision les demande d’ouverture de poste, des revendications sur le temps et les conditions de travail, des demandes statutaires… Autant de points sur lesquels le syndicat menace de se mettre en grève dès le mardi 16 mars. Sauf que ce préavis, Patrick Galenon dit ne jamais l’avoir signé, beaucoup de militants de la centrale n’en ont pas entendu parlé… Et ni le gouvernement, ni la direction de la Santé n’en ont été destinataires. Des responsables de la CSTP-FO parlent d’une « erreur d’aiguillage », d’un « document de travail », et expliquent que si des discussions doivent bien avoir lieu avec le ministère et la direction de la Santé, aucun ordre de mobilisation n’est pour l’instant lancé. Reste qu’au vu de ce projet de préavis, le syndicat se tient prêt à débrayer.