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Attaques de requins aux Marquises : comment expliquer la série noire ?

Quatre attaques en six mois aux Marquises : une série qui interroge, mais pas « une situation de crise » pour le spécialiste du comportement des requins Éric Clua. Ce chercheur au Criobe voit de quoi rassurer dans la typologie de ces « morsures exploratoires », commise probablement toutes par des requins bordés. Les changements climatiques ne sont pas en cause, estime-t-il, parlant plutôt de l’évolution des activités humaines, et du nourrissage artificiel. Pour le spécialiste il est temps de lancer une étude de fond sur « l’évolution des interactions » avec les squales.

Depuis six mois, ce sont quatre morsures de requin qui ont été recensées aux Marquises, la première en juillet à Nuku Hiva, puis en novembre à Ua Pou, en décembre à Hiva Oa, et enfin samedi dernier, à Fatu Hiva. « On a une tendance qui est générale et qu’il convient évidemment de comprendre », explique le vétérinaire et spécialiste du comportement des requins Éric Clua. Pour le directeur de recherches au Criobe, cette série a de quoi interroger,  sans pour autant constituer, à ce stade, « une situation de crise ».

« Des morsures exploratoires »

Sur les quatre incidents, trois (Nuku Hiva, Ua Pou et Fatu Hiva) ont été commis par des requins bordés, la dernière possiblement aussi, indique le chercheur. « C’est un requin côtier, pouvant approcher les trois mètres, mais classé parmi les requins de récif qui n’est pas foncièrement dangereux pour l’homme ». À ne pas confondre avec les requins pointes noires du lagon, qui portent eux aussi une tache noire sur leur nageoire dorsale. Le O’ihe (nom tahitien du bordé) est majoritaire uniquement aux Marquises. Dans le reste de la Polynésie, le premier requin côtier c’est le requin gris, ou Raira, précise le spécialiste. Qu’il s’agisse de cette espèce constitue une bonne nouvelle pour le scientifique qui assure que « ce serait beaucoup plus inquiétant si on avait affaire à des requins tigres ou à des parata. » Pour l’instant, il n’y a pas d’informations sur la population de requins sur le territoire, se désole Eric Clua, qui ajoute qu’une étude dans ce sens serait une nécessité.

Pour le scientifique, il y a un autre point rassurant dans ces attaques, c’est qu’il s’agit de « morsures exploratoires », c’est-à-dire qu’elles n’ont pas « un but alimentaire ». Appelés « mordu relâché », ces incidents avaient en commun « des blessures qu’on peut considérer comme superficielles, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas été fatales ». 

« Exploratoire, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le requin teste, explique le chercheur. C’est-à-dire qu’il ne connaît pas la proie qu’est un humain. Il faut savoir que l’humain n’est pas une proie naturelle instinctive des requins. Les requins ont peur de l’homme. Et tant mieux, si ce n’était pas le cas, il y aurait des morsures tous les jours. Sauf que, dans certaines circonstances, certains requins, en particulier des requins qui sont un peu plus audacieux que les autres, vont essayer de tester. Ils vont se dire : Tiens, ce truc-là, est-ce que ça se mange ? Et donc, il va faire une morsure exploratoire. Il va juste goûter. »

Il ne s’agit pas d’une attaque due à un manque « de ressources à cause du réchauffement climatique », assure le vétérinaire.

Le problème c’est « qu’il y a plus d’interactions avec les requins »

Alors pourquoi cette augmentation des attaques ? « Pour l’instant, on n’a pas vraiment de réponse sur pourquoi ces attaques ont eu lieu. Il faut qu’on attende une enquête et qu’on fasse une étude poussée », insiste le chercheur. Cependant, parmi les hypothèses avancées, celle du nourrissage artificiel revient. « Si pendant 20 ans on nourrit des requins, on passe peut-être de 20 à 200 individus, et plus proche des zones fréquentés. La probabilité qu’un requin attaque n’a pas changé, mais le nombre de tirages si ». Le nombre de « tirage » augmente aussi avec la hausse des usages humains du lagon. « En gros, il y a plus d’interactions avec les requins, parce que les hommes font du surf, ils vont plus en mer, parce qu’ils inventent de nouveaux sports. En augmentant les interactions avec les requins, on augmente la probabilité de tirer la bille rouge à un moment donné. »

Aux Marquises, les deux facteurs ont pu se coordonner : des nourrissages qui multiplient les requins près des zones fréquentés, davantage de baignade et d’activité en mer… Les interactions entre l’homme et l’animal se multiplient, et plus le risque qu’un individu “ose mordre” augmente mécaniquement, sans que l’espèce dans son ensemble ne devienne plus dangereuse.

« Il ne faut surtout pas arrêter de nourrir les requins »

Éric Clua se montre ferme sur les réponses à apporter : « Il ne faut surtout pas, aujourd’hui, arrêter de nourrir les requins. Pourquoi ? Parce qu’on avait 20 requins, admettons, on en a 200 aujourd’hui, qu’on nourrissait. Et ces requins-là, si on ne les nourrit pas, il va bien falloir qu’ils trouvent la nourriture à côté. Donc là, on prend le risque que les requins soient beaucoup plus hardis et s’en prennent de plus en plus à l’homme. On a ouvert la boîte de Pandore, maintenant on peut essayer de la refermer mais il faut le faire lentement. C’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait un processus décroissant de nourrissage. Alors après, est-ce que ce processus doit s’accompagner d’une pêche et d’une élimination des requins ? Moi, je ne suis pas certain, les requins sont protégés et ils doivent rester protégés. »

Tuer ces animaux – qui bénéficient dans la ZEE polynésienne d’un rare sanctuaire – n’est donc pas la solution. Une solution pourtant choisie, au grand dam des protecteurs de la nature et de beaucoup de scientifiques, dans les eaux de Nouméa après une série d’attaques. En Polynésie, « il n’y a rien de grave pour l’instant, ou de très grave », rappelle le scientifique qui ajoute que « les Polynésiens ont toujours vécu avec les requins et ils vont continuer à vivre avec ».

Sa proposition, c’est plutôt d’étudier et d’identifier les individus via l’ADN, et « éliminer spécifiquement le requin qui a mordu », et non toute la population. Une étude pour comprendre « l’interaction entre l’homme et le requin, et les résultats du nourrissage artificiel », est aussi « plus que nécessaire », termine le chercheur, ajoutant que cela fait plusieurs années qu’il fait la demande auprès des autorités pour que ce soit mis en place.

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Jt Vert 08/01/2026

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