ACTUS LOCALESPOLITIQUE Ice : à quand des chiens renifleurs « dans chaque commune » ? Charlie Réné 2025-08-03 03 Août 2025 Charlie Réné ©Police nationale Le fenua manque de chiens détecteurs d’ice. C’est le constat du gouvernement, qui regrette que ces animaux, indispensables aux forces de l’ordre pour traquer les trafiquants et consommateurs, soient importés à grand frais de l’étranger. Moetai Brotherson, à qui l’association canine territoriale a assuré que la Polynésie disposait du cheptel et des compétences humaines suffisantes, se dit prêt à soutenir financièrement le développement d’une filière de dressage locale. Et ainsi équiper les muto’i de tout le pays. Il demande à l’État de l’aide pour obtenir les agréments nécessaires. La lutte contre le trafic d’ice faisait partie des « sujets prioritaires » que Moetai Brotherson voulait aborder avec Manuel Valls, lors de son passage au fenua courant juillet. Si le ministre des Outre-mer n’a pas fait grand cas des demandes de hausse de quantum de peine formulé par le Pays, et a tenu à marquer sa différence avec le président polynésien sur la lutte contre le paka, d’autres sujets – et surtout projets – ont été mis sur la table lors de la visite. Notamment la question du dressage local, et à grande échelle, de chiens de détection de stupéfiants. Un projet « un peu fou » que Moetai Brotherson a évoqué ces derniers jours, à l’occasion d’un long entretien avec le site d’information d’Occitanie « Dis leur ! » . Son constat : il n’y a aujourd’hui « pas suffisamment » de chiens dressés pour détecter l’ice en Polynésie, et « ils sont à la police, la gendarmerie et aux douanes ». Son idée : « que chaque commune puisse disposer d’au moins un ou deux chiens chercheurs d’ice ». Interrogé par téléphone depuis les îles Cook où il a entamé un déplacement ce dimanche, le président du Pays confirme cet objectif, « avec des priorités bien entendu ». « On a des communes qui sont connues pour avoir des trafic de drogue en leur sein, d’autres qui sont moins touchées, il faut commencer par là où c’est urgent ». Certains se sont déjà équipés – Papeete a une brigade cynophile municipale, Bora Bora a annoncé sa création en mai… – mais beaucoup d’autres communes ont du mal à l’intégrer à leur budget. Un manque quand on observe la difficulté de certaines municipalités : Hitia’a o te ra a par exemple dû annuler le dernier jour de son Heiva cette semaine après des violences, qui, d’après Polynésie la 1ere, sont liées au trafic et à la consommation d’ice. Cheptel, dresseurs… Mais aussi certifications et agréments d’État Les chiens aujourd’hui utilisés en lutte anti-drogue – principalement par les autorités d’État, et par quelques municipalités – sont importés, généralement de Nouvelle-Zélande, pays qui compte d’importants centres d’élevage et de dressage. Et ces importations coûtent très cher. D’où le projet de développer le dressage local. « Nous avons pris l’attache de la Centrale canine de Polynésie (l’Association canine territoriale de Polynésie, qui fédère différentes structures et clubs locaux et qui est elle-même membre de la Centrale canine, une fédération nationale, ndr) qui nous a démontré la capacité à faire ces dressages, précise le chef du gouvernement. Ils avaient déjà fait une expérimentation, mais elle n’avait pas prospéré dans le temps pour des raisons administratives. Il ne suffit pas de savoir dresser des chiens, il faut pouvoir les certifier, pour que les saisies et opérations faites avec ces chiens puissent être utilisées en justice ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/08/CHIEN-ICE-1.wav L’association canine territoriale (ACTPF) n’a pas l’intention de réaliser ces dressages elle-même. Mais elle confirme qu’après un long travail sur les filières locales d’élevage de chiens de race, « le cheptel est là », notamment des Malinois et des Bergers allemands très utilisés en détection. L’association œuvre aussi à la formation de dresseurs diplômés. « On a plusieurs personnes dans le Pays qui peuvent aujourd’hui faire ce travail là », confirme son président Hiro Taea. Il soulève tout de même qu’en dehors des questions de certifications, ce sont les agréments pour pouvoir travailler avec des stupéfiants qui seront difficiles à obtenir auprès de l’État. « Si on détient pas la matière, on ne pourra pas travailler » au dressage, note le spécialiste. « Il faut que tout ça soit très bien cadré administrativement » reprend Moetai Brotherson, qui explique que le Pays veut notamment travailler avec la Commission nationale des activités privées de sécurité, qui dispose d’une représentation locale. Déjà des renifleurs locaux Le dressage local de chiens renifleurs n’est pas une nouveauté. En mars dernier, le club canin de Moorea présentait Atlas un Jack Russel Terrier de 9 mois né et formé en Polynésie à la détection de rats noirs, rongeurs si dangereux pour les écosystèmes des îles, et notamment leurs oiseaux. La réglementation est, sans surprise, beaucoup plus stricte en ce qui concerne la lutte anti-stupéfiant. Mais ça n’avait pas effrayé la société locale K9 Pacifique qui annonçait en 2021 avoir commencé l’entrainement de chien de détection, qui en plus des services environnementaux, pourraient servir aux douanes en recherche anti-drogue. Le manque de commande des autorités, qui avaient préféré poursuivre les partenariats néozélandais, avait compromis l’activité. La société voulait aussi s’investir dans la détection canine de certaines maladies, et notamment du cancer du sein. Une forme de diagnostic qui fait l’objet de recherches avancées, en particulier du côté de l’Institut Curie en France. « Des études ont montré que ça fonctionnait avec un taux de réussite de 97% », pointe Moetai Brotherson, là aussi très intéressé. Ce projet de dressage local à grande ampleur – le fenua compte 48 communes – n’a pour l’instant pas de calendrier, ni d’estimation de coût. Mais le président du Pays, qui en a parlé, en plus du ministre des Outre-mer, avec plusieurs responsables du Haut-commissariat, « ne voit pas de réels obstacles à la réalisation d’un tel projet ». « Ça suppose des crédits, mais on en a inscrit un certain nombre en 2025, et on va en réinscrire en 2026 à cette ‘grande cause nationale’ que nous avons décrétée de lutte contre l’ice ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/08/CHIEN-ICE-2-pas-dobstacle.wav Lors du premier collectif budgétaire de 2025, 250 millions de francs avaient été alloués à des programmes de prévention, de lutte contre les addictions, qui relèvent toute de la compétence du Pays. Pypaz, une chienne formée à Tahiti en 2021 à la détection du cancer du sein. L’expérimentation n’avait pas été suivie d’une entrée en opération pour la société K9 Pacifique. ©C.R / R1