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Les algues « plus grande ressource inexplorée du monde »… Et du fenua ?

Vincent Doumeizel, auteur de la Révolution des algues, est au fenua à l’invitation de l’association ProScience, pour parler du potentiel de ces plantes aquatiques facilement cultivables et qui seraient la solution à beaucoup de crises planétaires. « Bombes nutritionnelles », « prébiotique naturel le plus puissant au monde », alternative au plastique ou aux pesticides… À l’entendre, la culture d’algue peut être un levier économique important, y compris en Polynésie, où existe des espèces intéressantes, et où des tests sont en cours. Le spécialiste animera une conférence gratuite ce jeudi soir.

Il en existe 12 000 espèces dans le monde et « toutes », assure Vincent Doumeizel, sont comestibles. Cet ancien cadre dans la sécurité alimentaire, parti ensuite travailler pour des fondations à la recherche de solutions contre la faim dans le monde, a compris au fur et à mesure de ces voyages et de ces rencontres, le potentiel des algues. Devenu un expert de ces plantes aquatiques, il est aujourd’hui conseiller océan à l’ONU, il a fondé la Coalition Mondiale des algues et lors de l’Unoc à Nice, il a négocié et annoncé la création d’une initiative globale pour les algues sous l’égide de l’ONU et est également l’auteur de plusieurs livres sur le sujet. Vincent Doumeizel a été invité par l’association Proscience pour animer une conférence sur « la révolution des algues, perspectives en Polynésie française », avec Mayalen Zubia, maître de conférences à l’université, qui aura lieu jeudi 22 janvier.

Pour l’expert, aucun doute, les algues peuvent « sauver le monde ». « Elles sont une réponse aux grandes crises planétaires », qu’elles soient climatiques, démographiques ou sociales. Grâce à leur potentiel d’innovation presque infini que l’on parle d’alimentation, de médicaments, de cosmétiques, de substituts aux plastiques et aux fertilisants, dans la réparation de la biodiversité ou la séquestration du carbone. Pour les faire pousser, pas besoin de terre, ni de pesticides, « du soleil, de l’eau salée et ça pousse ! ».

Les algues : des « bombes nutritionnelles »

Côté alimentation, Vincent Doumeizel les qualifie de « bombes nutritionnelles » : « On est vraiment sur l’aliment santé par excellence. On voit au Japon par exemple, où tous les jours les gens mangent des algues, c’est là-bas qu’il y a l’espérance de vie la plus longue, des taux de cancer 40 fois inférieurs au reste du monde, des taux de maladies cardiovasculaires, d’obésité, de diabète, qui sont très très bas. L’algue est naturellement anti-inflammatoire, antibactérienne, antivirale, analgésique, c’est le prébiotique naturel le plus puissant au monde. Elle est bourrée de zinc, de protéines, d’iodes, de tout ce dont on a besoin. Il n’y a pas de sucre, il n’y a pas de graisse, c’est que des bonnes choses. C’est vraiment un aliment santé par excellence. »

Bon pour la santé des hommes mais aussi celle des animaux. Des moutons, des porcs, des vaches sont nourris aux algues. Et d’ailleurs une algue, toute petite, de couleur rouge l’asparagopsis taxiformis, qui pousse dans le Pacifique, est particulièrement adaptée pour les vaches car elle les empêche de produire du méthane. « Si on donnait 40 grammes de cette algue à toutes les vaches du monde, 40 grammes ce n’est vraiment pas beaucoup, cela reviendrait à arrêter toutes les voitures et tous les camions du jour au lendemain », explique Vincent Doumeizel comparant les émanations de gaz à effet de serre des élevages de bovins à celles des transports.

Des algues : solution écologique, économique et social

Les algues peuvent également « remplacer les pesticides » : « Elles vont naturellement enrichir les sols et alimenter les plantes en nitrate et en phosphate, mais elles vont aussi les protéger de la sécheresse, du sel, du froid. » Autres atouts : on peut les transformer en packaging comestible : « Au Marathon de Londres, une société a remplacé tous les verres en plastique par des bulles en algues qu’on gobe en même temps qu’on boit. » Elles abritent tout un écosystème extrêmement riche, elles absorbent le carbone, certaines poussent très vite et elles ne semblent pas sensibles au réchauffement des océans.

Vincent Doumeizel y voit la solution à beaucoup de problèmes, alimentaires, écologiques mais aussi sociaux : elles pourraient donner du travail aux populations côtières. « J’étais à Madagascar il n’y a pas longtemps, un des pays les plus pauvres au monde, et il y a toute une partie de la population qui sort de la misère la plus terrible grâce aux algues et ces revenus sont extrêmement bien redistribués, notamment de façon inclusive. On a une très belle histoire à Zanzibar par exemple, où les femmes se sont libérées grâce aux algues. Elles ont vraiment envoyé leurs filles à l’école grâce aux algues. Aujourd’hui, la filière des algues à Zanzibar, qui est la troisième plus grosse filière à l’export du pays, est tenue par les femmes. »

« Une ressource chargée d’espoir »

Tous ces atouts listés par Vincent Doumeizel sont transposables à la Polynésie. L’expert parle de six ou sept espèces d’algues qui étaient utilisées dans la région polynésienne avant le contact. On connait le rimu opupu, appelé aussi le caviar vert des Australes, qui est déjà consommé et bientôt on devrait avoir du rimu ‘ura ou algue rouge, de son nom latin la Gracilaria. Un site pilote à Vairao s’est lancé dans sa culture et s’apprête à la commercialiser. Il faut maintenant apprendre à la préparer qu’elle puisse séduire des clients.

« C’est ça la question, qu’est-ce qu’on peut faire avec les algues ? Presque tout. Qu’est-ce qu’on sait faire avec les algues aujourd’hui ? Presque rien. Je vais dans les écoles et dans les lycées pour dire aux jeunes, surtout dans ces pays où la relation à la mer est forte, que c’est une ressource chargée d’espoir. Il y a vraiment tout encore à faire. Tout est à dessiner. C’est peut-être la plus grande ressource inexplorée au monde. »

Un message qu’il veut surtout faire passer au jeune : Vincent Doumeizel sera reçu dans plusieurs lycées avant sa conférence menée avec Mayalen Zubia de l’UPF jeudi.

Conférence organisée par l’AS ProScience : La révolution des algues, perspectives et potentiels en Polynésie de Vincent Doumeizel et Mayalen Zubia, maître de conférences à l’université, jeudi 22 janvier à 18h à l’association philanthropique chinoise, en face d’Odyssey. Entrée libre et gratuite.

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