ACTUS LOCALESSOCIAL « Guéguerre entre ministères » : les SDF laissés sans soins psychiatriques Caroline Perdrix 2025-12-19 19 Déc 2025 Caroline Perdrix Le docteur Michel Steinmetz, qui suivait depuis plus d’un an les sans-abri de Papeete, ne peut pas continuer sa mission : sa convention n’a pas été renouvelée. Elle le sera peut-être plus tard, mais en attendant les nombreux SDF qui bénéficiaient d’un suivi et d’un traitement pour leurs troubles psychiatriques sont laissés à l’abandon, s’indigne le père Christophe qui accueillait cette consultation à Mamao. C’est le cas, par exemple, de l’homme qui a tué un retraité début décembre sur le parking de Mil’ Délices. Lire aussi : Un tiers des SDF souffrent de troubles psychiatriques, dit le Dr Steinmetz Alors que la présidence accueille ce vendredi le Noel des SDF, la photo cache une réalité un peu plus brute. En cause, un mic-mac entre ministères. Les sans-abris relèvent des Solidarités, les soins relèvent du ministère de la Santé. Un accord avait donc été conclu, en 2024, entre les deux pour que le ministère des Solidarités apporte l’argent nécessaire – environ 8 millions par an – au ministère de la Santé qui signerait la convention. De son côté le père Christophe fournissait gratuitement un local au médecin au nouvel accueil Te Vai-ete de Mamao. Mais cette année, le ministère de la Santé s’est interrogé sur la marche à suivre, craignant d’être accusé de « subvention déguisée » et préconisant le versement du budget prévu par la convention à une association qui, à son tour, pourrait rétribuer un psychiatre. Résultat, la convention est en standby depuis septembre, pendant qu’on s’interroge. Le père Christophe, à qui la vice-présidente Chantal Galenon avait assuré que la convention était en tacite reconduction, ne décolère pas d’autant que la vice-présidente, dans son « Entretien en toute intimité » avec le président du Pays le 17 novembre, parlait de la prise en charge psychiatrique des SDF comme d’une action toujours en cours. Le Dr Steinmetz, retraité du CHPF, a donc cessé les consultations, que ce soit chez père Christophe ou dans les autres structures couvertes par la convention, comme l’association Te Torea ou les foyers Pu O Te Hau, Te Arata, la Samaritaine et le Bon Samaritain. Au moins 5 mois d’interruption des soins Une « guéguerre de pouvoir entre la Solidarité et la Santé, les deux digérant mal la sous-traitance d’un poste médical pour la solidarité », estime le père Christophe, qui explique sur sa page Facebook qu’en 2025 sa structure a reçu plus de 125 personnes relevant de la psychiatrie. Dans le meilleur des cas, pour des raisons de clôture budgétaire, la convention serait renouvelée en février prochain. Soit cinq mois d’interruption des soins. En attendant, de nombreux sans-abri qui nécessitent des traitements lourds, comme des injections hebdomadaires, sont laissés à eux-mêmes. Selon nos informations, l’homme qui a tué un retraité sur le parking de Mil’Délices à Punaauia est l’un d’entre eux. « On se gargarise d’actions sans lendemain (repas de Noël) … de résultats sortis du chapeau », regrette le père Christophe qui estime que le chiffre officiel de 700 SDF est surévalué et plafonne à environ 300. Il conclut avec une citation de Kafka : « J’ai eu honte quand j’ai réalisé que la vie est un bal masqué, et que j’y avais assisté jusqu’ici avec mon vrai visage. »