ACTUS LOCALESCOMMUNESMUNICIPALESPOLITIQUE Le chef d’orchestre des « reels » de Damas Teuira déjà courtisé pour 2028 Lucie Rabreaud 2026-03-17 17 Mar 2026 Lucie Rabreaud La campagne politique, c’est beaucoup de tracts, de professions de foi dans les boîtes postales, de meetings, d’interventions dans les médias… Mais aussi, cette année, énormément de vidéos sur les réseaux sociaux. Et à ce petit jeu, Damas Teuira, élu dès le premier tour à Mahina, a fourni des efforts remarqués. Ridicules pour certains, drôles pour d’autres, ces « reels » ont en tout cas buzzé bien au delà de la commune. Et vu le résultat dans les urnes, l’opération est jugée réussie pour Narii Pou, le responsable de sa stratégie de communication digitale, qui a déjà des demandes pour les territoriales de 2028. En campagne, il y a le terrain, et il y a la toile, où les candidats essaie aussi d’occuper l’espace, de faire passer leurs messages, avec maladresse ou réussite. Les campagnes en ligne ont pris une place très importante dans ces municipales, et certaines initiatives des maires élus au premier tour, dimanche, ont été particulièrement remarquées. Comme à Punaauia, où le tavana Simplicio Lissant a jonglé entre les formats courts et rythmés et les vidéos beaucoup plus longues pour répondre aux débats de fond. Mais c’est surtout à Mahina que ces campagne 2.0 ont le plus marqué les esprits. Et dans la commune, on ne parle que de Narii Pou. C’est lui qui a élaboré toute la stratégie de communication digitale de Damas Teuira. Il travaille dans la communication depuis longtemps et a petit à petit construit son expertise sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou encore TikTok. Une passion pour lui. C’est à la mairie de Teva i Uta qu’il a développé son savoir-faire : « J’ai compris qu’il y avait des structures à respecter, un certain langage à respecter, qu’il faut peser ses mots. Combiner à l’expérience de la vie, j’ai appris à mieux communiquer. » Il partage de plus en plus de choses et veut finalement y consacrer tout son temps. En 2023, il démissionne de la fonction publique et se lance à son compte dans la production de contenus. Depuis il travaille pour des associations, l’administration et la commune de Mahina aussi pour laquelle il élaborait la communication digitale. Les colistiers pas tous faciles à convaincre À l’approche des municipales, Damas Teuira lui a demandé de travailler pour sa campagne : « mettre en place une stratégie de communication et les aider à gagner les élections ». Narii Pou pense immédiatement à des mises en scène, des formats courts percutants, rendant compréhensibles des sujets complexes et surtout rapprochant les élus de la population. Si le tavana lui fait confiance, il faut réussir à convaincre les colistiers que cette stratégie permettait d’aller chercher les jeunes abstentionnistes. Plusieurs réunions ont donc été organisées pour s’assurer que la stratégie était « bien comprise » et « acceptée ». Certains trouvaient « insensé » de se mettre en scène de cette manière mais pour Narii Pou c’était la manière d’établir la confiance avec les électeurs. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/POLITIQUE-TIKTOK-etablir-cofniance-honte-colistiers.wav Plusieurs vidéos sont donc diffusées sur les pages de Mahina ia hotu a. La première « mission M&M’s début de campagne » lance la campagne avec une bataille de bonbons au chocolat au début suivi des coulisses d’un tournage. Ridicule pour certains, drôle pour d’autres. « Il m’a fallu trois jours où j’ai supplié tavana pour tourner ce premier TikTok, raconte Narii Pou. Je savais où on allait, je n’ai pas baissé les bras. » « Plus question d’arrêter ces vidéos. L’équipe élue veut aujourd’hui continuer » Puis il y a eu les vidéos sur la dette, celle du dépôt de la liste au haut-commissariat avec une petite danse du tavana… Le nombre de followers ne fait qu’augmenter, les commentaires sont « plus positifs que négatifs », raconte Narii Pou, les « reels » sur Facebook cumulent aujourd’hui des milliers de vues. En voyant la mayonnaise prendre, les candidats se sont laissés convaincre. Jusqu’au résultat des urnes : Damas Teuira est élu au premier tour. « 25 ans que ça n’était pas arrivé à Mahina, s’enthousiasme Narii Pou. Plus question d’arrêter ces vidéos. L’équipe élue veut aujourd’hui continuer. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/POLITIQUE-TIKTOK-on-continue.wav Dernier buzz : 640 000 vues pour cette vidéo qui pastiche la réponse de Michel Buillard à Heremoana Maamaatuaiahutapu à l’ouverture des bureaux de vote à Papeete (« Tu la fermes, ici c’est moi le patron »). Si ces vidéos permettent effectivement de donner une autre image des élus, il est difficile de dire si elles ont eu un impact dans les urnes. Ont-elles permis de convaincre des abstentionnistes de venir voter par exemple ? À Mahina, près de la moitié des électeurs ne sont pas allés voter. En tout cas les élus et autres candidats aux élections semblent bien penser qu’il faut aussi miser sur ces canaux pour l’emporter. Narii Pou a aussi travaillé avec trois autres candidats sur ces municipales, Tearii Alpha, Boniface Tehei et Abel Temarii, mais « seulement à la production de contenus sans s’occuper de leur stratégie », explique-t-il. Un candidat en bataille pour le second tour dans une autre commune l’a sollicité, espérant faire des vues sur les réseaux et les transformer en bulletins ce dimanche. Et deux partis politiques l’ont déjà approché pour les territoriales de 2028.