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Indice de développement humain : la Polynésie gagne du terrain mais reste loin de l’Hexagone

L’indice de développement humain de la Polynésie a progressé en dix ans, permettant au pays de devenir un territoire à « développement humain très élevé », selon l’étude menée conjointement par l’ISPF, l’IEOM et l’AFD. Cet IDH est calculé à partir de données liées à l’éducation, la santé et le niveau de vie, qui se sont toutes améliorées ces dernières années, avec néanmoins quelques bémols. Le fenua se classe aujourd’hui à la 72e position mondiale, sur 194 pays, et il occupe la troisième place dans la région, derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Si la situation de la Polynésie est privilégiée par rapport aux autres petits États insulaires du Pacifique, l’écart avec l’Hexagone continue quant à lui de se creuser dans tous les domaines.

Cela faisait dix ans qu’il n’avait pas été mesuré en Polynésie. Ce vendredi matin, l’Institut d’émission d’Outre-Mer (IEOM), l’Institut de la statistique (ISPF) et l’Agence française de développement (AFD) ont dévoilé l’indice de développement humain (IDH) de la Polynésie. Un chiffre réactualisé en 2022, alors que les précédentes données dataient de 2012, suite à l’étude menée conjointement par les trois entités dans le cadre du partenariat des Comptes économiques rapides pour l’Outre-Mer (Cerom).

L’IDH est un indicateur mis au point par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans les années 1990, qui permet de mesurer l’évolution économique et sociale d’un territoire. Et ainsi de comparer et de classer 194 pays comptabilisés dans le monde, en apportant une vision plus complète que le PIB car l’IDH intègre des aspects ayant trait à la qualité de vie.

En se basant sur les recensements menés par l’ISPF, on a pu constater en dix ans une évolution positive au fenua sur les trois composantes mesurées par l’IDH, à savoir l’éducation, la santé et le niveau de vie. « C’est dans la composante santé que la Polynésie française est la mieux positionnée, en 66e position. En revanche, c’est dans l’éducation qu’elle est la moins bien positionnée, avec une moyenne de scolarisation qui nous place au 99e rang mondial », explique Hugues Horatius-Clovis, directeur de l’ISPF.

L’espérance de vie a progressé de 1,3 an, avec plus de quatre ans d’écart entre hommes et femmes

Les données prises en compte dans le calcul de l’IDH doivent cependant être nuancées. Par exemple, l’indice santé ne prend pas en compte l’état de santé de la population. Il est uniquement calculé à partir de l’espérance de vie à la naissance. « On se conforme à la méthodologie du PNUD mais il faudrait compléter avec d’autres indicateurs. Par exemple, ici, le taux d’obésité est particulièrement élevé, 40 % contre 17 % en France, tout comme le taux de mortalité prématurée », qui a augmenté entre 2012 et 2022, nuance Doriane Brunel, responsable du service études à l’IEOM.

En matière d’espérance de vie, on note une forte différence entre les hommes et les femmes : 74,8 ans pour les premiers contre 78,9 ans pour les Polynésiennes, soit plus de quatre ans d’écart.

La durée moyenne de scolarisation est passée de 8,9 à 9,9 ans

La composante éducation est quant à elle mesurée avec la durée moyenne de scolarisation des adultes de 25 ans et plus, mais aussi l’espérance de scolarisation des plus jeunes. Néanmoins, elle ne prend pas en compte ceux qui partent étudier hors Polynésie, ce qui donne des chiffres sous-estimés. « Selon l’ISPF, environ 33 % d’une cohorte de bacheliers effectuera au moins une partie de son parcours d’études en métropole », peut-on lire dans l’étude.

Entre 2012 et 2022, le territoire est passé de 8,9 années de durée moyenne de scolarisation à 9,9 années, soit en-deçà de la France qui compte 11,7 années de scolarisation en moyenne. « La création de formations sur place a probablement participé à améliorer cet indice en Polynésie, en permettant à certains étudiants de rester ici », précise Doriane Brunel.

Le revenu national brut polynésien représente seulement 40 % de celui de l’Hexagone

Enfin, le troisième indice, celui sur le niveau de vie, tient compte du revenu national brut (RNB) par habitant, calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA). En 2022, le RNB est estimé à 22 250 $PPA, ce qui place le territoire au 70e rang mondial, entre le Costa Rica et la Macédoine du Nord. « Parmi les petits États insulaires du Pacifique, seule la République de Nauru s’en approche (18 900 $PPA). Au-delà de sa progression en valeur absolue, le RNB par habitant en $PPA en Polynésie française progresse moins rapidement avec un taux de croissance annuel moyen de + 0,5 % entre 2012 et 2022 contre 0,7 % pour l’Hexagone », peut-on lire dans l’étude. Aujourd’hui, le RNB polynésien représente 40 % de celui de l’Hexagone (55 200 $PPA).

« En dépit d’une position relativement favorable dans son environnement géographique, la Polynésie française présente un rapport PIB par habitant/IDH inférieur à celui observé dans d’autres départements et collectivités d’outre-mer. Ce décalage révèle une situation ambivalente pour le territoire : la Polynésie française se distingue dans son espace régional par une performance remarquable en termes de développement humain mais se situe en queue de peloton en comparaison avec les autres territoires français. »

La Polynésie classée troisième de la région Pacifique, derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande

De manière globale, chaque composante ayant augmenté, l’évolution générale de l’IDH polynésien est bonne sur ces dix années, avec une évolution de 0,022 points. Le territoire est ainsi passé de la 73e à la 72e place au classement mondial. Son IDH est aujourd’hui de 0,803, contre 0,780 en 2012, ce qui lui permet de rejoindre les territoires à développement humain très élevé, selon les standards internationaux du PNUD qui établit ce seuil à partir de 0,8.

« Cette progression permet à la Polynésie française de se placer dans un trio de tête dans son environnement régional, derrière l’Australie et la Nouvelle-Zélande. En revanche, l’écart avec l’Hexagone se creuse sur chaque composante », précise la responsable du service études à l’IEOM.

 

L’IDH polynésien à 0,803 et l’Hexagone à 0,916 pour une moyenne mondiale de 0,752

À titre de comparaison, au classement mondial, la Polynésie se situe juste derrière Trinité-et-Tobago (0,805) et devant l’Arménie (0,801). La France hexagonale occupe la 27e position avec un IDH de 0,916. La Norvège occupe la première place du classement (0,967), tandis que la Somalie ferme la marche (0,385). La moyenne mondiale de l’IDH est de 0,752.

L’Indice de développement humain, donné à titre informatif, peut notamment servir à mener des politiques publiques adaptées et à en mesurer les effets. « On va le recalculer plus régulièrement. On pourra le faire tous les 5 ans, car on est obligé d’attendre les données de recensement de la population. L’idée, c’est surtout de voir comment ça évolue. Ça peut donner des indications sur l’appréciation des politiques publiques qui ont été menées pendant cette période, même s’il faudra toujours le compléter par bien d’autres indicateurs », conclut Doriane Brunel.

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